Chronologie des articles parus dans TAHITI-PACIFIQUE magazine au sujet de l’affaire de la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud, dit JPK

 

L’article à l’origine de l’affaire JPK :

 

Octobre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 162

 

Surveillances, filatures, espionnage

Le G.I.P. était bien une milice de l’ex-président Flosse

 

« Le G.I.P. n’est pas une milice » avait toujours martelé l’ex président Flosse, à Tahiti comme à Paris, suite aux nombreuses inquiétudes face à des possibilité de “dérapages” de ce service soulevées par l’opposition de Tahiti, mais aussi par certains services de l’Etat et même le tribunal administratif de Papeete. Maintenant, il s’avère que ces inquiétudes étaient, hélas, bien fondées. Des témoignages recueillis par Tahiti-Pacifique, mais aussi des enquêtes menées par le nouveau gouvernement dévoilent que de nombreuses personnes - dont votre fidèle serviteur ont été espionnées et surveillées avec des moyens tout à fait illicites par le G.I.P., (Groupe d’Intervention de Polynésie) mais aussi par une sorte de R.G. (renseignements généraux) du Territoire qui s’était mise en place depuis 1995 à la Présidence de Tahiti.

Sous le régime Flosse, il existait deux services chargés de surveiller et espionner ceux qui avaient l’impertinence de ne pas admirer béatement le président Flosse et sa politique, mais aussi les proches de Président, un signe plutôt évocateur d’une paranoïa ambiante. Le premier service se trouvait au palais présidentiel sous la direction de André Yhuel. C’est le « Service d’études et de documentation directement rattaché au Président du gouvernement », service rendu officiel par l’arrêté N° 223PR du 13 mai 1997. Bien que le texte de l’arrêté stipule clairement que « les agents de ce service sont tenus au secret professionnel[et non plus au “devoir de réserve”] pour toutes les informations qui seraient portées à leur connaissance…», on a vu le Tahoera’a utiliser de telles informations en toute illégalité lors de campagnes électorales, notamment contre Oscar Temaru et Loïc Brigato avec des pamphlets distribués ou des articles parus dans le Ti’ama. En plus de ses “agents réguliers” bien connus, des gendarmes à la retraite tels MM. Montezinos et Havet, le « service d’études de la Présidence », utilisait aussi les hommes du G.I.P. selon ses besoins.

En effet, une seconde cellule de « services secrets » au sein du G.I.P. (dirigé par Léonard “Rere“ Puputauki qui répondait directement au président Flosse) avait été montée par un certain Félicien Micheloni, adjudant-chef de la DGSE, dès le lendemain des événements de septembre 1995. Cette cellule, installée au premier étage du bâtiment du G.I.P. (qui alors s’appelait encore « Groupement d’intervention de la Présidence ») à Motu Uta, devint vite une sorte de « cellule des coups fourrés » du gouvernement territorial destinée à surveiller les citoyens, espionner voire piéger ses « ennemis » réels ou imaginés, même des proches du président Flosse.

 

Deux services d’espionnage

 

Déjà étoffé de 15 personnes en 1997, cette “Piscine” tahitienne augmentera constamment le nombre de ses « agents » , jusqu’à la chute de M. Flosse en juin 2004 où ils étaient une cinquantaine. Ainsi avons-nous appris que, parmi beaucoup d’autres personnes dont des journalistes de Radio Tefana et même Angèle Teahu, présidente de l’association de défense du site Paihoro, Tahiti-Pacifique avait aussi fait l’objet de surveillance et de filatures, tout comme notre rédaction aurait été visitée et fouillée. Un ancien « agent secret » du G.I.P. témoigne :

« J’ai été engagé au GIP en novembre 1995 sous les ordre de Léonard Puputauki. En 1997, j’ai été muté au service des renseignement du GIP, sous les ordres de Félicien Micheloni. Lorsque j’ai intégré le service de renseignements du G.I.P., nous étions 13 agents. Nous sommes devenus 15 puis 18 dans cette seule cellule, C’était l’époque où le centre d’enfouissement technique à Paihoro posait problème. Je devais surveiller Angèle Teahu. présidente de l’association de défense du site Paihoro et les autres : leurs déplacements, rendez-vous, fréquentations, famille, amis.

 

« Félicien [Micheloni] avait décidé de me former au métier d’espion. En 1998 et 99 j’ai donc été amené à suivre plusieurs personnes, en commençant par Hiro Tefaarere puis Annie Rousseau, Alex du Prel et Paul De Dekker, En plus, je devais suivre les copines de Président, vérifier où elles allaient, avec qui elles sortaient, avec qui elles couchaient, ce qu’elles consommaient. Les ordres venaient de Félicien Micheloni ou d’André Yhuel. André Yhuel, en présence de Yannick Desjardins qui me donnait des ordres directement dans son bureau à l’ancienne présidence, en présence aussi de Félicien. C’était en 1998 et 1999.

« Les filatures se déroulaient ainsi : une équipe de deux agents (un homme et une femme) commençaient la filature, la maintenaient durant quelques jours puis une autre équipe prenait la relève.

Au début, pour me former, j’étais en scooter et je surveillais. Lorsque la personne à suivre sortait de chez elle où de l’endroit où elle se trouvait, j’alertais une voiture qui la prenait en filature. Ensuite, j’assurais moi-même la filature avec une collègue. J’ai ainsi pris en filature Annie Rousseau de chez elle à Tefaaroa, en passant par le tribunal, radio Tefana où elle se rendait et l’université. Un soir, pendant qu’elle était partie avec son mari au restaurant, suivie en scooter par V. qui devait surveiller son retour, nous étions habillés en noir pour ne pas être vus. Félicien a posé les micros chez elle pendant que je faisais le guet à l’extérieur - un micro auprès du téléphone et un autre dans la chambre à coucher. Le camion banalisé qui enregistrait était parqué soit près du magasin dans le virage ou peu après le petit pont, à moins d’un kilomètre et demi. Pour neutraliser les chiens, Félicien avait toujours sur lui un flacon d’urine de chienne en chaleur. Il en versa un peu sur un coussin et les chiens étaient occupés. Cette filature a duré, pour ce qui me concerne, durant 6 semaines. Après je ne sais pas si elle a continué.

En ce qui nous concerne, ces pieds-nickelés n’étaient apparemment pas très habiles en milieu rural : « Chez Alex du Prel à Moorea, j’ai été repéré par une de ses filles alors que je tentais de pénétrer dans son bureau. Je devais prendre des photos et ramasser des documents. J’étais avec Félicien qui était muni de lunettes infra-rouges. Lorsque j’ai demandé à Félicien si l’on retournait à Moorea le week-end après notre échec, Félicien m’a répondu que ce n’était pas le peine, car c’était fait ! « Alex du Prel était aussi suivi dans la rue, surtout au restaurant Mario [Le Pescadou], avec qui il était. Une camera miniature dans un sac l’enregistrait. Paul De Deckker [professeur d’université, ancien conseiller de Gaston Flosse, aujourd’hui président de l’Université de Nouvelle-Calédonie] était aussi suivi dans la rue et jusqu’à chez lui à Punaauia. »

Autre signe de la paranoïa ambiante dans le gouvernement Flosse, chacun faisait surveiller ses collègues. Notre « agent secret » raconte : « Je devais tous les vendredi faire un rapport à Léonard sur Félicien Micheloni, avec qui il déjeunait, qu’il rencontrait. Travaillait-il avec l’Etat ? Sur les ordres de Gaston Flosse ? Etc. Félicien l’a appris bien plus tard et m’en a voulu. »

Les partis d’oppositions, bien entendu, étaient tout aussi étroitement et constamment surveillés. Un exemple :

« En 1999, il y eut rassemblement du Tavini à la place Pouvanaa. J’ai été appelé à la « maison blanche » (ancienne Présidence, le bureau d’André Yhuel) pour que l’on pose des micros sur moi. Un micro de très haute puissance était fixé sur mon épaule et le fil descendait jusqu’à la poche du short. On entendait tout de la « maison blanche ». Même les chuchotements étaient perçue. Des gars étaient à la poste dans un des bureaux en hauteur pour prendre des photos »

 

Espionnes séductrices

 

Les espions de la Présidence avait aussi monté une cellule de “Mata Hari”, « d’espionnes ». Ces jeunes dames «étaient aussi chargées éventuellement de « coucher » avec la victime, si nécessaire. Cela faisait partie de leur mission ». Un autre témoignage explique que quatre dames étaient disponibles pour « séduire et coucher avec l’ennemi », ce qui créa d’ailleurs quelques drames : si elle refusaient de “donner leur corps pour le Pays”, elles étaient tout simplement licenciées. Le mari d’une de ces dames, ayant appris la nature du « service commandé » de son épouse, demanda et obtint le divorce. Un lieu était spécifié pour accomplir ces « missions spéciales » : trois chambres étaient réservées à l’année à l’hôtel Prince Hinoï (ex Ibis). Elles étaient équipées de caméras et de micros reliés directement à un émetteur micro-ondes fixé sur le toit de l’hôtel qui transmettait en direct vers Motu Uta, une installation d’ailleurs découverte en 2003 par des services de l’Etat, à leur grand étonnement.

Après juin 2000, le siège du bureau de renseignement fut transféré dans les sous-sols du nouveau Palais présidentiel, alors que le bureau de renseignement du G.I.P. à Motu Uta se développait. Tout le premier étage devint au fil du temps une véritable cellule « Hi-Tech » avec des bancs d’ordinateurs sur lesquels des « spécialistes » suivaient les connections Internet des citoyens mis sous surveillance. Même le sigle du G.I.P. quidécore la façade du bâtiment cachait une caméra vidéo qui enregistrait tout ce qui passait dans la rue.

Tout cet équipement fut rapidement démonté et « déménagé », voir détruit, entre les 8 et 15 juin, après que M. Flosse eut la certitude que M. Temaru accèderait au pouvoir. Au palais présidentiel aussi, on nous a confirmé que les disques durs et les archives du service d’espionnage ont été détruits (parfois carrément tout l’ordinateur), mais des indiscrétions tendent à laisser croire que des copies des fichiers auraient auparavant été faites et seraient « gardés en lieu sûr » par le Tahoera’a.

En ce qui concerne la rémunération de ces « espions », la discrimination était flagrante. Alors que les agents du G.I.P. étaient rémunérés au Smig (105 000 Fcfp/mois) avec des contrats politiques d’un an renouvelables, sans heures supplémentaires payées alors que parfois les filatures a1laient jusqu’à 4 heures du matin, les expatriés, eux, encaissaient les gros magots : 831 000 Fcfp/mois pour Micheloni, 950 000 Fcfp pour Yhuel et 618 000 Fcfp et 600 000 Fcfp pour les gendarmes à la retraite, et n’oublions pas les 1 478 000 par mois que percevait le colonel (du GIGN) à la retraite Lionel Chesneau, dont la mission au G.I.P. était “déviter les dérapages” et qui ne pouvait pas ne pas être au courant de ces pratiques.

 

Résultat de la paranoïa

 

En recoupant les échos et indiscrétions des dernières années avec les déclarations actuelles, on est tenté de faire un bilan des huit années de service secret de l’ex président Flosse :

Il est clair que ce service à été monté à l’insu de l’Etat et était destiné uniquement à servir le président Flosse. La paranoïa du Palais présidentiel est connue (le limogeage en 2002 de Manuel Terai du Service des relations extérieures, pour avoir donné des informations banales sur le Pacifique Sud au directeur du bureau de a DGSE à Tahiti, n’en est qu’un indice). Tout le monde surveillait tout le monde, M. Flosse faisait suivre ses anciennes maîtresses (fait vérifié : tout homme qui s’y intéressait trop tombait en disgrâce), faisait surveiller même ses amis.

Il semble que certains, surtout M. Micheloni, aient profité de cette situation et de moyens illimités mis à disposition pour aller jouer les « inspecteurs gadget » au frais du contribuable : achats de toute la panoplie du petit James Bond de “série B” : micros espions posés chez les gens, camion équipé pour les écoutes, lunettes infrarouges, micros directionnels, chambres d’hôtel (minable) « branchées » pour enregistrer des ébats amoureux (et donc pour faire ensuite « chanter » la victime piégée). Que tout cela est bas, misérable, hors des règles légales et sans la moindre décence. Que tout ça sent la méthode mafieuse et les voyous de bas étage !

Et quels résultats M. Flosse a-t-il obtenu grâce à ce coûteux et minable dérapage ? Rien qui soit vraiment d’intérêt, ni complot ni crime dévoilé. Par contre, ces surveillances (dont l’existence était connue et se murmurait dans les alcôves des institutions territoriales) nourrissaient une sorte de crainte permanente chez les fonctionnaires et courtisans.

Or cette « peur de déplaire à Président » était justement devenue la base du « système Flosse ». Apparemment celui-ci n’a pas perçu la leçon de son échec électoral, puisqu’il y a deux mois des anciens espions du G.I.P. ont été contactés pour se voir offrir un emploi similaire au Tahoera’a !

Alex W. du PREL

 

 10 nov 2004

 Lettre ouverte à Monsieur le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française

 

Le ministère de l'outremer s'est à chaque occasion depuis le 9 octobre, positionné en faveur de la légalité et rien que la légalité. Votre rôle de représentant de l'Etat en Polynésie française a donc été de faire respecter ladite légalité notamment par l'exercice de vos compétences relatives au maintien de la sécurité et de l'ordre publics tel que défini à l'article 14 6°-de la loi statutaire.

 Si nous devons nous réjouir de la discrétion des gardes mobiles pourtant nombreux sur le territoire de la Polynésie française, dont la présence sur les lieux d'occupation divers pourrait être considérée comme une provocation, je ne saurais me satisfaire de votre indifférence à l'égard des agents publics du groupement d'intervention de la Polynésie (GIP).

 Ces employés qui sont dans leur grande majorité, dénués de méchanceté à l'égard de leurs concitoyens, représentent cependant une menace lorsqu'ils forment des groupes plus ou moins importants sur les parkings des établissements et services publics. Contre cette occupation illicite dans des lieux où leurs missions ne les autorisent qu'à ne faire que du gardiennage et à la demande du chef de l'établissement, je m'étonne que vous n'ayez pas encore réagi.

 Il faut rappeler que le chef du service des GIP, Monsieur PUPUTAUKI, auxquels ils obéissent a été démis de ses fonctions par le conseil des ministres en date du 6 octobre 2004, et licencié pour faute lourde.

 De plus, au cours de son interview dans le journal de RFO le 8 novembre 2004, Gaston Flosse se prétendant par ailleurs Président du Pays et donc chef de l'administration Territoriale a reconnu n'avoir donné au service du GIP aucune instruction pour investir.TNTV.

 Déclaration corroborée d'ailleurs par le directeur du GIP nouvellement réintégré dans ses fonctions par Monsieur Flosse, Monsieur PUPUTAUKI lors de son intervention devant les journalistes de RFO. Ce dernier a confirmé en effet que ce n'était pas Monsieur Flosse qui lui donnait des instructions, mais qu'il agissait de sa propre initiative.

 Nous nous trouvons donc, Monsieur le Haut commissaire de la République en charge du respect de la légalité Républicaine, devant le cas avéré et avoué d'un service public territorial et particulièrement d'une section spéciale formée de fonctionnaire territoriaux agissant de leur propre initiative, hors de tout contrôle ou instruction des autorités politiques.

 Nous nous trouvons également devant celui qui se prétend être le chef de l'administration Territoriale qui avoue être étranger aux agissements de ce service spécial dont il est pourtant légalement responsable.

 Il m'apparaît donc, Monsieur le Haut commissaire que nous sommes de fait sorti du fonctionnement légal de l'administration Républicaine. Nous sommes présentement en présence d'une milice privée, formée d'agents publics, qui agit en toute autonomie, donc en toute illégalité. Dans la situation politique extrêmement tendue que connaît le Pays, j'attire votre attention sur les risques majeurs qui pourraient être générés par cette situation en matière d'affrontements possibles et pour lesquels vous seriez tenu directement responsable en tant que garant de l'ordre public.

 Quelles mesures comptez vous prendre pour mettre un terme à cette violation grave de l'administration Républicaine dont vous êtes dans notre Pays , le garant. ?

 Par ailleurs et de manière incidente, la réouverture de l'enquête sur la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud a mis en lumière l'existence, sous la responsabilité de Monsieur PUPUTAUKI , d'une cellule d'espionnage d'une quinzaine de personnes effectuant des opérations de filature, des prises de vues à leur insu, de violation de domicile, en bafouant les garanties données à chaque citoyen par la Constitution de la République.

 Il ne semble pas que ces révélations d'une gravité exceptionnelle, notamment dans le contexte de la disparition inexpliquée de Jean-Pascal COURAUD, n'ait outre mesure ému le représentant de l'Etat et le garant des libertés publiques que vous êtes.

 Quelles mesures comptez vous prendre, en liaison avec le Procureur de la République pour ouvrir enfin d'urgence une information sur cette autre cellule spéciale du GIP en charge d'activités d'espionnage ?

 L'opinion publique du Pays, attend du représentant de l'Etat des réponses claires aux deux questions que je vous pose. Nos concitoyens vous remercient par avance de vos réponses.

 Veuillez croire, Monsieur le Haut Commissaire en l'expression de ma haute considération et de mon attachement aux principes et aux valeurs de la République.

 Papeete ce 9 novembre 2004

 Jean-Paul BARRAL.

Conseiller spécial du président de la Polynésie française, M. Oscar Temaru

 

 

Novembre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 163

 

Procès étrange pour affaire sordide

 

Le 8 octobre, la brigade de recherche de la gendarmerie de Papeete recevait deux témoins venus déposer de faits nouveaux dans la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud, mystérieusement disparu en 1997. L’un des témoins était nulle autre que Gilles Tefaatau, ministre du Logement du gouvernement Temaru. Il raconta avoir obtenu la confession d’un membre du G.I.P. (groupement d’Intervention de la Polynésie, une milice créée par et sous la direction de Gaston Flosse en 1997), lequel lui “révéla” comment le journaliste avait été enlevé, puis assassiné par cinq membres du GIP.

Jean-Pascal Couraud (plus connu sous le pseudonyme de JPK) avait été le rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti jusqu’en 1989, lorsque ce journal fut racheté par le groupe Hersant peu après la Dépêche de Tahiti.

JPK était un opposant acharné contre Gaston Flosse et se faisait un malin plaisir quotidien d’exposer les dérives réelles ou imaginées de cet homme politique, cabale qui atteint son paroxysme en avril 1988 avec la publication d’un numéro spécial intitulé « Le règne calamiteux de G. Flosse » lequel reproduisit tous les articles parus dans la presse métropolitaine et locale sur l’affairisme de M. Flosse. Etonnamment, ce numéro spécial fut de suite saisi sur ordre de la justice, les policiers allant jusqu’à fouiller les soutes de l’avion en partance pour Paris afin d’en extraire les abonnements des sacs postaux.

Suite au changement de propriétaire aux Nouvelles, JPK devint le chargé de communication de la mairie de Arue de Boris Léontieff, d’où il continuera à harceler Flosse avec des procès, notamment au sujet de l’immense mur de la route et qui mène à sa résidence d’Erima et des travaux dans sa propriété de Huahine, tous deux financés par des fonds publics. Dans ces affaires « dépaysées » à Paris, M. Flosse fut relaxé en appel.

Un soir de 1997, JPK disparut et après bien des interrogations et une enquête qui resta bredouille, l’opinion générale était qu’il s’était suicidé à cause de tensions familiales en ayant absorbé des somnifères pour ensuite nager vers le large. Selon des indiscrétions familiales, son épouse par contre penserait qu’il vit caché quelque part au Chili. L’instruction aboutit sur un non-lieu en juin 2002.

 

Le G.I.P. qui raconta au ministre le scénario du meurtre de JPK était Vetea Guilloux, fils de Sandy le numéro deux du G.I.P. Nous épargnerons à nos lecteurs les scabreux détails de ce récit horrible des supposés derniers moments de JPK. Le lendemain, à l’assemblée lors de la séance des deux jours où fut votée la motion de censure et lors de laquelle les ministres et représentants s’en donnèrent à cœur-joie pour dénoncer la gestion du Tahoera’a, ce fut Hiro Tefaarere qui ne put s’empêcher de frimer en dévoilant la chose dans des termes qui insinuaient que Gaston Flosse serait mêlé à cet assassinat supposé (M. Flosse annonça qu’il porterait plainte pour diffamation).

 

Procès instantané

 

Suite à cela, Vetea se cacha d’abord dans la montagne, puis se livra aux gendarmes avec une confession manuscrite (que le président Temaru lut en public lors d’une manifestation.) Il y affirme que cette histoire lui a été racontée par deux autres G.I.P. lors d’un repas bien arrosé. Placé en garde à vue, il maintiendra ses dires lors d’une confrontation avec les deux G.I.P. trop bavards pour finalement se rétracter à 2 heures du matin. Le même jour, il fut transféré au tribunal, en grand secret et cagoulé entouré de nombreux gendarmes mobiles vêtus de gilets pare-balles, pour être présenté devant le tribunal correctionnel accusé de « dénonciation calomnieuse », un procès qui étonna plus d’un journaliste, d’autant plus que le juge d’instruction en charge de la disparition de JPK n’avait même pas été notifié de la déposition de Vetea Guilloux, pourtant un rebondissement majeur dans l’affaire. Aussi, Vetea n’eut alors que 15 minutes pour construire sa défense avec Me Kintzler, l’avocat commis d’office.

Terrorisé, Vetea expliqua à la barre : « Je travaillais à la cellule renseignement du G.I.P. sur tout ce qui touchait au politique. J’effectuais des fouilles, des filatures, des écoutes de journalistes, de personnalités politiques, de personnes qui travaillaient à la présidence.... Et j’ai travaillé sur Couraud. Je l’ai pris en filature ». Comme à chaque fois que Vetea voulait expliquer le fond de l’affaire, le président du tribunal l’interrompait avec des :« Je ne vous demande pas de revenir sur ce qui s’est passe en 1997. Je vous demande de me parler des circonstances qui vous ont amenées à raconter ces faits ! »

Le prévenu reprend : « Quand il y a eu le Taui, j’ai rencontré des gens qui faisaient des recherches pour la nouvelle majorité sur le boulot que faisait à l’époque la cellule de renseignements dans laquelle je travaillais. J’ai raconté à ces gens ce que je savais. Il voulait savoir ce que j’avais fait parce que j’ai longtemps travaillé sur le Fetia Api et sur JPK. J’avais confiance en eux. Il m’avait dit qu’ils n’en parleraient pas. Et puis il y a eu la motion de censure. Je suis revenu sur mes déclarations. Mais, moi, j’avais confiance en eux. Je leur ai tout dit : les appareils photos, les caméras, les filatures… ». Le président le coupe à nouveau : « Je vous rappelle que vous êtes là pour répondre de faits de dénonciation calomnieuse, pas pour reparler du passé ».

« Je voulais avoir mon fare OPH [maison sociale]. C’est tout. Je ne voulais pas que cette affaire soit dévoilée », sanglote Vetea dans le box des accusés. « Mais, reprend le président, vous saviez que c’était grave. Vous saviez que vous accusiez vos ex-collègues d’assassinat. Vous saviez que vous parliez à un ministre. C’était uniquement pour avoir un fare ? »

Me Quinquis, l’avocat de deux des G.I.P. mis en cause, intervient sur un ton presque affirmatif :

- « En fait, vous avez été manipulé par les politiques ? Vous avez instrumentalisé à des fins qui vous dépassaient ? »

« Non, rétorque le prévenu, je n’ai pas été manipulé. On ne m’a pas forcé à raconter quoi que ce soit. Mais, ça ne devait pas être dévoilé ».

L’avocat de la défense, Me Kintzler interroge alors son client :

- « Vous m’avez dit que vous aviez peur aujourd’hui d’être assassiné. Par qui et pourquoi ? »

« J’ai peur que Félicien, mon ancien chef aux renseignements au G.I.P. m’assassine. J’ai travaillé trois ans avec lui. Je sais… »

- « C’est une question qui ne concerne pas directement cette affaire », intervient à nouveau le présidents.

 

Lors des plaidoiries, Me Quinquis avancera que « c’est le procès de la manipulation ! », alors que pour le vice-procureur Perruaux il s’agit ici plutôt « d’un homme qui pensait avoir mérité autre chose qu’une paye de 100 000 Fcfp après des années de bons et loyaux services et qui espérait pouvoir sortir sa famille d’une mauvaise situation financière grâce au Taui » et d’en déduire, tel un pompier qui veut vite circonscrire un feu avant qu’il ne se propage, qu’il « n’y a pas d’explication extraordinaire à des faits tristement ordinaires : un journaliste n’a pas été tué par les services du GIP en 1997. C’est important que la Polynésie française le sache ». .L’avocat de la défense suivit la voie du Parquet en déclarant qu’il fallait aujourd’hui « croire » Vetea, lequel se serait laissé emporter par la recherche d’une vie plus confortable. Il déclara aussi que « aujourd’hui Vetea a peur. Il a peur de mourir. Il a peur qu’on 1’assassine. » L’avocat confiera ensuite à la presse : « Vetea m’a dit tout à l’heure qu’il préférait mentir plutôt que d’être emmerdé. Je crois que mon client n’est pas en sécurité aujourd’hui dehors. C’est pour cela que j’ai demandé une peine de prison pour lui. » (!!!)

 

Vetea fut condamné à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis pour« dénonciation calomnieuse ». Or la bizarrerie de cette procédure expéditive ne s’arrête pas là. Se rendant peut-être compte que cette fois-ci il avait bien été manipulé, ce fut un vrai parcours d’embûches pour Vetea, quasiment mis au secret dans la prison de Nuutania, de réussir, le 23 octobre à la dernière minute possible et presque par miracle, à interjeter un appel de sa sentence, ce qui nécessita même de changer d’avocat.

 

Notre opinion : jusqu’aux témoignages de Vetea, nous étions persuadés que JPK s’était suicidé. Or lorsqu’un témoin nous a raconté le récit précis de la confession de Vetea au ministre Tefaatau, il y avait un détail (non mentionné dans la confession écrite) qui nous a intrigué : JPK aurait été kidnappé puis torturé afin qu’il dévoile où il cachait « les dossiers ». Or pratiquement personne ne savait que JPK avait des archives qu’il avait en fait « hérité », des caisses de dossiers sur les hommes politiques et les affaires de Tahiti minutieusement constitués par Henri-Eudes Renaud de la Faverie, un ancien président du tribunal de Papeete qui fut entre 1984 et 1992 successivement le directeur de cabinet de Gaston Flosse, Jean Juventin et Alexandre Léontieff et Emile Vernaudon. A cause de sa manie à dupliquer chaque document, on avait donné à de la Faverie le surnom de « Paganini de la photocopieuse ».

Mais affirmer que le récit de Vetea comporte bien trop de détails pour être de l’invention pure est désormais interdit, puisque notre bonne Justice a déclaré que tout cela n’était qu’invention pure.

Passez, manants, il n’y a rien à voir !

A.d.P.

 

Encadré :

Libre opinion :

 

Chronique d’un procès plus qu’étonnant

Note de la rédaction : lors du procès de Paul-Vetea Guilloux, les avocats du G.I.P. ont fortement mise en cause Madame Annie Rousseau, la juriste du service de la communication de la présidence de M. Temaru, celle qui avait recueilli les premiers témoignages de l’accusé qui fut condamné à trois mois de prison ferme. Elle était présente au procès et voici son point de vue :

 

« Ce qui étonne le plus ceux qui se sont investis en faveur de la réouverture du dossier JPK, c’est l’extrême rapidité avec laquelle la comparution immédiate de Paul-Vetea Guilloux fut organisée par le parquet de Papeete. A tel point que la confiance “dans la justice de mon pays” avait d’entrée une bonne raison d’être écornée. Il faut dire que l’affaire était trop sensible pour être examinée avec partialité dans un contexte où les intérêts particuliers d’un chef d’Etat se confondent avec ceux de l’ancien président en résurrection. Quoi qu’il en soit, nous étions nombreux à assister et à partager le malaise de Vetea, obligé - le mot n’est pas trop fort - de s’amender d’avoir trahi un secret du clan, celui de l’entourage restreint de Rere Puputauki, alors chef du groupement d’intervention de la Polynésie (G.I.P.). J’ai du mal à croire que les trois conseillères du Tahoera’a Huiraatira à l’assemblée assistaient au procès dans le seul souci de protéger leur parti. La connaissance des faits et surtout l’ampleur de l’implication des acteurs en cause un certain soir de décembre 1997, dans ce qui pourrait être un crime, me paraît plus probable que la seule curiosité partisane.

 

Beaucoup de mensonges ont été proférés au cours de ce procès. Les avocats du G.I.P. et de son chef Rere Puputauki, le bâtonnier Barmont pour lequel « Rere Puputauki et Sœur Teresa, c’est du pareil au même » (sic !) et l’incontournable François Quinquis, défendeur attitré du Tahoera’a et de Gaston Flosse, baseront leurs plaidoiries sur une « manipulation politique » du gouvernement Temaru, visant de leur courroux plus particulièrement cette collaboratrice (moi-même) qui avait osé « fouiller dans les fonds de tiroirs » et même l’article de Tahiti-Pacifique. Qu’ils se rassurent, leurs gesticulations me faisaient sourire.

Moins amusante par contre fut assurément la “version cuisinée” du Parquet manifestement serinée à Vetea durant les deux jours de détention à la brigade de recherches de la Gendarmerie. Il était clair que Vetea se débattait avec sa conscience et aurait voulu confirmer tout ce qu’il avait toujours déclaré, tant au ministre Tefaatau qu’aux gendarmes lorsqu’il était venu se rendre à eux. Mais il semblait terrorisé, pour lui et sa famille, par les trois G.I.P. mis en cause, corpulents, habillés de noir, tatoués et percés qui au tribunal se tenaient les bras croisés comme dans un mauvais film de série B, pesant de tous leurs regards sur le prévenu. Effrayé aussi du Parquet qui lui avait promis la clémence du tribunal s’il renonçait à ses accusations. Le but de ce procès “instantané” était-il d’empêcher d’autres “repentis” de parler, de livrer d’autres sombres secrets ?

 

Décidément, depuis quelques temps certaines prestations de la justice en Polynésie française permettent de se poser bien des questions sur l’Etat de droit. Au cours de ce procès, le président du tribunal recadrait sans cesse Vetea lorsque celui-ci tentait d’expliquer comment il en était venu à me parler, à me faire ses aveux. Il est bien dommage que la description des filatures ait été ainsi écartée. La Cour aurait aussi pu apprendre que Vetea était venu spontanément à mon bureau pour évoquer ses anciennes activités d’espion au sein de la cellule créée à cet effet au G.I.P. Il n’a jamais été question d’obtenir quelque chose en échange. Sa démarche entrait dans un schéma salvateur, celui de la libération de sa conscience, celle de participer à une ère plus transparente, plus propre, moins nébuleuse, plus conforme au mode de vie qu’il s’était choisi, car Vetea s’était assagi, avait créé une famille et voulait un foyer normal. Lors du procès, sa « confession » deviendra, de son aveu même, un chantage au logement social et à la promotion que, de toutes façons, je n’étais pas en mesure de lui accorder. Foutaises que ce discours ! Ce n’est que lorsque le G.I.P. le soupçonna de m’avoir parlé des filatures que Vetea s’est inquiété d’obtenir le logement attendu depuis des années et auquel il avait droit. C’est muni d’une copie de son dossier “d’aide au logement” qu’il est allé se présenter au ministère du logement, comme tout le monde et à l’usuelle « journée portes ouvertes ». Intrigué par ses activités anciennes dont il avait eu connaissance, le ministre du Logement et des Affaires foncières, Gilles Tefaatau, également objet de filatures, a évidemment tenté d’en savoir plus auprès de Vetea. C’est alors seulement que Vetea s’est épanché au-delà des simples atteintes à la vie privée pour aborder des affaires beaucoup plus « délicates », notamment celle relative à la disparition de Jean-Pascal Couraud, dit JPK, âgé de 37 ans à l’époque.

 

Les faits évoqués par Vetea, répétés dans une confession écrite qui fut lue en public par le président Temaru lors d’un meeting politique puis diffusée à deux reprises sur Radio Tefana, racontent l’enlèvement de JPK suivi d’une séance de torture en mer dans le but de le faire parler et qui se termina par le décès du jeune homme. Pris de court devant la mort prématurée de la victime, les acteurs requièrent et obtiennent le feu vert par téléphone, pour son immersion définitive lesté par des parpaings.

Que le cas dont il est question s’applique à celui de Jean Pascal Couraud ou non, la structure des faits parait plausible. Après le 15 décembre 1997, l’instruction avait été axée sur la thèse du suicide, JPK étant réputé avoir été dépressif depuis plusieurs semaines. Les avis divergent à ce sujet, certains qui l’ont bien connus affirmant que JPK n’était pas du genre à craquer. L’instruction a-t-elle été réellement menée en tenant compte de toutes les éventualités ? Une chose est sûre, la transparence s’impose tant sur l’affaire JPK que sur d’autres disparitions demeurées inexpliquées. `

Annie Rousseau

 

 

 

Décembre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 164

 

Procès en appel de Vetea Guilloux

 

« Affaire JPK » : le mystère continue

 

Le 4 novembre se tint le procès en appel de Vetea Guilloux, le membre du GIP qui a dévoilé que la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (plus connu sous le nom de « JPK ») en 1997 pourrait être due à un assassinat crapuleux en mer par trois membres de la « cellule renseignement » du GIP, milice dépendant directement du président de la Polynésie française. Vetea Guilloux avait été condamné en octobre à 3 mois de prison ferme pour « dénonciation calomnieuse » en comparution immédiate (lire TPM du mois dernier).

 

La grande salle d’audience du tribunal était pleine ce jour-là, avec Oscar Temaru et quelques un de ses ministres au premier rang. D’emblée le président Jean-Paul Ellul attaqua de front Vetea Guilloux, lui coupant constamment la parole, ne lui laissant pas l’occasion de répondre aux questions qu’il posait à l’accusé, le traitant « d’anguille… d’homme qui n’a rien dans la tête » afin de poursuivre un monologue par lequel il essayait de saper toute crédibilité à Vetea. A une occasion, Vetea interrompit le président avec un « mais, laissez-moi vous expliquer la vérité » et la réponse fut « cela ne nous intéresse pas ! » La méthode était si “radicale”, “stalinienne” serait plus juste, que le public exprima plusieurs fois fortement son indignation, ce à quoi le président du tribunal menaça de faire évacuer la salle, pour enfin expliquer qu’il « voulait voir ce que l’accusé avait dans les tripes ». Or malgré les agressions verbales, Vetea Guilloux tint bon et se mit à son tour à couper la parole au juge et maintint tout au long de l’audience ses déclarations initiales, expliquant sa rétractation (recueillie à 2 heures du matin par le procureur de la République en personne !) faite lors de sa garde à vue ainsi : « Je ne suis pas un menteur, je vous dis la vérité ! La dernière fois , au premier procès, j’avais passé trois jours en garde à vue sans dormir et cinq jours à fuir. J’ai craqué, j’étais vraiment au bout du rouleau ». Quant aux incohérences entre son récit et les résultats de l’enquête de gendarmerie de l’époque, il les expliquent par un « Je peux me tromper, Monsieur, c’était il y a sept ans. Tout ce que je sais, c’est que j’ai été témoin occulaire de sa disparition ! ». Le public fut aussi surpris, certains outrés, par le commentaire “normalisateur” du président Ellul au sujet des activités de la “cellule renseignements” du GIP : « Des barbouzes, des écoutes, des filatures, ça se fait depuis la nuit des temps et un peu partout, monsieur ».

Après une suspension de séance, la cour d’appel fut essentiellement dirigée, de manière plus “traditionnelle” par le conseiller Pierre Moyer et Philippe Couraud, le frère de JPK, témoigna en expliquant que jusqu’àlors la famille avait cru à la thèse du suicide, mais que depuis les déclarations de Vetea, « nous n’avons plus aucune certitude ». Lors des plaidoiries, Vetea fut encore malmené par le bâtonnier Barmont, qui défend Rere Puputauki, le chef du GIP qui exigea qu’on « arrête avec ce petit mythomane » car « l’affaire JPK se résume à la tragique histoire de couple qui dégénère en suicide ». Maître Quinquis, l’avocat des deux GIP accusés du meurtre, voit que « le prévenu a été manipulé par et pour des intérêts politiques ».

 

Le nouvel avocat de Vetea Guilloux, Me Stanley Cross argumente que ce procès « touche à la raison d’Etat, on touche ici au plus haut point de l’ancien président de la Polynésie française qui était aussi chef du GIP… et l’on sait que Gaston Flosse fait depuis longtemps l’objet d’une protection au niveau du Parquet (*)… ne veut-on pas, une nouvelle fois, chercher à enfouir l’affaire… Aujourd’hui, nous les Polynésiens, on veut connaître toute la vérité ! ».

 

Enfin, le procureur général François Deby considéra que Vetea est un « frustré par son manque de réussite » ce qui l’aurait rempli de « haine et rancœur ». Il répondit à Stanley Cross en déclarant « il paraît, et c’est bien connu, qu’en Polynésie le ministère public soutient Gaston Flosse. S’il vous plaît, essayons de nous éloigner de cette campagne de presse. Essayons de nous éloigner de nos fantasmes ! » (*)

 

Le 18 novembre, la Cour d’appel de Papeete rendait son arrêt dans le procès d’appel décrit ci-dessus : Elle décida de remettre Vetea Guilloux en liberté, mais sous contrôle judiciaire en ordonnant un supplément d’information, ce qui consiste surtout en une évaluation psychiatrique de l’homme qui a osé dénoncer un crime supposé (lire encadrés).

 

Dans le cadre de cette affaire, l’association Reporters sans Frontières a demandé la réouverture du dossier de la disparition de JPK, tout comme un « Comité pour la manifestation de la vérité » a été créé par la famille et les amis de JPK.

Alex W. du PREL

 

(*) Note de la rédaction : pourtant, Tahiti-Pacifique a recueilli plusieurs témoignages qui tendent à confirmer une telle suspicion : un ancien chef de la gendarmerie nous a déclaré (devant témoin) qu’un procureur général lui aurait déclaré « On m’a nommé ici pour que rien n’arrive à Gaston, et rien ne lui arrivera ! », propos que ce même procureur aurait ensuite répété à un président de tribunal qui nous a déclaré « il m’a dit la même chose ». Ensuite, un substitut du procureur nous raconta l’histoire d’une instruction sur des fonds transférés au Japon dans laquelle il avait reçu l’ordre « de ne pas poursuivre » car « cela peut remonter trop haut ». Encore, en 2001 plusieurs magistrats du Palais de justice de Papeete ont demandé leur mutation à d’autres postes car, nous déclara un juge, ils ne « pouvaient plus supporter » certaines « dérives ».

 

- Enfin, lors du procès en appel de Vetea Guilloux décrit ci-dessus, il était étonnant d’apercevoir le procureur de la République, M. Bianconi, suivre très nerveusemement les débats debout entre le box de la presse et le perchoir du procureur général Déby, mais surtout, lors des suspensions de séance, de le voir se précipiter vers le balcon pour y être de suite rejoint par Me François Quinquis – avocat du GIP et de M. Flosse - pour y tenir de longs conciliabules en aparté. De quoi se demander si le Parquet ne serait pas parti prenante dans cette affaire, à moins qu’il ne “joue le pompier” afin éteindre un “incendie” aux connotations politiques peut-être bien embarassantes pour une certaine « raison d’Etat ».

 

Encadré

Libre opinion

Une justice surprennante

 

En rendant son arrêt dans l’affaire Vetea Guilloux, la Cour d’appel de Papeete reconnaît la nécessité d’un complément d’information. Alors que les juges eux-mêmes admettent ainsi que le dossier est loin d’être bouclé, comment ont-ils pu une première fois condamner à la prison ferme Vetea Guilloux pour « dénonciation calomnieuse » alors que la calomnie n’est pas démontrée ?

Faut-il en conclure que la dénonciation est en soi inadmissible et doit être sanctionnée ? C’est en tous cas ce que semblent penser les juges de la Cour d’appel de Papeete qui en rajoutent, encore que le jeu soit plus subtil. Ils n’infirment pas le jugement, donc confirment la culpabilité de Vetea tout en le libérant de prison, mais en l’enfermant dans un système bien contraignant : Vetea est en effet astreint au contrôle judiciaire chaque semaine, à l’interdiction de changer de domicile et de rencontrer les personnes mises en cause dans cette affaire. Et ce, durant tout le temps que durera l’enquête complémentaire. N’en jetez plus, la coupe est pleine avec les expertises neuro-psychique et psychiatrique.

 

Il y a manifestement un abus de droit qui entre tout à fait dans la compétence de la Cour de cassation, laquelle devrait rétablir le vrai droit en cassant l’arrêt de la Cour d’appel de Papeete.

 

Cependant, et c’est ce qui paraît moins sûr, faut-il encore que le complément d’information demandé par les juges de la cour d’appel ne se limite pas à mieux sonder la personnalité de Vetea Guilloux, mais de contribuer à rouvrir le dossier en vue d’éclaircir les circonstances de la disparition de Jean-Pascal Couraud (JPK). Ce qui ne pourrait que réjouir la famille et les amis du journaliste, lesquels se sont constitués en « Comité pour la manifestation de la vérité » à la suite des révélations faites par Vetea Guilloux. Or pour le moment, le parquet général semble faire la sourde oreille quant à la réouverture de l’instruction, comme le démontrent les lettres qui lui sont adressées et la réclamation auprès du Garde des Sceaux signée de Philippe Couraud, frère de JPK et président du comité.

 

En attendant, une plainte contre X a été déposée par la famille de Vetea qui entend faire la lumière sur les circonstances qui l’ont mené à être traité comme un dangereux criminel alors qu’il ne faisait que dénoncer des faits. Le juge Jean-Bernard Taliercio, s’il en a le temps, devrait savourer le cadeau qui lui est fait…

 

Par principe, les décisions de justice ne souffrent d’aucune critique. Depuis, l’exemple est venu d’en haut lorsque le président de la République et autres parlementaires ne se sont pas gênés pour critiquer le jugement condamnant Alain Juppé à 10 ans d’inéligibilité pour emplois fictifs. Il est donc tout à fait concevable que le refus de la cour d’appel de Papeete de prononcer la relaxe de Vetea Guilloux nous étonne avant de nous convaincre, si cela était encore nécessaire, que la justice telle qu’elle est pratiquée depuis quelques temps en Polynésie française semble avoir perdu ses repères. Et ce ne sont pas les procédures diverses engagées dans le processus politique actuel qui modifieront cet avis.

 

Entre les fausses raisons d’Etat et les appartenances sectaires, le citoyen lambda ne s‘y reconnaît vraiment plus.

Annie Rousseau

 

 

Décembre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 164

Le GIP, un “Etat dans l’Etat” qui inquiète de plus en plus

 

Fin novembre, on apprenait que le gouvernement de M. Flosse avait discrètement fait embaucher 145 nouveaux GIP en CDD (agents non titulaires) dans ce que le président Temaru a appelé « une milice politique du Tahoera’a ». Certaines de ces embauches étaient effectives depuis le mois d’octobre et faisaient passer les effectifs du désormais célèbre service du GIP de 718 à 863 agents, soit une augmentation de personnel de 20% en deux semaines. De ces 145 contrats signés les 2 ,5 et 8 novembre, seuls 61 ont été visés par le Service du personnel ; ils sont en cours de visa au Contrôle des dépenses engagées avec beaucoup de difficultés faute de crédits sur les lignes budgétaires correspondantes. Depuis, ces « gros bras » ont envahi les bâtiments administratifs (nous en avons compté 16 aux Finances) sans qu’aucun contrat définitif n’ait été signé, en infraction avec la législation sur le travail.

Voilà qui pose à nouveau le débat de fond sur les missions du GIP, notamment pour le haut-commissaire responsable de la sécurité et de l’ordre public. D’autant plus que le 22 octobre, lors de l’élection de Gaston Flosse à la fonction de président par le Tahoera’a, l’assemblée territoriale avait été investie et occupée par des « gros bras » du GIP qui interdisaient, à un certain moment, même l’accès aux journalistes. Cette occupation illicite et musclée d’une institution du Territoire, malgré les vives protestations de son président et le fait que leur mission ne les autorise qu’à faire que du gardiennage, n’a nullement ému les autorités de l’Etat. Pis encore, la bande de ces quelques 40 « gros bras » était commandée par Léonard (Rere) Puputauki, l’ancien chef du service des GIP alors légalement démis de ses fonctions par le conseil des ministres d’Oscar Temaru le 6 octobre, licencié pour « faute lourde ». Il déclara par la suite sur RFO télé « qu’on ne peut limoger Rere, car le GIP, c’est une famille, et le chef c’est moi. Tous les hommes n’obéissent qu’à moi ! »

 

M. Puputauki, sans mandat ni poste officiel, affirmait alors agir de sa propre initiative, mais nous étions présent dans la salle des commissions de l’assemblée lorsque M. Flosse, ayant terminé une conversation sur son téléphone cellulaire (avec le haut-commissaire ?) ordonna à M. Puputauki : « Rere, tu peux retirer tes hommes maintenant ! », sur quoi l’ordre fut immédiatement exécuté.

 

Ensuite, le 27 octobre 2004, Rere Puputauki entouré d’une vingtaine de GIP tenta d’investir, en vain, les locaux de la DAF (Direction des affaires foncières). Silence du haut-commissaire.

Rebelote le 8 novembre, lorsque le GIP tentait d’investir le bâtiment de Tahiti Nui Télévision (TNTV), prenant littéralement d’assaut la station défendue par des gardiens de sociétés privées embauchés par le gouvernement Temaru ! Tel a été le cas encore quelques jours plus tard à la chaîne de télévision (TNTV). Là encore, Gaston Flosse déclarait sur RFO n’avoir donné aucune instruction au service du GIP pour investir TNTV, une déclaration corroborée par Rere Puputauki, nouvellement réintégré dans ses fonctions de chef du GIP par Gaston Flosse. Là encore, comme l’écrit le gouvernement Temaru, pas la moindre réaction du haut-commissaire Michel Mathieu « devant un cas avéré et avoué d’une “section spéciale” formée de fonctionnaire territoriaux agissant de leur propre initiative, hors de tout contrôle ou instruction des autorités politiques », ce qui fait que « nous sommes en présence d’une milice privée, formée d’agents publics, qui agit en toute autonomie, donc en toute illégalité ». Cette liberté de faire n’importe quoi donnée à une milice, avec l’approbation tacite du haut-commissaire (puisqu’il reste muet à ce sujet) fait dire au conseiller spécial Barral que « dans la situation politique extrêmement tendue que connaît le Pays, j’attire votre attention sur les risques majeurs qui pourraient être générés par cette situation en matière d’affrontements possibles et pour lesquels vous [M. Mathieu] seriez tenu directement responsable en tant que garant de l’ordre public ».

 

La “cellule renseignement” « n’existe pas »

 

Le gouvernement Flosse, par la voix de son organe « L’Hebdo » n°14 du 8 novembre (dont le rédacteur en chef est aussi le directeur de la communication du gouvernement Flosse ; n’y a-t-il pas ingérence ?) prétend désormais que la « cellule renseignement » du GIP (lire TPM 162), une quinzaine de personnes effectuant des opérations de filature, des prises de vue et d’écoute à l’insu des personnes, si ce n’est de la violation de domicile, n’existerait pas. Pour le Tahoera’a « toutes ces accusations sont fausses », il s’agit d’un « acharnement contre le GIP » et que « si la présidence [Temaru] avait les preuves d’écoutes téléphoniques, celles-ci passeraient forcément par l’OPT. L’OPT aurait également dû porter plainte. ». L’argument est risible lorsqu’on sait que l’OPT était dirigée par le gendre de Gaston Flosse, Edouard Fritch).

Pourtant, deux semaines auparavant, le même journal avait écrit que ces agissements qui bafouent les garanties données à chaque citoyen par la Constitution et effectués hors de tout cadre légal étaient normaux : « Le genre de personnes influentes dont, sans aucun doute, M. Gaston Flosse avait besoin de connaître avec précision les moindres faits et gestes ».

 

Mais encore, les “plumes” de Gaston Flosse avancent l’argument suivant comme preuve que tout ceci ne serait que pure invention : « si le procureur ou un magistrat avaient entendu des faits aussi graves que la présidence le rapporte, il aurait lui même porté plainte, puisqu’il peut s'auto-saisir. ». En métropole, peut-être, mais pas à Tahiti où Vetea Guilloux (lire p. 29) se voit répondre au sujet des activités de la “cellule renseignements” du GIP par le président de la Cour d’appel : « Des barbouzes, des écoutes, des filatures, ça se fait depuis la nuit des temps et un peu partout, monsieur, vous n’avez pas dévoilé grand chose ! ». Quelle auto saisine attendre de ce magistrat, si ce n’est de la part d’un procureur qui ne semble chercher qu’à faire taire celui qui ose dénoncer un crime ?!

 

Aussi, il fallut attendre une plainte déposée par Annie Rousseau pour qu’enfin le 4 novembre, soit un mois après la déposition officielle du ministre Gilles Tefaatau à la gendarmerie mais aussi de la parution de l’article dans Tahiti-Pacifique, que le procureur François Deby annonce enfin que « le GIP va faire l’objet d’une enquête ultérieurement ». “Ultérieurement”, quel beau synonyme pour “calendes grecques”, pour la si lente mise en œuvre d’une procédure lorsqu’on la compare avec la fulgurante rapidité avec laquelle Vetea Guilloux a été condamné à la prison ferme pour avoir dénoncé un crime comme le lui oblige la loi ! (lire notre article sur l’affaire JPK).

 

Tahiti-Pacifique magazine se verra certainement aussi accusé de « mythomanie » ou de « manipulation politique » car nous avons (enfin) retrouvé dans nos archives des photos prises fin 2002- début 2003 dans un hôtel du front de mer de Papeete. Ces images montrent une installation d’écoutes retransmises en direct par radio placées dans deux, peut-être trois chambres de l’hôtel, un système dont la découverte avait alors intrigué plus d’un « service discret » de l’Etat. A l’époque, le propriétaire de l’hôtel nous avait déclaré que cette installation concernait les « trois chambres louées à l’année par le GIP » et qui devaient certainement servir à piéger quelques malheureux en quête d’ébats amoureux clandestins.

 

Inquiétude mais immobilisme de l’Etat

 

A ce sujet, il faut mentionner que dès 1999, les différents « services discrets » de l’Etat s’interrogeaient (et s’inquiétaient) de plus en plus sur certaines activités « occultes » du GIP dont ils avaient eu connaissance et auraient envoyé maints rapports sur ce sujet à leurs supérieurs, au gouvernement socialiste comme à celui de l’UMP, mais que cela ne semblait inquiéter personne en « haut lieu ».

Aussi, il y a quelques années, lors de la venue à Tahiti d’un nouveau directeur de l’un des « services discrets » de l’Etat, celui-ci nous déclara avoir fait « vérifier les lignes téléphoniques » de son bureau et avoir découvert « que le fax était sur écoute ». Quel genre d’écoutes ? « Territoriales » fut sa réponse. Les services de Gaston Flosse qui espionnent l’Etat, voilà qui est cocasse mais qui a depuis été confirmé par l’affaire du licenciement pour « perte de confiance » de Manuel Terai, employé aux Relations internationales du Palais présidentiel pour avoir remis une carte du Pacifique à un chef de service « discret » du haut-commissariat fraîchement arrivé sur le Territoire, acte dûment photographié disent certains (lire TPM 130, “A la Cour”).

 

D’ailleurs, comme les liens entre les « RG de la Présidence » (ne pas confondre avec la « cellule renseignement » du GIP) et les “services discrets » de l’Etat étaient plutôt cordiaux, notamment par le biais des gendarmes retraités Montezinos et Havet qui visitaient régulièrement leurs ”collègues”, le président Flosse devait être tout à fait au courant que ses “espions” du GIP n’étaient plus un secret pour les services de l’Etat… qui acceptait ainsi implicitement la chose. Même inquiétude du côté de beaucoup de magistrats du Tribunal administratif de Papeete, lesquels se faisaient accuser par le président Flosse de vouloir saboter le statut : « Là même où notre statut nous donne pleine compétence, des fonctionnaires de l’Etat, en parfaite harmonie avec le Tribunal administratif, s’emploient quotidiennement à vider notre autonomie de toute substance » (discours du 18/05/01). Dans un autre discours devant l’assemblée en septembre 2000, le président Flosse déclarait : « Le haut-commissaire [Jean Aribaud] n’a t-il vraiment rien de plus important et de plus urgent à faire que de persécuter le GIP ? La police n’a t-elle rien de plus important et de plus utile à faire que de surveiller le GIP ? ». En octobre 2000, Gaston Flosse , lors d’un conseil des ministres, expliquait au secrétaire d’Etat Christian Paul que « j’ai, il est vrai, des méthodes parfois expéditives pour réaliser mes objectifs et cela peut légitimement troubler les représentants de l’Etat », à quoi le M. Paul répondit que l’Etat devait « jouer pleinement son rôle, garant du respect de la règle de droit et des libertés publiques et individuelles ». Les écoutes, filatures et surveillances du G.I.P. ne tombaient certainement pas dans le cadre du « respect de droit et de libertés publiques ».

 

Mêmes inquiétudes des milieux politiques de l’opposition à Tahiti face à ce véritable « Etat dans l’Etat » local qu’avait mis en place le président Flosse : « Si jamais on gagne les élections, mais qu’est-ce qu’on va faire de cette milice, de ces GIP ? Il faudra continuer à les payer, autrement ils feront comme George Speight aux Fidji, il nous feront un coup d’Etat ! » nous déclarait un proche de Boris Léontieff début 2000. (TPM 112, 08/2000). Ceci explique le maintien du GIP par le président Temaru après juin 2004.

 

Menaces et agressions de journalistes

 

Hélas, dernièrement on perçoit un changement à Tahiti jusqu’à présent épargné par le « syndrome néo-calédonien » d’une certaine violence politique. Début septembre, suite à la publication de notre article sur le GIP, des messages de menaces (une voix de métropolitain) furent enregistrés sur un de nos répondeurs, puis un mail Internet d’un certain “Feliciano Miguel” nous promettait « Alors qu’as tu à dire maintenant [que Flosse est de retour au pouvoir]..Je vais pouvoir très bientôt m’occuper exclusivement de toi, je vais te faire du micro onde à plein pot. ». Nous avons déposé plainte à la gendarmerie, ce qui n’a pas ému le Parquet puisque six semaines plus tard, on ne nous a même pas demandé copie des messages enregistrés. Par contre, fin octobre, un certain Félicien Micheloni, ex adjudant de la DGSE et ancien chef de la « cellule renseignement » du GIP, prenait l’avion pour Paris en vociférant à son entourage que « Tahiti-Pacifique m’a tout cassé ».

 

Dans la même veine, début novembre Eric Monod, grand reporter de Télé Polynésie (RFO), a reçu, à son tour, des menaces le lendemain de la diffusion d’un sujet sur le procès et l’affaire JPK : « Si tu parles encore de l’affaire JPK, tu subiras le même sort ». Or, le lendemain soir en rentrant chez lui , il se fit agresser par deux hommes qui le rouèrent de coups sur sa terrasse. Rien n’ayant été volé, il ne pouvait s’agir d’un cambriolage. Eric Monod n’a pas porté plainte, car, dit-il, « ça ne servira à rien ». Voilà un journaliste bien au parfum des réalités des « bizarreries » de l’application de la justice à Tahiti.

 

Dans l’affaire de la disparition du journaliste Couraud (dit JPK), si l’accusation du meurtre par le GIP se révélait être véridique (lire notre article p.10), il se confirmerait qu’il y a bien eu un très grave « dérapage » au sein de la « cellule renseignement », laquelle ne regroupait que 16 employés sur un total de 700 GIP, pour la plupart de braves et honnêtes personnes, il faut le mentionner.

 

Au sujet de cette affaire JPK, lors de son discours d’investiture le 22 octobre, le président Flosse avait déclaré, « Je jure devant Dieu et devant tous les Polynésiens qui me voient et m’écoutent, que jamais, jamais, je n’ai provoqué ni commandité, ni même souhaité la mort de quiconque. Tous ceux qui me connaissent bien le savent. ».

 

Nous le croyons sans hésitation, estimant que si JPK avait été assassiné, cela aurait été alors certainement fait à l’insu de M. Flosse par quelques individus ayant perdu leurs repères et imbus d’une mentalité du S.A.C. (*) qui auraient cru là « faire plaisir au patron », ne se rendant pas compte qu’en réalité ils pouvaient entraîner « le patron » dans un bourbier fatal car il est le chef suprême (donc responsable) du G.I.P. Tout ceci est au conditionnel, bien entendu.

 

En étant informé de tous ces faits, on comprend la raison pour laquelle, le 26 novembre, le président de la Ligue polynésienne des Droits de l’Homme, après avoir été refusé pour une audience auprès du haut-commissaire Mathieu, estimait que l’on « utilise le GIP comme instrument de guerre pour imposer sa politique à son adversaire », que « M. Flosse a créé au sein [du GIP] une officine de renseignement pour ses besoins politiques personnels, au mépris des Droits de l’Homme. » Pour cette raison il réclama « la dissolution du GIP pour recomposer ensuite une institution digne… car 99% des GIP sont des mecs bien ».

Alex W. du PREL

(*) - Service d’Action Civique, “service secret” parallèle gaulliste lié aux scandales de l’affaire Ben Barka en 1965 comme de l’affaire Markovic (la mort du garde du corps d’Alain Delon) et à des dérives criminelles, notamment au sein du SAC marseillais. En juillet 1981, après qu’un inspecteur de police et sa famille étaient massacrés dans les Bouches du Rhône, une commission parlementaire établit un lourd dossier à charge contre cette organisation qui fut alors dissoute en juillet 1982. Lire notre article complet « Le SAC, part d’ombre du gaullisme », TPM n° 157, mai 2004.

 

 

Avril 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 168

La rébellion du G.I.P.

A peine installé dans ses nouvelles fonctions, le président Oscar Temaru voit son autorité contestée par des agents pourtant hiérarchiquement placés sous son autorité directe, les GIP (Groupement d’intervention de la Polynésie). Sur ce, Oscar Temaru lut le 23 mars une « déclaration solennelle » sur les deux chaînes de télévision où il déclara :

 

« Monsieur Yannick BOOSIE, adjoint au chef de service du GIP m’a adressé un courrier rappelant l’opposition de quelques agents à la nomination de Monsieur Robert MAKER au poste de chef de service du GIP. Il rajoute « qu’à défaut d’un règlement de ce problème sous 48 heures », le GIP cesserait toute activité professionnelle. Cet ultimatum, qui s’oppose ouvertement à une décision du Conseil des Ministres, méconnaît les dispositions réglementaires en matière de droit du travail. En tant que Président du Pays, j’entends faire appliquer avec fermeté la nomination de Monsieur Robert MAKER et il n’est donc pas question, pour moi, de céder au chantage…»

La réaction fut que dans cette même nuit une centaine d’hommes du GIP bloquèrent le pont de Motu-Uta qui donne accès à la zone portuaire de Papeete. Deux engins lourds empêchèrent tout passage de véhicules sur le pont. Papeete était en danger de se retrouver sans approvisionnement en fuel, donc sans électricité. Léonard Puputauki réitéra sa demande de voir nommer son ancien adjoint, Yannick Boosie, à la tête du GIP, à la place de Robert Maker. Interrogé sur la légalité de ce mouvement, Léonard Puputauki a rappelé (avec un sourire) le blocage, pendant plusieurs mois, de services publics par des sympathisants de l’UPLD.

 

Le 26 mars, un bateau du GIP, le “Tahiti Nui 6” qui revenait de Maupiti se faisait arraisonner au quai des ferrys de Papeete par une quarantaine d’hommes de Rere Puputauki qui le dirigèrent vers la base de Fare Ute. Son capitaine fut frappé et son second dut se jeter à la mer pour échapper aux coups. Ça s’appelle de la piraterie.

Les agissements de ces hommes et le refus de la part de leur chef Léonard Puputauki, dit « Rere », de reconnaître l’autorité d'Oscar Temaru et de son gouvernement rend hélas crédible les plus profondes craintes exprimées depuis des années par des observateurs et des fonctionnaires d’Etat : le GIP serait en réalité une milice créée par M. Flosse pour servir un homme et son parti.

 

Cette hypothèse n’est pas neuve puisque voici cinq ans déjà, en août 2000, Tahiti-Pacifique avait publié un long article sur le GIP dans lequel nous exposions les dérives qui apparaissaient dans l’opération de ce service très spécial et qui inquiétaient le haut-commissaire Aribaud, alors fraîchement nommé en Polynésie française, au point de lui faire dire « que le Groupement d’intervention de la Polynésie n’a pas vocation à réaliser des travaux « sans respecter les règles mêmes du territoire » et de répéter que le G.I.P. n’avait pas à se mêler « du maintien de l’ordre public qui reste de compétence d’Etat ».

« Ensuite, l’autre inquiétude vient de milieux politiques de l’opposition à Tahiti face à ce véritable « Etat dans l’Etat » local : « Si jamais on gagne les élections, mais qu’est-ce qu’on va faire de cette milice, de ces G.I.P. ? Il faudra continuer à les payer, autrement ils feront comme George Speight aux Fidji, il nous feront un coup d’Etat ! » (TPM n°112, 08/00).

 

Oui, la cellule « espionnage » du GIP a bien existé

 

Fin février, la brigade de recherche de la gendarmerie remettait au Parquet un procès-verbal qui expliquait que « les investigations entreprises démontrent à travers des auditions de témoins ayant travaillé à la “cellule manifeste” l’existence d’une cellule d’espionnage installée dans les locaux du GIP à Papeete. Cette cellule avait pour vocation de suivre tant dans leur vie publique que dans leur vie privé, les opposants politiques, les amis et les familiers du président Gaston Flosse, en les enregistrant à l’aide d’un dictaphone, en les filmant ou les photographiant dans leur vie courante et ce de 1997 à mai 2004. Pour ce faire, le Président du Territoire a procédé ou fait procéder au recrutements d’agent de renseignements d’origines militaires pour mettre en place au sein de son institution un service d’études et de documentation (SED) ainsi qu’une « cellule d’espionnage ». Le responsable de cette cellule était chargé de la formation et l’attribution des missions à son personnel. Selon certains témoins, il arrivait au chef de cette cellule de féliciter au nom du président les personnels pour la qualité du travail accompli. A l’heure actuelle, en fonction des éléments détenus par le groupe d’enquêteurs sur les objectifs et les décideurs de la cellule manifeste, l’ouverture d’une information judiciaire est nécessaire tant pour qualifier pénalement les faits que pour identifier la totalité des victimes de ces filatures ainsi que les personnes ayant dirigées et ordonnées ces surveillances. » Les enquêteurs concluaient donc que l’ouverture de trois informations était justifiée.

Le 22 mars, dans Les Nouvelles, le procureur général Déby répondait que « les procès-verbaux nous ont été communiqués, et nous sommes en train de les étudier afin de déterminer la procédure qui permettra d’obtenir la sécurité juridique pour la suite des éventuelles investigations… Je ne voudrais surtout pas que l’on puisse penser que le Parquet est en train de chercher les moyens pour étouffer l’affaire. Le Parquet est en train de chercher la solution juridique qui permette à cette affaire de ne pas être contestée au moins sur plan juridique ».(sic !)

A ce sujet, nous avons retrouvé un article d’octobre 2002 (TPM n°138) où nous écrivions : « Il y a d’autres acteurs bien plus discrets qui assurent des infiltrations et des surveillances comme le confirme le président Flosse en déclarant l’an dernier, lors d’un conseil des ministres “délocalisé” sur l’atoll de Tupai, que nos RG ont tous les moyens. Ils ont même des appartements banalisés en ville. Papeete est quadrillé… », tout comme nous relations un incident à RFO : « Une nouvelle preuve, révélatrice tout en étant comique, de l’infiltration généralisée des services « discrets » du Palais dans la société est l’incident qui s’est passé à RFO Polynésie le 7 décembre : la journaliste qui présentait ce soir-là le journal télévisé avait saisi dans sont texte la narration de l’incident où le président Flosse avait éconduit le journaliste des Nouvelles. Puis, lors de la présentation et diffusion en direct du journal, elle sauta ce paragraphe et ne parla pas de l’incident à l’antenne. Quelle ne fut alors sa surprise d’apprendre le lendemain matin que Yves Haupert, directeur de la communication du Palais, était dans tous ses états, avait appelé la direction de RFO et réclamait la diffusion d’un droit de réponse.pour démentir une chose qui n’avait jamais été diffusée ! Cet incident scandaleux dévoilait sans ambiguïté que la Présidence a placé même au sein de RFO (organisme d’Etat !) une « taupe » qui lui envoyait les ébauches des journalistes !!! »

Affaire JPK : haere maru

En ce qui concerne l’accusation d’assassinat de JPK, la justice ne semblerait pas décidée à frapper bien fort et, selon une indiscrétion, « cherche actuellement là où ils seront sûrs de ne rien trouver ». Les deux GIP accusés par Vetea Guilloux n’ont toujours pas été entendus par la justice, en dehors des quelques heures début octobre 2004 à l’issue desquelles le procureur de la République s’est empressé de les relâcher avant de faire condamner Vetea Guilloux. Depuis, plus rien. ».

Au cas où Vetea Guilloux aurait dit vrai, ils ont donc eu tout le temps, depuis cinq mois , de « bétonner » dans tous les sens afin de ne rien lâcher le jour où les gendarmes, enfin, se décideront à les interroger.

A.d.P.

 

Encadré 1

Les raisons possibles de la rébellion des GIP

 

Quatre raisons majeures sont avancées comme pouvant expliquer la rébellion des membres du GIP sur ordre de Rere Puputauki :

1) celle ouvertement émise par Oscar Temaru et Jacqui Drollet : « Cette opération de force conforte notre analyse sur les dérives d’un service public devenu au fil des ans une officine de police privée au service d’un homme et d’un parti politique. » « Nous sommes en face d’une tentative de ‘putsch’ visant à déstabiliser à nouveau le gouvernement et sa majorité dans la perspective de réinstaller au pouvoir le Tahoera'a qui en avait été chassé par le suffrage universel… L’Etat chiraquien est évidemment complice de ce plan machiavélique ». « C’est une opération pour tenter de faire croire que le président Temaru est un incompétent ».

2) Le fait que la Chambre territoriale des comptes avait engagé depuis le 18 mars 2005 un contrôle des comptes du GIP. Or il est de notoriété que le GIP a effectué toutes sortes de travaux pour le Tahoera’a (rénovation du siège du parti voici deux ans, mise en place de tribunes, chapiteaux et estrades pour les réunions politiques, transport de militants dans les îles, etc.) mais aussi pour M. Flosse (travaux extensifs de construction dans sa résidence de Vetea, tout comme celle d’Erima). Or, comme Tahiti-Pacifique l’avait révélé voici un an, malgré un arrêté du conseil des ministres, le GIP n’a jamais été transformé en EPIC (établissement public industriel et commercial) et ne pouvait donc pas facturer des travaux à des entités privées, ce qui pourrait signifier que ces travaux puissent être considérés comme des détournement de fonds publics. Créer des troubles pourrait retarder le travail des magistrats de la Chambre des comptes, des émeutes pourraient « déclencher » un incendie qui détruirait alors des archives bien embarrassantes.

3) L’intrusion soudaine dans le conflit de syndicalistes, notamment Ronald Terorotua et Cyril Legayic alors que le GIP n’a jamais été syndiqué, pourrait être expliqué par le fait que certains leaders syndicaux désireraient un retour de Gaston Flosse au pouvoir car ils ne touchent plus les émoluments octroyés jadis (les fameux « emplois fictifs »). Un conseiller d’Oscar Temaru estime que Ronald Terorotua chercherait à intégrer un poste de cadre rémunéré « aux environs d’un million par mois » dans la structure du GIP, d’autant plus que le GIP avec ses 1263 employés est devenu le premier employeur du Territoire, suffisamment grand pour créer plusieurs postes de cadres « mis à disposition » pour s’occuper de fonctions syndicales.

4)- D’autres cadres de l’UPLD estiment que le GIP ferait partie d’une grande opération de déstabilisation à laquelle participerait aussi Hiro Tefaarere (encore lui !), par le biais de son fidèle copain Ronald Terorotua, car il serait intéressé à maintenir le parti d’Oscar Temaru dans le désarroi et « sous pression » jusqu’à l’élection du nouveau président de l’assemblée territoriale le 14 avril, poste où Hiro veut tant se succéder à lui-même qu’il est prêt à tout, même à pactiser avec le Tahoera’a (il l’a déclaré dans un quotidien) afin de garder le « fromage » que représente le poste au perchoir de l’assemblée. Si tel était le cas, Oscar Temaru paierait encore une fois cher le fait d’avoir aidé son cousin en le faisant entrer dans son parti après les émeutes de 1995.

A.d.P.

 

Encadré 2

Le système G.I.P.

Qui devient membre du G.I.P. ? La première condition incontournable est d’avoir le tahitien ou le marquisien comme langue maternelle. Beaucoup sont originaires des Australes, mais de plus en plus de jeunes de la zone urbaine de Papeete sont intégrés, essentiellement des victimes de l’échec scolaire. Il y a aussi beaucoup de recrutements de prisonniers en fin de peine à Nuutania, le GIP étant aussi un “outil de réinsertion sociale”. Comme l’avait confirmé le président Flosse, le système des G.I.P. fonctionne selon l’ancienne méthode de travail courante à Tahiti, voici 15 ans encore : la personne travaille un certain temps pour se faire assez d’argent afin d’acheter ce qu’elle a besoin, puis elle retourne vivre “à la traditionnelle” dans sa famille, à faire de l’agriculture ou de la pêche. Trois ou six mois plus tard, elle revient au GIP faire “un tour”. Il en résulte que bien que présentement [en 2000] il y ait environ 300 G.I.P., en réalité c’est un “réservoir” d’environ 1000 à 1500 personnes sur lequel le président Flosse peut compter et appeler à tout moment.

Pour l’ambiance, le G.I.P. est très similaire à la Légion étrangère, confirmé par M. Flosse : « Les membres du G.I.P. sont un peu les légionnaires de la Polynésie. » (mars 2000). Une discipline stricte est la norme, on travaille sans compter lorsque c’est nécessaire, mais c’est aussi et avant tout une “famille”, comme la Légion, dans laquelle on s’entraide et on se protège mutuellement. On peut voir là la création d’ un nuna’a, d’une communauté polynésienne où le groupe importe plus que l’individu et ou le respect du chef et de la hiérarchie est essentiel. C’est le genre de vie en communauté dans lequel le Tahitien se plaît car il retrouve le type de convivialité et une dignité que la société “moderne” (pourtant imposée par les conseillers de M. Flosse ! ) a tant détruit dans nos îles.

Le président Flosse lui-même semble très attaché à cette “famille” qui est bien le seul groupe pour lequel il organisait des soirées privées, telles celles données régulièrement au Palais présidentiel de juillet 2000 jusqu’à la fin 2003 et les multiples “arbres de Noël” de  fin d’année où il aimait distribuer personnellement les cadeaux aux enfants des GIP. C’est ainsi que “Président” avait offert une nouvelle “famille” à beaucoup de jeunes et moins jeunes qui n’en n’avaient plus, et on comprend qu’ils lui en soient reconnaissants. En juin 2000, une branche féminine du G.I.P. fut créée, les « Gipettes ». Il est certain que l’obéissance et l’adulation d’un homme par des membres de ce groupe bien discret (ils sont soumis à un serment de “secret” lors de leur embauche) inquiéta dans différents milieux, d’’abord dans les milieux de l’Etat où certains craignent un “dérapage” lors duquel, pour la première fois depuis les guerres de Pomare II, des Tahitiens pourraient se trouver en conflit face à d’autres Tahitiens.

 

 

Mai 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 169

L'épouse de Boris Léontieff demande la création d'une commission d'enquête

Céline Léontieff, veuve de Boris a demandé à l'assemblée de P.F. la création d'une commission d'enquête pour tenter de déterminer les circonstances de la disparition de son époux avec 3 autres personnes (dont Lucien Kimitete) le 23 mai 2002 à bord d'un petit avion. Céline Léontieff déclare souhaiter avant tout de « faire taire les rumeurs ». Bien que le Tahoera'a estime que « l'assemblée ne dispose ni des pouvoirs ni des compétences techniques pour mener une telle enquête » et « dénonce les manipulations qui voudraient créer un lien entre la disparition de JPK et celle de Boris Léontieff, en mettant une nouvelle fois en cause le GIP », Mme Léontieff demanda par la suite au sénateur Gaston Flosse « d'intercéder auprès de du président de la République afin qu'il intervienne auprès de son homologue américain pour permettre aux enquêteurs français d'obtenir des renseignements ». Mme Léontieff pense que les Etats-Unis pourraient détenir des photos satellitaires de la zone du Pacifique le jour de l'accident. Si elle se heurtait à un refus des Américains, l'épouse du conseiller disparu souhaiterait la réouverture de l'enquête et de fouiller des atolls que l'on n'a pas pu visiter. Céline Léontieff fait aussi appel au sénateur Flosse pour qu'Interpol mène une enquête sur le pilote de l'avion qui, selon ses dires, aurait été dernièrement aperçu dans un pays d'Amérique latine. « Ce ne sont que des rumeurs mais rien n'est à écarter ».

AdP

 

Mai 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 169

Cellule d'espionnage du GIP (Suite)

Gendarmerie Nationale
Compagnie des îles du Vent
PV n° 278/2005
BRIGADE RECHERCHES de PAPEETE

Enquête préliminaire

PROCES VERBAL DE RENSEIGNEMENTS JUDICIAIRES

-OBJET : Existence d'une « cellule d'espionnage » au sein de la Présidence du Territoire de la Polynésie française.

EXPOSE DES FAITS
&emdash; Le 17janvier 2005, le commandement de la Gendarmerie pour la Polynésie Française décide la création d'un groupe d'enquêteurs nommé « JPK 987 ».
La constitution de ce groupe d'enquêteurs fait suite à la délivrance de deux commissions rogatoires par monsieur Pierre MOYER, conseiller près la Cour d'Appel de Papeete dans le but ce poursuivre les investigations sur les révélations faites par Vétéa GUILLOUX, salarié du GIP, quant à la disparition de Jean Pascal COURAUD alias « JPK ».
&emdash; Nous avons pour mission dans le cadre de la première des deux délégations de démontrer l'existence d'une cellule de renseignements au sein de la Présidence, appelée « cellule manifeste ».

ENOUETE

&emdash; Les investigations entreprises dans le cadre de la procédure ri0 106/2005 BT PAPEETE démontrent à travers des auditions de témoins ayant travaillé à « la cellule manifeste » I'existence d'une « cellule d'espionnage » installée dans les locaux du GIP (Groupe d'Intervention pour la Polynésie) quartier Fare Uté â Papeete.

Cette cellule avait pour vocation de suivre tant dans leur vie privée que dans leur vie publique les opposants politiques, les amis et le familiers du Président Gaston FLOSSE en les enregistrant à raide d'un dictaphone, en les filmant ou les photographiant dans leur vie courante et ce de 1997 au mois de mai 2004.

&emdash; Pour ce faire, le Président du Territoire a procédé ou fait procéder au recrutement d'agents de renseignements d'origines militaires pour mettre en place au sein de son institution un service d'études et de documentation (SED) ainsi qu'une « cellule d'espionnage » Le responsable de cette cellule était chargé de la formation et de l'attribution des missions à son personnel. Selon certains témoins, il arrivait au chef de cette cellule de féliciter au nom du Président les personnels pour la qualité du travail accompli.

&emdash; A l'heure actuelle, en fonction des éléments détenus par le groupe d'enquêteurs sur les objectifs et les décideurs de la cellule manifeste, l'ouverture d'une information judiciaire est nécessaire tant pour qualifier pénalement les faits que pour identifier la totalité des victimes de ces filatures ainsi que les personnes ayant dirigées et ordonnées ces surveillances.

L'OPJ (signé)

CLOTURE

Les faits relatés ci-dessus constituent les infractions suivantes susceptibles d'être relevées:
- ATTEINTE A L'INTlMITE DE LA VIE PRIVEE PAR CAPTATION OU TRANSMISSION DES PAROLES DUNE PERSONNE. Infraction qualifiée DELIT prévue et réprimée par les articles 226-1, 1 et 2, 226-1 al-l-§1 et 226-31 du code pénal. Code NATINF : 10764.
- ATTEINTE A L'INTIM1TE 0E LA VIE PRIVEE PAR FIXATION OU TRANSMISSION DE L'IMAGE D'UNE PERSONNE. Infraction qualifiée DELIT prévue et réprimée par les articles 226-1, 1 et 2. 226-1 al-1 2 et 226.-31 du code pénal. Code NAT1NF : 10765
- UTILISATION OU DIVULGATION D'UN DOCUMENT OU ENREGISTREMENT OBTENU PAR UNE ATTEINTE A LA VIE PRIVEE D'AUTRUI, infraction qualifiée DELIT prévue et réprimée par les articles 226-2 ai. 1, 226-1, aI.1 et 226-31 du code pénal. Code NATINF : 439

Fait et clos, te 21février 2005 à 11 heures 45.

 

Communiqué de presse du colonel Jacques GRANDCHAMP, commandant la gendarmerie pour la P.F.

« A plusieurs reprises des articles de presse ou des commentaires télévisés pas toujours avisés semblent mettre en cause la gendarmerie dans le cadre de la procédure en cours sur l'existence d'une « cellule d'espionnage ». Je rappelle que la gendarmerie agit dans cette affaire sous la double saisine d'un conseiller de la cour d'appel et d'un juge d'instruction. Les enquêteurs exécutent scrupuleusement et méthodiquement les directives de ces magistrats avec qui ils sont en relation permanente. Conformément aux dispositions du code de procédure pénale ils remettent aux magistrats leurs procès-verbaux et les tiennent informés en temps réel de l'évolution de l'enquête. Tout comme les deux juges concernés, je fais totale confiance au professionnalisme des officiers de police judiciaire de la cellule JPK dont les investigations sont exemplaires. J'exclus pour ma part formellement toute transmission de pièces de procédure par les enquêteurs de la gendarmerie que je connais tous personnellement et dont je sais la valeur morale et le sens de l'éthique. C'est donc avec la plus totale sérénité que je demande aujourd'hui même à monsieur le Procureur de la République qu'une enquête soit diligentée pour rechercher les origines de la divulgation d'un pièce de procédure. »

Note de la rédaction : Et dire que le l'hebdomadaire du Tahoera'a qualifie continuellement les articles de TPM dévoilant la cellule d'espionnage du GIP de « fantasmes ». (après avoir d'abord écrit que « c'était normal »). Certainement le « chef de cellule » Yves Haupert doit-il féliciter ces mercenaires de la plume « au nom du Président pour la qualité du travail accompli ». Or voici que la Gendarmerie nationale « fantasme » à son tour !

 

Juillet 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 171

GIP : business entre copains

Fin juin, le service de l'inspection du travail transmettait au parquet un rapport qui démontre que des employés de l'ancienne Présidence de M. Flosse montaient des opérations pour le moins étranges qui leur permettaient de toucher des pactoles considérables grâce à leur appartenance à une sorte de « famille ».

Voici le fonctionnement de l'opération telle qu'il est dévoilé dans le rapport :

La société territoriale d'économie mixte (SEML) Tahiti Nui Rava'ai commande des thoniers en Chine et en Corée, lesquels sont ensuite vendus à une société métropolitaine afin de permettre la défiscalisation, société qui finalement loue ceux-ci pour cinq ans à des sociétés de pêche tahitiennes.

Or, ces navires doivent être convoyés d'Asie jusqu'à Tahiti, ce qui crée un juteux marché de convoyage.

Fort de cette information, le chef des service de sécurité de la Présidence de Gaston Flosse, André Yhuel, s'associe avec Félicien Micheloni, le chef de la "cellule espionnage" du GIP et quelques autres proches du pouvoir pour créer une société « SARL Shipchandler » et nomme comme gérante une dame, Lynda Santoni, qui n'est autre que l'épouse de Félicien Micheloni. Celle-ci, dès le lendemain de la signature des statuts, accordera tous les pouvoirs à son époux, bien que celui-ci soit déjà fonctionnaire.

Comme par miracle ou plutôt comme prévu d'avance, cette société Shipchandler va obtenir de Tahiti Nui Rava'ai une commande pour le convoyage de huit thoniers, car selon les déclarations du directeur de Tahiti Nui Rava'ai, « seule cette société a été en mesure de répondre favorablement à la demande de Tahiti Nui Rava'ai à un tarif compétitif » bien que la SARL Shipchandler n'a aucun personnel maritime qualifié, même pas un capitaine. Le marché est vite conclu entre Tahiti Nui Rava'ai et Shipchandler pour le convoyage de ces navires de Chine à Tahiti, un contrat d'un montant de 76 796 000 Fcfp, soit 9 599 500 Fcfp par navire. L'enquête a ensuite trouvé l'explication de la source de personnel de la société Shipchandler : sur les 32 personnes recrutées pour effectuer ce convoyage, 22 étaient en fait salariés du GIP, donc employés du Territoire et les autres des soi-disant employés d'une société étroitement liée au GIP.

Mais encore, aucune des personnes recrutées n'avait, à la date du contrôle le 20 juin 2005 soit plus de deux mois après la fin du convoyage, perçu de salaire ni reçu de bulletin de salaire ; aucune n'était inscrite sur le registre du personnel de la société Shipchandler, un registre qui n'existe même pas.

Rere « rend service »

Surtout, c'est Léonard Puputauki, dit Rere, à l'époque chef suprême du GIP, qui avait procédé au recrutement ; il déclare avoir fait cela à titre bénévole, « pour rendre service ». C'est toujours « pour rendre service » qu'il a remis les billets d'avion aux marins recrutés pour ce convoyage. C'est encore « pour rendre service » qu'il a "bénévolement" accompagné les équipes en Chine, tout comme il leur a remis des acomptes, à la fois au départ de Tahiti puis sur place, comme le ferait un vrai patron. Pourtant M. Puputauki n'est nullement identifié comme membre de la SARL Shipchandler, ni comme faisant partie des équipages des huit thoniers. Que son voyage en Chine ait été payé par le GIP, donc par le Territoire, il l'explique par le fait qu'il aurait « profité d'une mission qu'il devait faire par ailleurs » (laquelle ?) pour s'occuper de cette affaire.

 L'inspecteur du travail s'interroge donc légitimement sur le rôle de M. Puputauki dans cette affaire, qui ne s'est pas seulement limité à recruter le personnel (essentiellement des GIP), mais aussi à aller en Chine aux frais du GIP pour s'assurer du bon déroulement de l'opération et du départ de bateaux, alors que le GIP n'est même pas mentionné dans le contrat entre Tahiti Nui Rava'ai et la SARL Shipchandler. Il faut ajouter que les journaux d'alors titraient au sujet des « bateaux convoyés par le GIP ».

Mais il y a bien d'autres "irrégularités" : le départ de M. Puputauki et de son équipe pour le chantier naval chinois de Fuzhou eut lieu le 28 février et les équipages sont rentrés à Tahiti le 16 avril. Or six des GIP avaient déposé des demandes de congé allant jusqu'au 31 mars bien que le convoyage dura jusqu'au 16 avril. Quatre salariés du GIP avaient même participé à ce convoyage alors même qu'ils n'avaient pas déposé de demande de congé et étaient ainsi rémunérés par le Territoire. Les autres marins étaient essentiellement des salariés de l'un des armateurs bénéficiaires de bateaux, mais n'avaient pas fait l'objet d'une immatriculation à la CPS. Le délit de travail clandestin est donc incontestable.

L'enquête a permis également de mettre en évidence un autre problème : les personnes ressortissant du régime de I'ENIM (caisse d'assurance des personnels maritimes), salariées d'une entreprise affiliée à l'ENIM, continuent de l'être durant leur congé et tant qu'elles ne sont pas définitivement débarquées. Durant cette période, elles ne peuvent donc cotiser pour une autre caisse, la CPS en l'occurrence, ni cotiser à I'ENIM pour le compte d'un autre employeur. Ceci signifie que les salariés ENIM ne peuvent travailler nulle part ailleurs pour un autre employeur.

Par ailleurs, si un accident survenait à un salarié ENIM travaillant pendant ses congés pour un autre employeur, l'ENIM serait conduite à se retourner contre l'employeur et lui faire supporter le coût total de l'accident, créant ainsi un préjudice important à cet employeur, le GIP dans le cas d'espèce. Pour toutes ces raisons, il me semble clair que ces salariés ne peuvent donc travailler pour un autre employeur pendant leurs congés.

Aussi, ce n'est que le 20 juin, lors de la visite de l'inspecteur du travail, que la SARL Shipchandler s'est empressée d'effectuer les déclarations à la Caisse de Prévoyance Sociale (le jour même), aucun bulletin de salaire n'avait été émis pour les mois de mars et d'avril et personne n'était inscrit sur le registre du personnel. Il est clair que si le contrôle n'avait pas eu lieu, personne n'aurait été déclaré.

Il faut encore noter que lors du contrôle de la SARL Shipchandler par l'inspecteur, Monsieur Puputauki était présent aux côtés de Madame Hunter, tel un vrai "patron", voire un "chef de famille".

A la fin de son rapport, l'inspecteur du travail note que son « enquête a mis à jour des interférences pour le moins étranges, autour du GIP et de son ancien chef » Rere Puputauki, mais que celle-ci sortent de son champ de compétence.

Pillage de fonds publics ?

Il semble donc clair que c'est bien le GIP qui a effectué le convoyage de ces thoniers. Pourquoi alors la SEM Tahiti Nui Rava'ai n'a-t-elle pas signé de contrat directement avec le GIP, entreprise qui avait auparavant déjà effectué certains de ces convoyages, au lieu de passer par une société écran montée par des "personnes de confiance" du président Flosse ? Financement politique ? Pillage des caisses du Territoire ?

Cette affaire n'est que la première petite pointe d'un énorme iceberg de magouilles, combines et autres détournements qui commencent à émerger dans la nébuleuse GIP, des "dysfonctionnements" aussi bien dans les domaines de la construction, de l'import-export en gros que de fausses factures, peut-être même de contrebande, des affaires dont nous parlerons lorsque nous détiendrons des preuves plus concrètes. En attendant, mentionnons juste ce directeur d'une entreprise de maintenance d'ordinateurs de Tahiti qui fut tout surpris d'apprendre qu'il aurait facturé au GIP pour 96 millions de matériel et services, alors que ses livres de comptes montrent en réalité moins de 5 millions de chiffres d'affaires en cinq ans.

Voici bien des "anomalies" qui devraient vivement intéresser le procureur, s'il est intéressé, bien sûr…

Mais encore, tout ceci pourrait bien expliquer la raison pour laquelle M. Puputauki et ses fidèles GIP sont prêts à monter des barricades dès que quelqu'un « étranger à la famille » s'intéresse trop ou veuille prendre les rênes de ce service territorial bien spécial.

Oui, le GIP est bien un Etat dans l'Etat, avec des dirigeants qui se considèrent au-dessus des lois, et ceci parce qu'il a été créé par la volonté d'un homme politique qui était protégé par les plus hautes instance de l'Etat.

A.d.P.

 

août 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 172

Affaire JPK : ça avance lentement mais sûrement

La famille de Jean-Pascal Couraud (JPK), le journaliste disparu, explique dans un communiqué que les auditions de témoins confirment que la cellule d'espionnage fonctionnait déjà en 1997, quelques mois avant la création officielle du GIP, et effectuait une filature rapprochée de JPK durant la période où celui-ci a disparu. Une autre personne que Vetea Guilloux de cette cellule d'espionnage reconnaît avoir été en charge, avec une de ses collègues, de la surveillance de JPK dans ses activités et déplacements quotidiens, y compris jusqu'à son domicile de Punaauia. Les deux principaux responsables de cette cellule ont des déclarations contradictoires. André Yhuel, chef de la sécurité du président Flosse, reconnaît avoir effectivement fait procéder à cette filature, indiquant notamment l'intérêt qui était porté aux relations conjugales de JPK et aux fréquentations de son épouse, alors que son adjoint Félicien Micheloni, auditionné en Corse, nie farouchement toute filature de JPK. Pourquoi ? Un autre employé de cette cellule espionnage déclara avoir été licencié du GIP en 2004 pour avoir refusé de suivre l'ordre de tabasser un journaliste [Louis Francius] considéré trop critique envers la personne de Gaston Flosse. Par ailleurs, le ministre du gouvernement Temaru et son collaborateur qui, en octobre 2004, avaient reçu les premières confidences de Vetea Guilloux concernant l'assassinat commandité supposé de JPK, ont répété auprès des gendarmes leurs déclarations quant aux conditions précises dans lesquelles ces confidences ont été effectuées, circonstances qui invalident toute possibilité d'une manipulation à caractère politique. L'appel engagé par Vetea Guilloux contre sa condamnation pour "dénonciation calomnieuse" devrait être jugé le 1er septembre et, suite aux nombreuses confirmations de l'existence de la "cellule espionnage", on voit mal comment il pourrait ne pas obtenir une relaxe. La famille de JPK regrette l'extrême lenteur de la justice, même si on lui explique qu'il s'agit en fait « du simple respect des procédures » dans le cadre de deux affaires (l'affaire Guilloux et la plainte pour assassinat déposé par la famille) juridiquement distinctes et pourtant étroitement imbriquées par les faits.

AdP

 

TAHITI-PACIFIQUE magazine n° 173, sept 2005

 Affaire Vetea Guilloux en appel :

« Page noire de l'histoire de la Polynésie »

 Le procès en appel de Vetea Guilloux accusé de « dénonciation calomnieuse » et « dénonciation mensongère » se tenait le 1er septembre après presqu'un an d'instruction complémentaire. Le Premier président de la cour d'appel de Papeete a eu beau marteler tout au long du procès que les filatures du GIP (Groupement d'intervention de la Polynésie) et l'affaire Jean-Pascal Couraud (JPK) étaient d'autres sujets, il n'en resta pas moins qu'elles demeuraient au centre des débats.

Un point positif est certainement la reconnaissance officielle, par les gendarmes, de l'existence de la cellule de renseignements du temps de la flottille administrative de l'Equipement, une cellule peaufinée avec la création officielle du GIP et l'arrivée d'experts issus de la DGSE : filatures, écoutes, violations de domicile. Les atteintes à la vie privée des journalistes, politiques et autres opposants est certaine et les différentes plaintes ne pourront être classées sans suite ou trainer indéfiniment dans un tiroir. Affaire à suivre, donc.

Pour la première fois dans cette affaire les débats ont été menés sereinement avec la neutralité qui s'impose de la part des juges, mais sur la forme le procès a mis certains spectateurs mal à l'aise. Car comment faire lorsque les magistrats sont exclusivement d'origine européenne, comme le sont la plupart des avocats (la peau bronzée de Me Cross tranchait), tous chargés de définir la culpabilité d'un homme qui n'est ni un terroriste ni un dangereux malfaiteur, qui est d'une intelligence normale et nullement menteur de profession (ce qu'on savait déjà). Fallait-il pour autant demander aux experts (métros) de l'exprimer publiquement ? Avaient-ils conscience de parler (à voix couverte, comme entre soi) d'un homme qui n'avait, en réalité, que rapporté des faits très graves qu'il avait cru faux au début, puis fondés par la suite et qui, à ce jour, restent toujours d'actualité ? Que Vetea Guilloux se soit contredit plusieurs fois sur les dates, les heures, les jours mêmes de ses filatures et de ce qu'il avait pu constater n'étonne personne qui connaît la mentalité des Ma'ohi car le rapport aux distances et au temps, bien plus souples ne sont pas les mêmes que celles, cartésiennes et procédurières, des Occidentaux. Des nuances que le conseiller Pierre Moyer, dont l'honnêteté professionnelle ne saurait être mise en doute, connaît sans doute pour avoir depuis des années présidé les audiences de la Cour d'assises de Papeete.

Alors lorsque quelques membres du GIP jurent aujourd'hui, tel comme un seul homme, qu'entre le 11 et le 19 décembre 1997 Vetea Guilloux travaillait bien avec eux sur le chantier de Paihoro et qu'il ne pouvait suivre JPK, on reste dubitatifs par tant de candeur de la part des enquêteurs : allez donc demander aux dits GIP l'année de naissance de leurs enfants, leur âge et le nom de leur maîtresse d'école, toutes notions que le Maohi n'estime pas importantes à se souvenir. Rien d'étonnant à ce que Vetea revienne sur ses dires lorsque les juges s'acharnent sur les précisions de cet ordre pour démontrer qu'il ment. On a envie de dire, que c'est facile ! Ce qui peut être le jeu de la part des avocats « excellents confrères » de la partie civile (Me Barmont a réchauffé le coup de la "presse-chiens" façon Bérégovoy et affaire Allègre, excusez du peu) alors que Me Quinquis s'enferre dans sa paranoïa de la manipulation politique d'esprits forts sur un faible et du procureur général, frustré que l'avocat lui ait piqué ses arguments, tentant de se montrer magnanime vis-à-vis de ses détracteurs. Comprenne qui pourra. Il en profite pour demander de ne pas considérer qu'il s'agit ici d'un procès politique et demande un an de prison dont trois avec sursis pour Vetea Guilloux.

Au final, la plaidoirie de Maitre Stanley Cross fut la plus intéressante. Il excella sur le terrain de la politique et manifestement, c'était le bon choix à faire. « Au GIP, on fermait sa gueule avant le taui », clame Me Cross, « et si l'on devait un jour raconter les pages noires de la Polynésie, celles consacrées au GIP y seraient en bonne place. » Lorsque Tino Mara lui raconte, un soir de beuverie, ce que lui et ses compères ont fait subir à JPK, Vetea ne le croit pas. Mais lorsque au fil du temps, il s'aperçoit qu'au GIP Tino Mara qui casse des engins, des voitures, des scooters et balancent des coups de poings n'est jamais inquiété, Vetea commence à se dire que des secrets lient certains et prend les confidences d'un soir au sérieux. Faut-il rappeler que c'est lorsque les GIP (et GIPettes) ont commencé à parler pendant le premier taui que la motion de censure à l'assemblée est rapidement intervenue et a remis en place la chappe de plomb qui demeure encore aujourd'hui. Me Cross a beau jeu d'invoquer l'extrême rapidité des poursuites engagées à l'encontre de Vetea (comparution immédiate en deux heures, jugement d'appel en 10 jours) pour mettre fin à des confidences très gênantes. Décision de la Cour d'appel le 27 octobre.

Annie Rousseau

 

Novembre 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 175

Affaire GIP- JPK (suite)

Seconde (étonnante) condamnation pour Vetea Guilloux

Le feuilleton judiciaire GIP-JPK continue. Vetea Guilloux, le membre du GIP (groupement d'intervention de la Polynésie) qui avait dénoncé devant un ministre que deux de ses anciens collègues lui auraient expliqué avoir participé à l'enlèvement, puis à l'assassinat du journaliste Jean-Pascal Couraud en 1997, a été condamné en appel à 12 mois de prison dont 11 avec sursis pour "dénonciations mensongères". Les magistrats de la cour d'appel de Papeete ont estimé que Vetea Guilloux avait "menti" et que ses déclarations avaient conduit à des recherches longues et minutieuses, ce qui justifiait une condamnation. Le chef d'inculpation de "dénonciations calomnieuses" qui avait valu à Vetea une condamnation en première instance à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis, a été pour l'instant écarté car une instruction sur la disparition du journaliste est toujours en cours. Comme Vetea avait déjà été emprisonné, il ressort libre de ce procès, mais il s'est pourvu en cassation contre le jugement rendu en clamant : « j'ai dit la vérité ». L'avocat du condamné, Me Cross, s'étonne que « la cour vient de dire à monsieur Vetea Guilloux "vous avez menti mais vous n'avez pas calomnié" ou alors "nous n'avons pas la preuve que vous avez calomnié"… ». Plus bizarre encore est ceci : comme la cour a écarté temporairement le volet JPK de l'affaire, il ne reste donc que les révélations de Vetea Guilloux sur la cellule espionnage du GIP. Or le rapport judiciaire de la brigade de recherches de la gendarmerie nationale du 21 février 2005 (lire TPM 169, p.10)(*) confirme toutes les déclarations de Vetea à ce sujet. Où est le mensonge, alors ? Les gendarmes enquêteurs vont-ils aussi être condamnés pour « mensonge » ?

Du côté de la famille du journaliste disparu, Philippe Couraud, le frère du journaliste JPK, estime que « certaines personnes au sein de l'institution judiciaire » auraient essayé « d'étouffer » l'affaire.

 

Un autre témoin (qu'on ignore ?)

Une semaine avant ce procès en appel, Tahiti-Pacifique a rencontré un ancien haut cadre du GIP. Au cours d'une longue entrevue, cet homme nous a dévoilé (devant témoin) plusieurs choses étranges qui concernent l'affaire JPK et qui sont troublants. Ils méritent d'être connus, avec toutes les précautions.

D'abord cet homme explique que sur les cinq GIP qui auraient participé à la fameuse partie arrosée de "kikiriri" où l'un d'eux aurait raconté l'assassinat de JPK à Vetea Guilloux, deux seraient depuis décédés de façon pour le moins étrange : l'un, V.C., un sportif de 30 ans en pleine santé, se serait noyé dans 20 cm d'eau d'une rivière et l'autre, F.H., un homme costaud 35 ans, serait mort d'un arrêt cardiaque sur le chantier aux îles Tonga. Mais ce qui est bien plus troublant, c'est que cet homme affirme sur l'honneur qu'il aurait, lui aussi, entendu un témoignage similaire aux affirmations de Vetea de la part de l'un des participants supposés liés à la disparition de JPK. Il affirme même l'avoir déclaré aux gendarmes lors d'une audition, lesquels lui auraient alors répondu que "ce n'est pas la question". Peut-on, doit-on croire cette homme ?

Décidément, cette affaire devient de plus en plus nébuleuse.

Le 4 octobre 2005, Rere Puputauki et son ancien adjoint au GIP, Jean-Claude Tang ont été entendus par la brigade financière de la DCPJ. Cette fois-ci, il s'agit de la pépinière de Papara qui a coûté 86 millions Fcfp « disproportionné par rapport à l'ouvrage livré, selon la présidence actuelle. » Aussi, un hangar commandé et payé n'aurait jamais été construit. Les tricots de la campagne électorale du Tahoera'a, importés de Chine et retrouvés dans les locaux du GIP à Tipaerui, font également l'objet d'une enquête.

A.d.P.

* Il se murmure que ce procès-verbal "gênerait" vivement et qu'une contre-enquête aurait été engagée (pour le démentir ?) par d'autres enquêteurs. A vérifier.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 178, février 2006

 Dissolution du GIP & cirque nucléaire

C'est le 11 janvier que la nouvelle tomba : Le conseil des ministres a pris la décision de dissoudre le GIP (Groupement d'Intervention de la Polynésie). « Le GIP n'a plus d'existence officielle », a annoncé Oscar Temaru, « nous avons patienté toute l'année 2005. On ne peut plus laisser cette situation perdurer (…) Il n'y a plus de GIP. En cas de blocage du port par quelques dizaines de personnes, nous pourrions engager des poursuites » faisant allusion aux blocages et chantages répétés dont la population de Tahiti et le gouvernement ont été les victimes chaque fois que le gouvernement Temaru tentait de nommer un nouveau responsable en remplacement de Léonard (Rere) Puputauki, à l'époque mis en place par Gaston Flosse et qui ne reconnaît que celui-ci comme chef..

Peu après, Rere réagissait au téléphone sur RFO radio depuis le Chili (il se dit qu'il y possèderait un restaurant dancing) : « Oscar Temaru n'a pas tenu ses promesses. Pour moi, il n'a aucun pouvoir ». Il indiqua aussi qu'un préavis de grève « concernant tout le personnel, y compris ceux qui travaillent dans les îles, et les bateaux » allait être déposé dans la journée par son syndicat Solidarité. Mais il comprit vite qu'il est impossible de déclarer une grève qans une institution qui n'existe plus, surtout que M. Temaru fit de suite publier l'arrêté du conseil des ministres au Journal officiel.

Le lendemain, les formations politiques se sont exprimées et, bien sûr, Edouard Fritch accusa le président Temaru de « jouer au pyromane » et de répéter les même propos que Rere, c'est-à-dire que « Oscar Temaru ne tient pas sa parole encore une fois » en y rajoutant des menaces « il prend de gros risques en agisant ainsi » ; alors que Philip Schyle du Fetia Api approuvait : « Il était temps que l'on mette fin à l'existence de ce que j'appelle une institution dans l'institution, certains leaders, et je pense notamment à Léonard Puputauki, avaient pris trop de poids ».

Mais la terreur que représente Rere et ses hommes est bien ancrée et après l'annonce de la dissolution du GIP , il y eut une ruée des automobilistes dans les stations-service de Tahiti, en prévision d'éventuels barrages.

Ensuite il y eut des négociations avec les syndicats et le gouvernement accepta d'inscrire les 310 agents du GIP, embauchés en CDD juste avant les élections de février 2005 pour tenter de gagner des voix,sur une liste d'aptitude afin d'être nommés fonctionnaires, de façon nominative, par un arrêté ministériel en catégorie D, intégrés à la fonction publique sans passer de concours.

 

Enfin une décision ferme

C'est le président Temaru en personne qui distribua les contrats aux 310 nouveaux fonctionnaires en puissance, alors que Rere Puputauki essayait de ne pas perdre la face, d'abord en déclarant « lever le préavis » de la grève tout à fait impossible, rajoutant « s'il y a un gagnant, on peut dire que Rere Puputauki a gagné et le syndicat 'Solidarité' aussi » et un pathétique « le combat, on l'a mené pour ces petites gens là ».

 

Ainsi prenait officiellement fin l'existence de GIP, une "milice", "garde prétorienne" ou "légion" selon les avis, que le président Flosse avait créée le lendemain des émeutes de 1995, (d'abord sous le nom de "groupement d'intervention de la présidence") et dont les chefs lui étaient restés obéissants et fidèles, même après la perte du pouvoir.

Du côté de la population, la décision fut accueillie presque à l'unanimité avec soulagement et satisfaction, d'abord pour avoir levé la menace perpétuelle que représentait cet « état dans l'état » ; mais aussi parce que, pour la première fois vraiment, le président Temaru avait enfin pris une décision ferme, nette, définitive et sans tergiverser.

Mais il se peut aussi que le GIP puisse un jour résuciter car cette organisation offrait à certains des pouvoirs, même une "extralégalité" que beaucoup sont certainement tentés de retrouver un jour.

A.d.P.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 178, février 2006

Affaire JPK : interférences dans l'enquête

 

Le juge Barruol poursuit son enquête dans l'affaire de la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (dit JPK).On apprend que des anciens cadres du GIP auraient été entendus par la brigade de recherches de la gendarmerie nationale. Par contre, une information provenant du comité de soutien pour la réouverture de l'enquête et la recherche de la vérité sur la disparition de Jean-Pascal Couraud jette une nouvelle fois une ombre sur l'impartialité de certains magistrats dans cette affaire.

 

Sabotage de l'enquête

Ainsi, selon le comité, une source "irréprochable" aurait dévoilé que « certaines personnes, tenues naturellement informées du déroulement de cette enquête de par leur position au sein même de l'institution judiciaire, continuent à œuvrer dans l'ombre afin de contrecarrer le travail des enquêteurs. Ainsi, plusieurs personnes mises sur écoute téléphonique [à la demande du juge Barruol], auraient été délibérément prévenues afin d'ôter aux enquêteurs une des rares possibilités d'obtenir d'éventuelles preuves d'un assassinat, qui, pour de nombreux observateurs, apparaît pourtant aujourd'hui avec de plus en plus de certitudes comme étant la cause de la disparition de JPK. » Ce qui fait dire au comité que « ce comportement indigne est par ailleurs un nouveau révélateur du trouble et de la crainte suscités par le déroulement de cette enquête. Les mots nous manquent pour exprimer nos sentiments face à de telles dérives. »

Aussi, le fait que l'essentiel de cette information a été publié par un quotidien de la place et qu'elle n'a, à notre connaissance, suscité aucune réaction de la part du parquet de Papeete, semble confirmer sa véracité. C'est affligeant !

D'autres sources crédibles indiquent aussi qu'il y aurait eu à Paris des pressions pour que l'équipe d'investigation sur l'affaire JPK soit dissoute au plus vite.

 

Deux affaires, deux mesures

En marge de cette affaire, on s'étonne du silence total qui entoure l'enquête de la supposée tentative d'assassinat de Gaston Flosse dans l'hémicycle de l'assemblée de P.F. le 8 octobre 2004 par Patrick Mao, un soi-disant militant du Tavini. Alors que cet individu avait été interpellé se dirigeant vers M. Flosse avec un couteau à cran d'arrêt (dans sa poche, rappelons-le), l'instruction (pourtant simple) semble stagner depuis presque deux ans. Il faut comparer cette discrétion judiciaire avec le cas de Vetea Guilloux qui avait (sans couteau) seulement dénoncé devant les autorité un crime commis par le GIP (milice de M. Flosse) dont il avait connaissances, comme la loi d'ailleurs l'oblige à le faire. Ceci lui valut une garde à vue avec pressions et confrontations en solitaire avec ceux qu'il accusait, ce jusqu'à ce qu'il se rétracte. Suivit alors un procès en comparution immédiate, sans pouvoir préparer sa défense qui aboutit sur une condamnation à 6 mois de prison ferme pour « dénonciations calomnieuses et dénonciations mensongères ». Expéditif ! Il faut aussi expliquer que le procureur avait alors envoyé une très discrète lettre de félicitations aux gendarmes pour avoir brillamment réussi à obtenir la rétractation de Vetea dans ses déclarations, laquelle avait suscité le déplacement du procureur en personne à 5 heures du matin. Bonjour l'impartialité !

Comment ne pas faire la comparaison de cette justice plutôt "expéditive" qu'a subie Vetea Guilloux avec le dossier de Patrick Mao où on prend le temps de délivrer un mandat de dépôt, où on a ouvert une information en procédure criminelle (tentative de meurtre, quand même bien plus grave qu'une dénonciation), puis plus rien en 15 mois. Mais il est vrai que cette "tentative de meurtre" ressemble beaucoup à un "coup monté".

Si aujourd'hui la population de Tahiti est de plus en plus convaincue du meurtre de JPK, c'est essentiellement dû à l'étonnant zèle de quelques magistrats du parquet dans certaines affaires et pas d'autres, ce qui laisse croire qu'il pourrait y exister un "réseau" de protection pour l'ancien président de P.F. et ses amis, suspicion renforcée par les "interférences".

A.d.P.

 

Mort d'un membre du GIP : personne n'est responsable ?

 

Le 24 janvier Léonard (Rere) Puputauki dit « l'amiral », ancien grand chef du GIP (Groupement d'intervention de la Polynésie) comparaissait devant le tribunal correctionnel de Papeete pour répondre de la mort d'un membre de son service, Clément Hapipi, victime d'un accident du travail alors qu'il élaguait un arbre au lycée hôtelier du Taaone en… 1999. La veuve du défunt avait porté plainte contre Rere pour divers manquements à la sécurité de ses employés. Mais la commission rogatoire, mise en place en octobre par le tribunal, a conclu que ce dernier ne pouvait pas être tenu responsable car il n'y avait « pas de preuve que Léonard Puputauki ait bénéficié d'une délégation de pouvoir en ce qui concerne la sécurité du GIP » (sic !). Ce qui fait que le procureur de la République a recommandé l'abandon des charges retenues contre lui car Rere « était bien chef de service, mais il n'était pas employeur. Or le GIP dépend de la présidence, on peut donc considérer qu'à l'époque, le chef de Clément Hapiti, c'était Gaston Flosse. ». Celui-ci a d'ailleurs déclaré que le chef du GIP bénéficiait « dans les faits » d'une délégation de pouvoir en matière de sécurité, même s'il n'existait pas de preuve écrite, précisant même que Rere « dirigeait son service comme il l'entendait ». En effet, d'habitude lorsqu'une personne est nommée chef d'un service, elle en est responsable sans qu'une "délégation de pouvoir concernant la sécurité" spéciale ait été signée. Bien des dirigeants d'entreprises privées peuvent en témoigner pour avoir été condamnés par le même tribunal suite à des accidents survenus à leurs employés. Passons.

Donc comme Rere n'avait pas de "délégation de pouvoir concernant la sécurité et l'hygiène", c'est donc contre l'ancien employeur de Léonard Puputauki, l'ancien grand patron suprême du GIP, l'ex président Flosse que l'avocat de la veuve avait voulu se constituer partie civile en octobre dernier. Mais Maître Barmont, l'avocat de Léonard Puputauki, a expliqué que la prescription de trois ans, applicable dans ce genre d'affaires, « était acquise pour Gaston Flosse ».

Ainsi, un brave homme est mort et, bien sûr, aucun des "chefs" n'est responsable. Il manquait un "papier", ça, c'est important ! Passez, manants. Rere a déjà été acquitté dans une affaire similaire en 2002. Jugement début février. Ici aussi, comparez la vélocité de la justice : 7 longues années pour juger la mort d'un brave homme, moins de 6 heures pour condamner un témoin à la prison ferme pour « dénonciation mensongère » (lire ci-dessus).

A.d.P.  

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 181, mai 2006

La saga de Fakarava décrite par deux rapports de la Chambre des comptes

 

Le 31 janvier 2006, la Chambre territoriale des comptes (CTC) publiait un rapport, celui sur les finances de la P.F. (exercices 1991 et suivants) qui, étrangement, n'a pas eu d'écho dans les médias. Dans ce pavé de 69 pages, la CTC explique en détail comment l'ex président Flosse dictait ses souhaits aux communes, dont celle de Fakarava.

 

"Comme le notait le rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC) sur la gestion de la Présidence de P.F., d'importants aménagements pour l'élargissement et l'allongement de la piste d'aviation, la construction d'une route de 22 km, la construction d'un débarcadère près de l'aérodrome, la construction d'un quai et d'une darse pour les bateaux de plaisance face au village de Rotoava ont été réalisés sur l'atoll de FAKARAVA entre janvier et juillet 2003. Les installations de production et de distribution d'électricité et téléphone ont également été redimensionnées et rénovées. Le coût total des travaux est de l'ordre de 2,5 milliards de Fcfp.

Selon les responsables qui les ont réalisés dans ce court laps de temps, les installations devaient être opérationnelles pour la venue du président de la République prévue en juillet 2003. [N.d.l.r. : Jacques Chirac refusera d'y aller], une partie de ces travaux, notamment le terrassement de la route, a été réalisée par le GIP. Parallèlement à ces travaux, au lieu-dit Makarea, le GIP a construit plusieurs fare MTR aménagé une plage et nettoyé une cocoteraie pour réaliser « une résidence protocolaire » [N.d.l.r. : dont le Territoire n'est pas le propriétaire ! lire plus loin].

L'occupation de ce terrain d'une superficie de 21 hectares et les aménagements réalisés, eux aussi avant juin 2003, ont été régularisés administrativement le 5 novembre 2003 décidant l'affectation au profit du GIP de la « terre présumée domaniale « SANS NOM» dénommée « site de MAKAREA » ». Toutes les décisions ont été donc prises postérieurement à l'installation du GIP sur le terrain et le conseil des ministres n'a fait qu'entériner une situation de fait. La parcelle mitoyenne dudit terrain, cadastrée C.I. 2, est pour une partie présumée domaniale et un particulier possède un droit d'occupation sur l'autre partie (promesse de vente), côté lagon. Sur ce dernier terrain un parking en enrobé a été aménagé. Il dessert en fait un ensemble, comprenant un embarcadère, un vaste ponton sur lequel est édifié un grand fare potee et un bungalow sur pilotis. Ces installations ressemblent à celles de [l'atoll de] Tupai et les mêmes lampadaires de type parisien (époque Haussmann) y ont été installés. Cet ensemble devait également accueillir le président de la République.

Il est impossible de déterminer le coût de la réalisation de ce site protocolaire, les travaux réalisés par le GIP ne pouvant être dissociés de ceux de l'ensemble de l'opération de l'atoll et le nombre d'agents assurant le gardiennage et l'entretien n'étant pas connu. Les opérations du GIP identifiables pour les installations sur ce seul site, correspondent en fait au coût de construction des fare et sont supérieures à 100 millions Fcfp.

Toutefois, c'est le particulier précité qui a payé les travaux du ponton et du bungalow sur pilotis. Selon ses dires, ces installations seraient destinées à recevoir des hôtes de marque, notamment de futurs investisseurs. En l'état actuel, on constate que le GIP a construit sur ce terrain privé un parking et même un des doubles bungalow MTR, dépenses toutes imputées sur le budget de la P.F.. Il convient de noter qu'une autorisation d'occupation du domaine public maritime a été accordée au particulier déjà cité pour 350 m2 alors que le ponton et le bungalow représentent une superficie de près de 900 m2. Aucun permis de construire n'a été sollicité ni pour le fare potee sur le ponton et le bungalow sur pilotis, ni pour les six fare MTR et le fare en dur. Aucune convention n'a par ailleurs été conclue entre la P.F. et l'occupant de la parcelle CI 2 et aucune facture n'a été établie pour les travaux de voirie effectués sur son terrain. Cette situation complexe ne manque pas de surprendre et ne peut être que source de contentieux futurs. Bien que non affectées officiellement à la présidence, ces installations ont hébergé des hôtes de la Polynésie française, comme son président et des membres du gouvernement. Ce site, selon les plans de vols de l'ATR, semble avoir été occupé par des personnalités entre 20 à 25 jours au plus de juin 2003 à juin 2004. La Chambre constate que l'aménagement de ce site protocolaire ne figure dans aucune décision de l'assemblée ou du conseil des ministres. Les dépenses ont été imputées le plus souvent sur des autorisations de programme globales qui ne permettaient pas une identification de cette opération. L'objectif de cette opération n'est pas connu."

 

Dans le rapport du 31 janvier 2006 sur les "finances de la P.F. (exercices 1991 et suivants)" resté plutôt discret, la CTC explique en détail comment l'ex président Flosse dictait ses souhaits aux communes, dont Fakarava.

"Le processus normal d'attribution [de subventions aux communes] est le suivant : demande motivée du maire, en général à la suite de l'adoption par le conseil municipal d'un programme pluriannuel de travaux, accord de principe du président, délibération du conseil municipal avec le plan de financement, arrêté d'attribution au vu du dossier constitué par la commune accompagné des pièces justificatives requises. Une convention est également signée entre les deux collectivités. Ce schéma est parfois contourné. Dans certaines situations, c'est le Territoire qui a sollicité la demande de la commune ou alors cette subvention est liée à des circonstances conjoncturelles.

En ce qui concerne FAKARAVA, la chronologie des différentes phases pour l'attribution des subventions a été plusieurs fois bousculée. Ainsi pour l'extension du réseau électrique allant de la terre de Makarea (installation du GIP) à la terre de Fareana (fin de la route de 22 km débouchant sur un terrain nu sur lequel pourrait être éventuellement réalisé un golf) la demande du maire est datée du 28 janvier 2004. Elle est parvenue à la présidence le 30 janvier : « Faisant suite à notre dernier entretien et en continuité de la phase 4 du programme d'électrification, j'ai l'honneur de solliciter de votre part une subvention d'investissement de 42 millions pour financer en totalité les travaux d'extension en souterrain du réseau électrique de la terre de Makarena vers la terre de Fareana ». Aucune motivation n'est précisée. Dès le lendemain 31 janvier, l'accord est donné par le président pour une subvention au taux de 100% et un projet de convention est joint pour l'adoption du conseil municipal. Le 31 janvier également, le maire sollicite une autre subvention : « Faisant suite à notre dernier entretien, il a été décidé d'installer le long du quai dans le village de Rotoava un éclairage public de type "parisien en TOP" avec une lanterne. Ce projet s'inscrivant dans la continuité du programme d'électrification de Fakarava, je sollicite de votre part une subvention du territoire pour le financement total de cette opération (14,2 millions pour 30 lampadaires sur 30 mètres de quai, soit 473 000 Fcfp par lampadaire). » Le jour même, le président répond favorablement à la demande : « Par courrier visé en référence, vous me faites part de la décision du conseil municipal de procéder à l'installation d'un éclairage public le long du quai dans le village de Rotoava… ». Le dernier exemple date également du 30 janvier et dans un troisième courrier le maire sollicite une subvention pour la construction de trois logements pour les instituteurs. Dans sa réponse, le président ne fait plus référence à la demande mais précise que « dans la perspective du projet d'aménagement du quai de Fakarava, il a été convenu, lors de notre dernier entretien, de déplacer les trois logements de fonction des instituteurs qui seront par la suite déclassés et détruits après autorisation du conseil municipal ». Une subvention de 70 millions est accordée à 100%.

 

Hôtel et terrains à Moorea

 

A Moorea, le conseil municipal a autorisé le maire, le 6 février 2004, à entreprendre des démarches en vue d'acquérir plusieurs immeubles mis en vente dans la commune. Le maire a fait une demande adressée au territoire le 9 février 2004 en sollicitant deux subventions, l'une de 471 millions pour un terrain de 15 ha permettant à la fois de réaliser une zone de protection de forage (captage de l'eau) et un complexe sportif et l'autre d'un montant de 450 millions pour l'acquisition d'un ancien hôtel désaffecté situé dans la baie de Cook. Le conseil municipal a adopté une délibération le 11 mars 2004 en faveur de la réalisation de ce deuxième projet en dépit des réticences de certains conseillers défavorables à cette option notamment en raison du coût de rénovation des bâtiments. Le procès verbal de la séance a mentionné les arguments développés par le maire : « Le maire ne partage pas ce raisonnement, à son sens la prise en charge de cette acquisition par le biais de la DDC n'est pas à dédaigner, le président de la Polynésie française a été clair, l'achat de ce terrain et des bâtiments existants doit aboutir à l'essor économique de Moorea (accueil des croisiéristes, centre artisanal), si la volonté du conseil de Paopao est de refuser cette manne, le président sera informé et l'opération sera annulée au budget de la commune ». L'attribution de la subvention était subordonné à un emploi précisé par l'autorité attributive. En définitive, il n'y a pas eu de suite à ce dossier, en raison vraisemblablement de la dissolution de l'assemblée de la P.F..

Ces exemples sont la démonstration que dans certains cas, les procédures administratives mises en œuvre pour l'attribution des subventions aux communes sont contournées.

De façon plus générale, en l'absence de dossiers techniques et de critères d'attribution des subventions définis en fonction d'objectifs hiérarchisés, il n'est pas possible de vérifier les modalités de la procédure qui ont conduit au choix que le président a fait seul.

 

Attributions aux communes en général

 

Le rapport annuel 2003 de la délégation pour le développement des communes (DDC) permet de constater que fin 2003, 655 conventions avaient été signées depuis la création de la DDC pour un montant de 11,4 milliards de subventions attribuées, sur un montant total d'investissement de 17,7 milliards Fcfp soit un taux moyen de subvention de 64,35%.

Les tableaux produits par la DDC mettent en évidence que les communes qui ne sont pas de la même sensibilité que la majorité gouvernementale ne sont quasiment pas bénéficiaires de subventions. Certains procès-verbaux d'audition ou de première comparution établis dans le cadre de l'instruction diligentée par le juge d'instruction du Tribunal de première instance de Papeete révèlent que certains maires ont décidé de rallier la majorité gouvernementale avec l'accord de leur conseil municipal, pour pouvoir bénéficier des subventions de la Polynésie française."

Extraits des rapports de la CTC.

Sélection AdP.  

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 186, octobre 2006

Comment le GIP servait à enrichir Rere Puputauki

 

Extraits du rapport de la Chambre Territoriale des Comptes (CTC).

 

La rémunération de M. Puputauki

 

« La rémunération de l'ancien chef de service, M. Puputauki a été fixée selon l'arrêté n° 256/CM du 4 mars 2003 à l'indice 1350 de la fonction publique territoriale. Le contrat initial de M. Puputauki, du 5 juillet 1988 (n° 88-0655 du 5 juillet 1988), mentionne que ce dernier, « titulaire du brevet de capitaine ''petit cabotage de la marine marchande'' loue ses services au Territoire pour une durée indéterminée avec effet au 1er août 1987 en qualité de chef du bureau armement du service de l'équipement ». L'avenant n° 2 du 24 février 1998 modifiait, en référence au barème des salaires forfaitaires des armateurs, la situation de l'intéressé qui passait de la catégorie 16 à la catégorie 20 (les retenues sociales restant celles de la catégorie 16), « vu les responsabilités et la charge de travail de l'intéressé » et en dépit du fait qu'il ne possède pas les qualifications professionnelles requises pour être classé en catégorie 20. Depuis le 1er juillet 2000, la situation de l'intéressé a évolué puisque le 8 septembre 2000 il a été nommé sur un emploi fonctionnel de la fonction publique territoriale. Or, ces emplois fonctionnels ne peuvent être occupés que par des fonctionnaires ou des agents non titulaires sur la base d'un contrat. La situation de M. Puputauki ne pouvant s'apparenter qu'au recrutement d'un agent non titulaire, un nouveau contrat devait être conclu pour acter son recrutement sur un emploi fonctionnel de l'administration de la Polynésie française.

La rémunération de l'ancien chef de service, M. Puputauki a d'abord été fixée à l'indice 1000 en juillet 2000, puis à l'indice 1350 à compter du 1er mars 2003. En dépit de l'arrêté n° 3 CM du 9 mars 2005, mettant fin à ses fonctions de chef de service, M. Puputauki reste rémunéré à l'indice 1350 (rémunération nette en juin 2004 : 1,158 million Fcfp). Le chef du service des finances dans un courrier du 28 septembre 2005 explique que la pratique est d'attendre la décision de réintégration dans le nouveau service d'affectation pour régulariser la rémunération de l'intéressé (en l'occurrence le nombre de jours de congés restant à prendre était de 716 jours)... »

 

Les congés

 

« Dans le cas de M. Puputauki, détaché sur un emploi fonctionnel à compter du 1er juillet 2000, ses droits à congé devaient ipso facto être alignés sur celui des personnels administratifs, et en aucun cas sur celui des marins. L'article 7 de la délibération n° 96-177 APF dispose en effet que les agents non titulaires nommés à des emplois fonctionnels [ont droit à 30 jours de congé par an]. Or, l'intéressé a continué à calculer ses congés sur la base des 70 jours calendaires, ce qui n'apparaît pas fondé. Le cumul des congés a été effectué dans des conditions critiquables. Lors d'une réunion des différents responsables du GIP, en présence du chef de service, le 2 octobre 2001, avaient été évoqués les congés cumulés sans justificatif. Il ressortait du procès verbal de la réunion que les agents ayant un cumul important de droits à congés devaient les « épuiser ». Il était précisé qu'il ne fallait pas perdre de vue « que la prescription en matière de paiement de salaire est fixée à 5 ans soit pas plus de 350 jours de droits à congés et à récupération ». Il était ainsi fait référence aux dispositions du code civil qui mentionnent que « se prescrivent par 5 ans les actions en paiement des salaires…». Or les dispositions relatives à la fonction publique et au droit du travail fixent des délais bien plus courts : S'agissant de la fonction publique, les dispositions de l'article 6 relatifs aux congés des fonctionnaires précisent que « le congé pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le ministre chargé de la fonction publique. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ».

Dès lors, sans autorisation du ministre et aucune autorisation n'ayant été produite par le chef de service, les personnels relevant de la fonction publique auraient dû perdre leurs congés. (M. Puputauki affirme que « L'autorisation verbale de la Présidence suffit pour le report des congés pour nécessité de service, et les travaux dans les îles et dans le Pacifique, et avec l'accord des salariés qui sont d'accord à repousser leurs congés. »)

En dépit de cela, le nouveau président Oscar Temaru a demandé, lors d'une réunion le 21 avril 2005 avec les agents du service que ces derniers récupèrent leurs congés dans les meilleurs délais, quitte à « réduire de moitié l'exploitation administrative et commerciale de la flottille du GIP ». Dans une lettre du 10 mai 2005, il rappelait que « dans l'administration et sans rentrer dans le détail de chacun des différents statuts, la règle relative aux congés annuels est qu'ils doivent être pris chaque année, leur report étant strictement encadré ».

 

Le chef de service du GIP gérant d'une société privée

 Mais ce pactole n'était apparemment pas suffisant pour M. Puputauki.

« Des moyens du GIP, aussi bien matériels qu'humains, ont parfois été mis à la disposition de structures privées, liées au chef de service, M. Puputauki

Plusieurs agents du GIP ont créé le 27 juillet 2000 la société civile de participation « SCP coopérative de pêche TO'ATA », dont le gérant était M. Léonard Puputauki, le chef de service du GIP. Cette SCP a créé unilatéralement le 28 juillet 2000 une Eurl des pêcheurs Polynésiens devenue ultérieurement EURL des pêcheurs tahitiens dont elle est l'unique associé. Le chef de service du GIP en a été le gérant jusqu'au 24 avril 2003. Un autre gérant a alors été désigné : il s'agissait du gérant d'une Eurl employée de façon permanente par le GIP. L'objet social de l'Eurl des pêcheurs tahitiens est très large et englobe toute opération maritime. En fait la société s'est portée candidate pour l'exploitation de plusieurs thoniers auprès de la SEM Tahiti Nui Rava'ai1. M. Puputauki a justifié la création de cette EURL principalement par une motivation sociale : la réinsertion des jeunes polynésiens en difficulté. Il minimise, par ailleurs, l'activité de cette structure en précisant à ce sujet : « cette EURL est une coquille vide parce qu'il n'y a pas d'activité… l'EURL n'a pas d'employé et n'a pas aussi de bateaux de pêche ».

[La CTC)] dispose cependant de nombreux éléments au dossier permettant d'affirmer que, contrairement aux propos de M. Puputauki, l'EURL avait aussi un but commercial. En outre, il est rappelé que la rémunération de M. Puputauki était fixée en référence à la grille des agents publics. En application de cette dernière délibération, les fonctionnaires de la Polynésie française ne peuvent cumuler leur activité publique avec une activité privée quelle qu'elle soit. Les agents nommés sur emplois fonctionnels ont donc la même interdiction. Interprétant l'interdiction pour un fonctionnaire d'exercer une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, le Conseil d'Etat en a tiré la conclusion qu'un fonctionnaire ne peut être gérant, administrateur ou directeur d'une société commerciale, même si ces fonctions ne sont pas rémunérées.

La situation juridique de M. Puputauki, à la fois chef de service d'une structure administrative et gérant de l'Eurl les pêcheurs tahitiens était donc fondamentalement irrégulière, et ce au moins, formellement jusqu'en juillet 2003, date à laquelle il a abandonné ses fonctions de gérant au sein de l'EURL.

Le secrétariat de l'EURL des pêcheurs tahitiens et du GIP étaient confondus

Lors des différents entretiens avec les personnels du GIP, il est apparu qu'avant juin 2004, date du changement de gouvernement, le secrétariat de l'EURL était assuré par une secrétaire du GIP, installée dans les locaux du secrétariat de direction auprès du chef de service (l'entreprise créée le 28 juillet 2000 n'a déclaré une secrétaire salariée que pour la seule période de juin 2004 à octobre 2004). Contrairement aux allégations de M. Puputauki, qui soutient que l'EURL ne nécessitait pas d'avoir un secrétariat, la secrétaire du GIP exerçait bien une activité pour le compte de cette société.

Le secrétariat concernait essentiellement la gestion du personnel de l'Eurl. Il s'agissait en fait de la gestion administrative des personnes recrutées sous contrat DIJ (dispositif d'insertion des jeunes) et CIG (chantier d'intérêt général) (*) qui constituaient l'effectif total des agents de la société (de janvier 2003 à décembre 2004, 87 DIJ et 23 CIG se sont succédé dans l'EURL). Eux seuls constituaient les équipages des thoniers de l'Eurl. Leur formation avait été assurée au GIP dans les premiers mois de l'année 2003.

Même si l'intégralité de l'activité de la secrétaire n'était pas au service de l'Eurl, une grande partie de son temps de travail lui était consacré et pour ce faire elle utilisait un des ordinateurs du service (les données de cet appareil ont été effacées le 20 septembre 2004 sur instruction de M. Puputauki). Manifestement, le chef de service distrayait une partie des moyens du GIP au profit de la société dont il avait assuré la gérance jusqu'en juillet 2003.

 

Convoyages des thoniers de la SEM Tahiti Nui Rava'ai

 

A l'issue d'un premier marché conclu entre la Sem Tahiti Nui Rava'ai et un chantier coréen pour la construction de 5 thoniers, il a fallu procéder au convoyage de ces derniers entre la Corée et Papeete, ce qui fut fait de mai à mi juillet 2003. Pour ce faire, une convention dite de prestations de services a été signée le 17 février 2003 entre la SEM et l'EURL des Pêcheurs Polynésiens représentée par son gérant, M. Léonard Puputauki.

Pour le convoyage des 5 thoniers le coût global et forfaitaire par thonier était de 9 600 000 Fcfp, soit pour les cinq thoniers la somme globale de 48 M Fcfp. (…) La liste des marins ayant effectué le convoyage comporte 25 noms correspondant à 5 équipages de 5 marins. Parmi cette liste, on dénombre 15 agents du GIP et 10 CIG. Les agents ont été mis en congés par le chef de service du GIP et ils ont perçu une rémunération par l'EURL. Selon le témoignage de l'un des capitaines qui y participait, les sommes perçues étaient de 250 000 Fcfp pour les officiers et 150 000 Fcfp pour les marins. Quoiqu'il en soit, les 15 agents du GIP qui ont participé à ce convoyage, ont perçu une indemnité s'échelonnant de 150 000 à 250 000 Fcfp, en plus des indemnités de congés payés qui leur ont été servies. Selon M. Puputauki, il avait été prévu initialement que chaque officier touche environ entre 500.000 à 800.000 Fcfp mais ils auraient décidé de réduire leur solde afin de permettre le financement des cautions obligatoires pour l'acquisition des thoniers de l'EURL. Ces marins et officiers n'ont sciemment pas été déclarés par M. Puputauki comme employés par l'EURL ni à l'ENIM, ni à la CPS car cette démarche était impossible puisqu'ils étaient déjà sous contrat avec le GIP.

La mise en œuvre de ce dispositif a permis à la société de réunir les sommes nécessaires pour l'attribution de deux thoniers et commencer leur exploitation. Le gérant de l'Eurl avait donc un intérêt certain à ce que cette convention de convoyage du 17 février 2003 soit exécutée. Et lors de la signature, ledit gérant ne pouvait ignorer que le convoyage serait effectué par des marins du GIP, dont il était le chef de service.

 

Le second convoyage concernait 5 thoniers construits en Chine par le chantier Fujian Shipbuilding Trading Co. L'EURL des pêcheurs tahitiens a signé un nouveau marché le 15 décembre 2003. Les conditions sont quasiment les mêmes que pour le premier convoyage. Le coût est identique (48 M Fcfp) mais le paiement intervenait pour 70% à la signature du contrat et pour le solde à l'arrivée. Le contrat prenait effet à la date de la signature. Or, un communiqué de presse du 17 décembre 2003 faisait part de l'arrivée des cinq thoniers le jour même et précisait que le voyage avait duré du 11 novembre au 17 décembre 2003. (…)

Comme précédemment, M. Puputauki avait un intérêt certain à la réalisation du convoyage, même s'il n'était plus officiellement gérant de l'Eurl. Il restait cependant gérant de la SCP coopérative de To'ata, unique associé de l'Eurl, qui, comme pour le premier convoyage, avait obtenu la location-vente de 2 thoniers, ce qui a porté à quatre le nombre de bateaux à exploiter. (…)

[Idem pour le troisième convoyage de 8 thoniers construits en Chine, (lire « GIP : business entre copains » TPM 171, juillet 2005).

« En définitive, la participation au capital de l'EURL d'une société composée de membres du GIP, le concours des marins du GIP aux opérations commerciales de l'EURL, l'utilisation d'une partie des moyens du GIP au profit de cette entreprise et l'activité du chef de service du GIP comme gérant de l'EURL jusqu'en 2003, soulignent la confusion entretenue entre le service public et les intérêts privés de certains de ses agents..

 

Société du beau-frère

 

« S'agissant de l'entreprise de soudure dirigée par le beau frère du chef de service du GIP, celle-ci a été employée par le GIP de façon continue de janvier 2000 à octobre 2004, hormis le dernier trimestre 2003. Le volume d'heures de prestations payées correspond à l'emploi à temps complet des 3 salariés (y compris le chef d'entreprise) de cette Eurl.

De facto, les trois agents de la société travaillaient uniquement pour le GIP. Son chiffre d'affaires, de l'ordre de 15 millions par an, résultait uniquement des commandes du GIP. Les factures mensuelles ne précisaient pas l'objet des interventions de l'Eurl. Or la cellule des soudeurs du GIP comportait une dizaine d'agents. En l'absence de plannings de travail desdits soudeurs, il est impossible de déterminer quels sont les travaux effectivement réalisés par l'entreprise. Le recours permanent à cette entreprise suscite des interrogations sur le plan juridique, en matière du droit du travail et des sociétés. Les employés de l'Eurl pourraient être considérés comme des salariés du GIP. (Le lien de parenté entre le chef d'entreprise et le responsable de service pourrait aggraver cette situation.).

CTC

 

Note de la rédaction : Voici un rapport accablant (écrit dans le langage châtré et pesé propre aux chambres des Comptes) qui devrait intéresser le procureur général, car là encore des sommes conséquentes de fonds publics ont été détournées.

En ces temps d'élection présidentielle M. Puputauki va-t-il continuer à bénéficier de la protection apparente du Parquet de Papeete ?

 

 1 La procédure pour l'acquisition des thoniers était la suivante :

- achat des thoniers par la SEM Tahiti Nui Rava'ai ;

- vente des thoniers à une société métropolitaine pour permettre la défiscalisation des bateaux.

Le financement des bateaux était assuré par 31% au titre de la défiscalisation, 31% au titre d'une subvention territoriale, 31% au titre de prêts bancaire et 7% par les armateurs exploitants ;

- la société louait les thoniers aux armateurs exploitants pendant 5 ans. La SEM, par délégation, encaissait les loyers pour le compte des sociétés métropolitaines.

L'armateur exploitant versait au moment de la prise en charge du bateau un dépôt de garantie de 10 millions Fcfp et un loyer pendant 5 ans. A l'issue de cette période la propriété du bateau était transférée à l'exploitant.

 

* CIG et DIJ : emplois de formation financés essentiellements par l'Etat à travers une convention avec le Territoire.

 

Mercredi 4 octobre

-La cour de cassation annule la décision de la cour d'appel de condamner l'ex agent du GIP, Vetea GUILLOUX, pour dénonciation mensongère dans l'affaire Jean-Pascal COURAUD (JPK). Elle juge la décision non conforme au code pénal. L'affaire sera rejugée à Paris.

Tahiti-Pacifique Magazine n° 187, novembre 2006

Le parquet de Papeete sur la défensive

 

Réagissant à des articles parus dans la presse locale et nationale et en utilisant sa casquette de "délégué régional de l'Union syndicale de la magistrature" (USM), Christophe Perruaux, vice-procureur de la République à Papeete, donna au journal Les Nouvelles une interview pour défendre son patron, le procureur Jean Bianconi. En résumé, les accusations qui pleuvent depuis "l'affaire Vetea Guilloux" fin 2004 seraient toutes des « accusations fantaisistes », se basant sur la théorie que le parquet n'a aucun pouvoir ni sur l'instruction ni sur les jugements. Tout en admettant quelques erreurs, il tente de démonter les accusations d'influence qui ont été avancées par le capitaine Goubin lors du procès de l'affaire des "barbouzes" (TPM 186), mais il est resté muet sur la mise au pilori du juge Taliercio (lire TPM 182). Pour celui qui a suivi de très près le dossier de la condamnation "instantanée" de Vetea Guilloux, les explications de M. Perruaux paraissent tout simplement de mauvaise foi tant les pressions (à tous les niveaux) étaient alors patentes, avouées même. Pourtant M. Perruaux confirme que son "boss" était bien à 100% en charge de réduire au silence celui dont les déclarations auraient pu faire capoter la motion de censure alors initiée par M. Flosse : « il faut aussi se souvenir du contexte très chaud de cette affaire à laquelle le parquet a voulu apporter une réponse rapide. Il fallait mettre fin à cette rumeur. » Le parquet a donc un tel pouvoir ; merci pour ce sursaut de franchise ! D'ailleurs début octobre la Cour de cassation a invalidé les jugements prononcés contre ce même Vetea Guilloux pour « peine prononcée supérieure à ce que prévoit le code pénal », autre preuve d'un acharnement. L'affaire sera rejugée à Paris. Selon le comité de soutien à JPK, « la rumeur » à laquelle le parquet désire tant « mettre fin » semble de plus en plus devenir une réalité car, avec la dissolution du GIP et la dispersion de ses anciens membres, de nouveaux témoignages sont recueillis. Puis au vice-procureur de révéler qu'Emile Vernaudon devrait prochainement de nouveau être mis en examen pour s'être construit un "fare bringue" sur le domaine maritime à Taravao (TPM 178, février 2006), certainement pour démontrer que les politiciens ne seraient pas "protégés". S'il avait mentionné la centaine d'emplois fictifs de l'ex président Flosse (une enquête qui dure depuis 1996 !), le message aurait été bien plus crédible.

Le lendemain, toujours dans Les Nouvelles, l'USM démentait que les « propos tenus par M. Perruaux l'aient été en qualité de délégué régional de ce syndicat » alors que le Syndicat de la magistrature (SM) déclarait que « la section locale du SM tient à se désolidariser des propos tenus par M. Perruaux ».

A.d.P.

 

Mercredi 4 octobre

-La cour de cassation annule la décision de la cour d'appel de condamner l'ex agent du GIP, Vetea GUILLOUX, pour dénonciation mensongère dans l'affaire Jean-Pascal COURAUD (JPK). Elle juge la décision non conforme au code pénal. L'affaire sera rejugée à Paris car la peine prononcée était le double de ce que prévoit le code pénal ! L'affaire sera rejugée devant la Cour d'appel de Paris.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 188, décembre 2006

Affaire JPK (suite du feuilleton)

 Le comité de Soutien à la famille de Jean-Pascal Couraud explique fin novembre que « les accusations portées par le Comité de soutien ont visiblement fortement déplu et Philippe Couraud était à nouveau entendu le 9 novembre 2006 à ce propos, en présence d'un magistrat soupçonné d'avoir pu donner quelques informations à la famille de JPK à ce sujet. Ce magistrat a refusé d'être entendu et a contesté la compétence du juge pour l'interroger sur des propos qu'il aurait tenus concernant les dysfonctionnements de la justice, s'appuyant sur le fait que l'audition s'effectuait dans le cadre de l'instruction d'une plainte pour assassinat et complicité. Par ailleurs, il a été indiqué au juge que s'il y avait lieu d'enquêter sur les dysfonctionnements de la justice dans cette affaire, il faudrait alors entendre également le vice-procureur qui, s'étant exprimé publiquement pour défendre le parquet au nom d'un syndicat de magistrats, a reconnu que l'affaire avait été mal gérée au moment des révélations faites par Vetea Guilloux en octobre 2004. Par ailleurs, le juge a tenté d'entendre notre avocat James Lau comme témoin, sur la base de sa présence à nos côtés lors de certains de nos entretiens. Cette demande pour le moins surprenante a été catégoriquement refusée par notre avocat qui s'est appuyé sur le respect du secret professionnel. »

Dans l'affaire JPK, cinq nouveaux témoignages par des ex-GIP ont été recueillis par la famille entre juillet et octobre 2006 et semblent confirmer la réalité de l'assassinat de JPK. Des témoins qui se disent être menacés. L'un rapporte « des propos tenus bien avant les déclarations de Vetea Guilloux » sur l'assassinat supposé, un autre déclare avoir assisté (avec un collègue) à l'embarquement de JPK sur la baleinière par les GIP. Des témoins qui ne sont pas entendus, ou lorsqu'ils le sont se rétractent devant le nouveau juge d'instruction qui, selon le comité, donne « l'impression à notre avocat James Lau que le juge se positionne contre la famille et instruit à décharge uniquement... impression partagée par Olivier [Couraud], que le juge a constamment cherché à prendre en défaut. »

Ainsi, « avec les déclarations de ces nouveaux témoins qui viennent toutes confirmer nos accusations », le comité espère être « en mesure de demander avec encore plus de force et de détermination que la justice fasse le travail qui est le sien, en toute indépendance » et de « constater l'étonnante rapidité avec laquelle la justice cherche à connaître ceux qui osent parler de ses dysfonctionnements, allant même jusqu'à vouloir obtenir d'un avocat qu'il bafoue l'éthique en sollicitant son audition comme témoin d'entretiens auxquels il aurait assisté ».

A.d.P.

Tahiti-Pacifique Magazine n° 189, Janvier 2007

 Oui, JPK a bien été assassiné !

 Comme nous l'indiquions le mois dernier, les circonstances de la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (dit "JPK"), ancien rédacteur en chef du quotidien Les Nouvelles de Tahiti, qui, dans la nuit du 15 au 16 décembre 1997, disparaissait à l'âge de 37 ans, deviennent de plus en plus claires. Le 6 décembre 2006, le comité de soutien JPK a organisé une conférence de presse pour faire le point sur l'affaire et rappeler que la thèse de l'assassinat ne fait plus aucun doute. Philippe Couraud a alors affirmé sa «certitude que Jean-Pascal a été assassiné» et dénonce un «refus d'enquêter sérieusement» sur fond de «mainmise politique sur le judiciaire».

En effet, les langues se sont déliées à tel point que dans certaines îles de l'archipel des Australes, ainsi que dans quelques districts de Tahiti, plus personne ne doute de la réalité du tragique assassinat de JPK par le GIP (groupement d'intervention de la Polynésie). Actuellement, des conversations de moins en moins feutrées tournent autour d'une explication, et cela alors qu'à Tahiti d'autres anciens membres de l'ex-GIP se manifestent pour apporter leurs témoignages sur la réalité de ce tragique événement. Cette évolution et la banalisation des commentaires rend de plus en plus ridicule si ce n'est carrément suspect, l'acharnement du parquet de Papeete et de l'entourage de l'ex président Flosse pour tenter de démontrer par tous les moyens que les témoignages ne seraient que des « rumeurs fantaisistes », à tel point que certains comparent cette affaire à celle du juge Borel à Djibouti : on tenterait d'enterrer la vérité pour des « raisons d'Etat ».

 Alors qu'à l'origine tout le monde croyait à un suicide, les facteurs qui ont donné au fil du temps de la crédibilité à la thèse de l'assassinat sont les suivants :

- La rapidité et la férocité manifeste du parquet de Papeete vis-à-vis de Vetea Guilloux pour contrer ses révélations faites à un ministre, mais aussi à un gendarme, en fait un acte requis par la Loi. Après une trentaine d'heures de garde à vue et une confrontation avec ces deux personnes, Vetea G. maintient ses déclarations puis se rétracte à 2h 30 du matin. Le procureur est prévenu. Aussitôt, il ordonne l'arrêt des auditions. L'enquête est bouclée sans même avoir informé le juge d'instruction qui avait été chargé de l'enquête sur la disparition de JPK. Vetea Guilloux est jugé en comparution immédiate moins de deux jours après et condamné à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis pour « dénonciation calomnieuse ». Le procureur "pompier" déclarera plus tard à un journaliste « il fallait absolument faire taire ces rumeurs », phrase reprise en novembre 2006 par le substitut Perruaux dans un courrier publié dans TPM. La sentence infligée à Vetea Guilloux était tellement excessive que le 4 octobre 2006 la Cour de cassation annula la condamnation car la peine prononcée est le double de ce que prévoit le code pénal ! En plus, cet péripétie judiciaire est emprunte par une succession d'erreurs et d'atteintes à la procédure vraiment étonnante. Les gendarmes en charge de « l'audition » ont même reçu une lettre de félicitation du procureur pour avoir réussi à faire revenir Vetea Guilloux sur ses déclarations !

- Le refus d'abord, puis la réouverture de l'enquête par des gendarmes bien plus enclins à identifier les « fuites » qu'à collecter et recouper les informations. Ayant nous-même été entendu à deux reprises, nous pouvons en témoigner.

- Comment la gendarmerie (qui avait mis un point d'honneur à exécuter les ordres pour démontrer que Vetea Guilloux avait menti) peut-elle par la suite "déontologiquement" et honnêtement enquêter pour dire qu'il a dit la vérité et que l'assassinat est très plausible ? Ce paradoxe est bien génant !

- Les témoignages recueillis par la famille de JPK.

- Et les témoignages recueillis par Tahiti-Pacifique.

 

Les témoignages recueillis

par la famille de JPK

 

Les nouveaux témoignages recueillis cette année par Olivier et Philippe Couraud, frères de Feu JPK, sont les suivants :

 

- En juillet 2006 un ex-GIP licencié raconte les déclarations de collègues qui l'ont conduit à le persuader de la réalité de l'assassinat de JPK, qu'il connaissait personnellement depuis la fin des années 80. Ces déclarations ont été tenues bien avant les déclarations de Vetea Guilloux, par une des personnes soupçonnées d'avoir participé à l'assassinat. Hélas, cette personne est décédée dans le naufrage du bateau du GIP au large de Rimatara. Le même témoin explique qu'un membre de l'entourage proche de J.P.K. donnait des informations au GIP sur ses déplacements et ses activités. Il est réticent de s'exprimer auprès du juge ou des gendarmes par peur de représailles venant du GIP. Une demande d'audition de ce témoin a été déposée auprès du juge lors de l'audition de Philippe Couraud le 5 octobre 2006. A ce jour, il n'aurait toujours pas été entendu.

 

- Le 1er octobre 2006, un homme (M. X) vient à la rencontre d'Olivier Couraud et lui parle de JPK. Il l'aimait bien, sa femme ayant été la nounou de son fils et Jean-Pascal lui venait souvent en aide (années 1993 &endash;94). L'homme commence à se confier. Il dit avoir assisté à l'enlèvement de JPK vers les 15h30 - 16 heures, mais ne plus se souvenir de la date exacte. Il se trouvait à ce moment là sur les lieux (à Taunoa). Il circulait avec un collègue dans une voiture et suivait de loin le fourgon qui a enlevé Jean-Pascal. Ce fut un enlèvement musclé : homme et dossiers embarqués de force, puis menés à la flottille administrative à Motu Uta. Son collègue et lui les suivent en voiture discrètement. Arrivé sur place, JPK subit un interrogatoire dans le bâtiment de la flottille, à l'étage, interrogatoire dirigé par un responsable, qu'il nomme, plus quatre autres hommes. M.X. et son collègue, également témoin, montent par une échelle derrière le bâtiment et observent la scène…

L'interrogatoire de JPK dure assez longtemps, peut-être une heure et demi. Les dossiers de JPK sont alors emmenés dans une baleinière (chaloupe) de la flottille attaché au quai, puis JPK. S'ensuivent là encore des discussions. Le chef fait des grands gestes. JPK répond aussi par des grands gestes signifiant son ras le bol. A ce moment là les deux témoins de la scène sont découverts sur le toit du bâtiment. Ils sont tabassés et virés (ou sens propre et figuré). La suite M. X ne l'a pas vue, mais on la lui a racontée ainsi : dans la nuit, JPK est emmené de force sur un navire en partance, puis balancé en pleine mer entre Tahiti et Moorea, quatre parpaings de 15 attachés aux pieds. « C'est le chef mécanicien du bateau qui a vu et qui le lui a raconté ». Il dit son nom. Il dit aussi qu'il y a environ une dizaine d'autres témoins qui on tout vu et qui peuvent confirmer. M. X dit avoir porté plainte chez les mutoi (police municipale) mais ceux-ci ne l'ont pas cru. Il déclare avoir reçu la visite de quelques membres de l'ex-GIP il y a trois mois environ pour le questionner et l'intimider. Tout comme il déclare avoir reçu d'un avocat de Papeete (qui défend le GIP) une convocation par "lettre recommandée" et s'y être rendu. On lui a demandé de dire ce qu'il savait, ce qu'il a fait, puis on lui a dit qu'on ne le croyait pas.

Le 2 octobre 2006, vers 19 heures Olivier Couraud retourne sur place pour en savoir plus. Il tourne dans le centre et M. X l'interpelle dans un endroit discret, il est inquiet, nerveux. Il dit avoir eu la visite d'un cadre éminent du Tahoera'a, dont il donne le nom, vers 18h sur son lieu de travail, et dans la journée, chez lui, de quelques ex-GIP venus le questionner. Olivier  demande à M. X ce qu'il faisait à Taunoa le soir de l'enlèvement et celui ci répond qu'il travaillait à ce moment là pour la cellule d'espionnage de la Flottille administrative (ancêtre du GIP). Lui et son collègue ont entendu sur leur talkie-walkie un ordre qui ne leur était pas adressé : « rendez-vous à Fariipiti et enlevez le conducteur de la Suzuki grise immatriculée …. » M. X connaissait parfaitement la voiture de JPK et veut savoir ce qui se passe, « j'aimais bien Pascal, il était gentil avec moi » comme pour justifier sa curiosité. Olivier demande à M. X s'il est d'accord pour témoigner, il répond oui. Ils prennent rendez-vous pour le mercredi 4 octobre 2006 à 19h à la poste de Tamanu.

Le mardi 3 octobre 2006, à midi, 12h00 Olivier voit son frère Philippe, ils rencontrent Me James Lau, leur avocat dans l'affaire et lui raconte l'histoire. Ils prévoient à ce moment là de faire protéger M.X par des moyens privés. Philippe demande à un proche de leur donner un coup de main pour effectuer cette protection. A 18h00, Olivier se rend au centre Tamanu et aperçoit M. X très fébrile, ayant la chair de poule. Il lui dit qu'un gros 4X4 avec vitres fumées et plusieurs gros bras à l'intérieur sont venus chez lui. Il a très peur maintenant. Il dit que c'est une voiture du genre de celle que possède une personnalité politique très, très connue dont il cite le nom. Il dit que plusieurs personnes du Tahoera'a sont passées le voir dans la journée. Il dit n'avoir pas pu dormir. Olivier lui demande de se calmer, qu'on va faire assurer sa sécurité dès ce soir. A 20h30 Olivier Couraud et Fred, son beau-frère qui l'accompagne ce soir là, rencontrent la personne ayant accepté d'apporter son aide pour la protection de M. X, et Olivier lui fait un bref résumé de l'histoire. Ils se rendent au centre Tamanu et Olivier cherche M. X qui semble se cacher. Il sort de l'ombre, il a peur. Il parle en tahitien, oubliant qu'Olivier ne le comprend pas. Olivier lui demande de venir pour lui présenter la personne qui l'accompagne. Il hésite puis le suit. S'ensuit une discussion d'un quart d'heure en tahitien. Notre ami le questionne, M. X se méfie mais parle. Il ne veut plus témoigner seul. Il a donné deux noms. Il veut la présence de deux autres témoins qui pourront témoigner de la deuxième partie de l'histoire de JPK, de celle à laquelle il n'a pas assisté. »

 

Trois témoins sur un toit

 

Olivier part à la recherche de M. X qui ne se montre plus car la présence et les propos tenus par l'ami l'ont semble-t-il effrayés. Fred le retrouve dans le bureau des vigiles. M. X lui dit de ne jamais venir là, il se méfie de certains de ses collègues. Olivier va à sa rencontre et M. X. lui dit qu'il ne veut avoir à faire à personne d'autre qu'Olivier. Olivier s'y engage. M. X confirme qu'il acceptera de témoigner s'il n'est pas le seul. Olivier lui demande un éclaircissement qu'il donne : un troisième témoin était sur le toit avec eux. Il est descendu en premier et s'est dirigé vers la baleinière. C'est à ce moment là que les deux autres restés sur le toit ont été surpris. M. X et Olivier se donnent finalement rendez-vous à 10h le lendemain sur la plage du Tahiti Village. Pas plus tôt, car M. X. veut absolument se rendre d'abord à Carrefour pour acheter des jouets pour ses enfants. A 22h50, Olivier et Fred décident de quitter les lieux. Ils avertissent M. X qui leur dit : « C'est pas grave mon collègue vient d'arriver, ça va aller avec lui ». Il est beaucoup plus détendu, il plaisante, pour extérioriser.

- Le mercredi 4 octobre 2006, M. X ne se rendra à aucun des deux rendez-vous qu'il avait fixés avec Olivier, ni celui du matin à 10 heures, ni celui du soir 19 heures. Le jeudi 5 octobre, Olivier Couraud est entendu par le juge d'instruction Stelmach à qui il fait part des déclarations reçues de M. X. au cours des derniers jours, et mentionne les fortes pressions dont M. X. dit être l'objet pour le dissuader de parler. M. X est entendu l'après-midi même par le juge. Il reconnaît les déclarations faites à Olivier Couraud mais dit maintenant avoir inventé toute cette histoire, s'étant inspiré des articles de journaux. Pourtant il avait donné des détails qui n'ont jamais été mentionnés par le presse, détails confirmés par d'autres témoins.

 

- Le lundi 8 novembre 2006 a donc lieu une confrontation entre Olivier Couraud et M. X devant le juge d'instruction. Celui-ci, comme lors d'une première audition chez le juge, dit avoir inventé toute l'histoire racontée à Olivier Couraud, basée sur des éléments publiés par les journaux. Il dit ne jamais avoir travaillé au GIP. Pourtant, divers proches du témoin ont confirmé à la famille (aucun doute possible selon eux) que M. X avait effectivement travaillé à l'époque pour ce que les gens désignent encore aujourd'hui sous l'appellation GIP. Par ailleurs, il ne peut échapper à Olivier, comme à tous ceux qui connaissent le dossier, qu'il a fourni de son plein gré des détails précis et que le déroulement des évènements tels qu'il les raconte, tout comme les heures indiquées sont tout à fait cohérents.

Le juge pose des questions orientées. Avec le témoin il ne va pas au fond des choses et lui permet de ne pas répondre aux questions de Me Lau, l'avocat de la partie civile qui demande des explications. Quant à Olivier, il n'est pas autorisé à adresser la parole ni au témoin ni au juge. Le témoin simule la surdité. Le juge fait même mine de croire le témoin lorsque celui ci prétend ne pas parler le français (!), ce qui fait que toute la confrontation se déroule avec un interprète. Comme cela avait déjà été fait avec Vetea Guilloux pour tenter de le discréditer, le juge relève bien sûr que le témoin ne travaillait pas au GIP. Affirmation évidente puisque le GIP n'existait pas encore officiellement à l'époque des faits. Les agents qui travaillaient alors dans ces équipes étaient soit des agents de la flottille administrative, soit des agents du SEP, société de gestion de déchets, à laquelle appartenait Vetea Guilloux en fin d'année 97 lors de la disparition de JPK. A l'issue de cette confrontation, Olivier constate que le juge a constamment cherché à le prendre en défaut. Son impression est que le juge se positionne contre la famille et instruit à décharge uniquement, semblant ne vouloir attacher aucune importance aux propos que M. X. reconnaît pourtant avoir tenu spontanément (en français !) auprès d'Olivier Couraud.

- Le 11 octobre 2006, Philippe Couraud rencontre pour la première fois un des nouveaux responsables de la flottille administrative (structure dans laquelle travaillent bon nombre d'ex GIP), nommé en février 2006. Il raconte comment, les premiers jours de son entrée en fonction, il avait été invité à prendre un verre un vendredi après-midi par l'équipe de Rere Puputauki, l'ex chef des GIP. Au bout de la 2è ou 3è bière, Tutu Manate déclare de sa propre initiative qu'il n'est pour rien dans la disparition du journaliste popa'a, JPK. Il est immédiatement repris par un de ses collègues qui le traite de menteur et fait allusion aux détails mêmes de la scène de l'assassinat à laquelle Tutu Manate aurait participé. La remarque jette un profond malaise dans toute l'assistance pendant un très long moment. Yannick Boosie, l'adjoint de Rere Puputauki est présent. Cet incident rend très perplexe ce cadre de la flottille. Quelques jours après, Tutu Manate profère des menaces très précises à l'encontre de James Salmon, le ministre de l'Equipement, indiquant que [les GIP] étaient capables d'avoir recours à la violence, y compris contre ses proches. Ce nouveau témoin, cadre de la flottille administrative, sur la base de tous ces éléments (propos tenus, attitudes) considère aujourd'hui que ces hommes ont très certainement commis un assassinat sur la personne de JPK. Il indique être tout à fait disposé à faire part de ces éléments au juge d'instruction. Dès le lendemain (courrier en date du 12 octobre 2006), il est demandé au juge de procéder à l'audition de ce nouveau témoin. Celui-ci n'a toujours pas été entendu par le juge.

 

- Entre-temps, le 18 octobre 2006 Philippe Couraud reçoit un témoignage au sujet d'un film vidéo dans lequel Rere Puputauki téléphonerait à une très haute personnalité politique (dont le nom est cité) le soir de l'assassinat de JPK afin de solliciter des instructions. Ce film aurait été également vu par plusieurs personnes habitant le « quartier Rurutu » (Tahiti). Par courrier en date du 23 octobre 2006, l'audition de cette personne est sollicitée. A ce jour, elle n'a toujours pas été entendue.

 Le 27 octobre 2006, vers 9 heures, Mme Y. demande à voir Philippe Couraud. Elle connaissait JPK et souhaite raconter ce qui se dit actuellement au sein de la flottille administrative, selon les déclarations d'un employé. Les ex-GIP licenciés impliqués dans l'assassinat de JPK n'étant plus rémunérés par l'administration, certaines personnes (dont elle cite le nom) continuent actuellement à leur verser des sommes d'argent en guise de salaires, car dés lors qu'ils ne seraient plus payés, ils raconteraient tous les détails de l'assassinat de JPK.

 

Les témoignages recueillis par Tahiti Pacifique

 - En octobre 2005, nous rencontrons M. Y, jadis un des adjoints de Rere Puputauki. Au cours d'une longue entrevue, cet homme nous a dévoilé (devant témoin) que sur les cinq GIP qui auraient participé à la fameuse partie arrosée de "kikiriri" où l'un d'eux aurait raconté l'assassinat de JPK à Vetea Guilloux, deux seraient depuis décédés de façon pour le moins étrange : l'un, V.C., un sportif de 30 ans en pleine santé, se serait noyé dans 20 cm d'eau d'une rivière et l'autre, F.H., un homme costaud 35 ans, serait mort d'un arrêt cardiaque sur le chantier aux îles Tonga. Mais ce qui est bien plus troublant, c'est que cet homme affirme sur l'honneur qu'il aurait, lui aussi, entendu un témoignage similaire aux affirmations de Vetea Guilloux de la part de l'un des participants supposés liés à la disparition de JPK, et ceci plus d'un an avant les déclarations. En 2003, lors d'un embarquement d'élèves sur le navire Tahiti Nui pour leur transport vers les îles Australes, il avait demandé à Tutu Manate d'assurer que les voitures des familles n'entrent pas sur le quai et lui demanda s'il pouvait compter sur lui : « Tu peux compter sur moi, rappelle-toi ce qui s'est passé avec le journaliste popa'a qu'on a "tutau" ! ». Tutu fut alors tout étonné que M. Y ne comprenne pas. Plus tard, M. Y aborda Rere Puputauki et demanda une explication. Celui-ci répondit : « Ça ne te regarde pas,. Affaire classée ! ».

M. Y affirme avoir raconté cet incidents aux gendarmes lors de son unique audition, et ceux-ci lui ont alors répondu que « ce n'est pas la question ».

 - Le 15 décembre 2006, une dame Z se présente impromptu à la rédaction de Tahiti-Pacifique magazine à Moorea. Elle explique avoir assisté le 9 décembre à une réunion de famille (dont une branche est originaire de Rurutu). Mme Z raconte comment elle a été le témoin d'une conversation entre deux dames matahiapo (âgées), parentes de M. Tino Mara, l'un des GIP accusé par Vetea Guilloux d'être impliqué dans le meurtre. A la question « comment Tino a-t-il pu faire une chose pareille » l'une a répondu « Tino a expliqué à sa maman qu'il était dans la baleinière, oui, mais qu'il était juste un intermédiaire entre l'équipe et Rere [Puputauki], il était là pour récupérer les dossiers. Ce sont [trois noms sont cités] qui ont fait le sale boulot. » Au sujet des déclarations de Vetea Guilloux [pour lesquelles il a été condamné à la prison ferme], la dame a déclaré « ce que Vetea a raconté est précis, bien qu'il n'était pas là ».

 

Effet contraire

 

Ainsi donc, dans cette terrible affaire JPK, s'amplifie un effet qui semble contraire à celui escompté par le parquet de Papeete. Les divers témoignages cités ci-dessus, qui se rejoignent et se rajoutent à d'autres ne peuvent plus être qualifiées de rumeurs tant ils deviennent précis et concordants.

Les protagonistes et stratèges de "l'étouffement" de cette affaire n'ont certainement pas pris en compte le contexte local, c'est-à-dire des communautés îliennes très soudées de populations foncièrement honnêtes où le mensonge est contraire à la norme, mais encore « l'effet loupe » d'une micro société dans laquelle finalement tout se sait.

 

Rappelons que lors de sa condamnation, Vetea Guilloux avait aussi été sanctionné pour ses révélations sur la "cellule espionnage" du GIP qualifiées de « fantaisistes », révélations pourtant superbement confirmées par la suite non seulement par le rapport d'enquête n°278/2005, intitulé « Existence d'une "cellule d'espionnage" au sein de la Présidence du Territoire de la Polynésie française », de la compagnie des îles-du-Vent de la Gendarmerie nationale, mais encore par le rapport de la Chambre territoriale des comptes sur la Présidence de la P.F. Suite à ces rapports incontestables qui énoncent des délits graves, à notre connaissance, aucun des responsables ne semble avoir été mis en examen. Pourquoi ? Aussi, suite à l'annulation par la Cour de cassation, le nouveau procès de Vetea sera « dépaysée » et rejugée devant un tribunal à Paris, ce qui semble indiquer que le tribunal de Papeete pourrait être « influencé ». Une suspicion que renforce les acquittements répétés et franchement scandaleux de Rere Puputauki, notamment celle du 24 janvier 2006 lorsque « l'amiral », comparaissait devant le tribunal correctionnel de Papeete pour répondre de la mort d'un membre de son service et que le procureur de la République a recommandé l'abandon des charges car Rere « était bien chef de service, mais il n'était pas employeur » car ce dernier ne pouvait pas être tenu responsable puisqu'il n'y avait « pas de preuve que Léonard Puputauki ait bénéficié d'une délégation de pouvoir en ce qui concerne la sécurité du GIP » (sic !). Pourtant un arrêté du conseil des ministres, que personne n'a produit, avait donné tous les pouvoirs à Rere. Mais encore, comme « le GIP dépend de la présidence, on peut donc considérer qu'à l'époque, le chef [du décédé], c'était Gaston Flosse » mais, bien sûr comme l'a expliqué l'avocat de Léonard Puputauki, « la prescription de trois ans », applicable dans ce genre d'affaires, « était acquise pour Gaston Flosse ». Ceci pourrait expliquer la lenteur de la procédure de cette affaire, plus de 5 ans… A Tahiti, le Parquet lave-t-il (certains) plus blanc que blanc ?

N'oublions pas non plus les échos qui parviennent des îles Australes où la population est admirative devant les superbes voitures de certains ex GIP et d'une superbe maison, avec du marbre SVP, construite par l'une des personnes accusées par Vetea Guilloux alors que son salaire n'est qu'un peu au-dessus du Smig.

Un autre événement vint encore conforter la suspicion d'un "enterrement" judiciaire de l'affaire. Le 10 novembre, M. Stelmach, juge d'instruction qui conduisait depuis peu l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal Couraud, a demandé à être déchargé du dossier en spécifiant un « renvoi devant une autre juridiction dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice ». La "patate" serait-elle devenue vraiment trop chaude ? A moins que ce soit parce que l'absence de juge d'instruction ne permet plus aux gendarmes d'auditionner de nouveaux témoins, ce qu'ils ont confirmé à Philippe Couraud. Ce « gel » soudain de l'enquête est d'ailleurs la raison principale pour laquelle l'association a fait appel aux médias.

 

Un tout qui a fait que l'association Reporters Sans Frontières exprime sa solidarité (en français et en anglais) avec un « nous rejoignons l'appel du comité de soutien et demandons aux autorités judiciaires de Polynésie de ne pas écarter la thèse de l'assassinat de Jean-Pascal Couraud pour ses activités professionnelles. Il faut que tous les témoins qui peuvent contribuer à faire la lumière sur cette affaire soient entendus ».

Ce qui pour l'instant est impossible car, suite à l'absence de juge d'instruction (aucun remplaçant n'a encore été nommé), les gendarmes ne peuvent rien faire.

 Certains observateurs (paranos ?) osent penser que la rapidité de la motion de censure (qui a remis fin décembre le Tahoera'a au pouvoir à Tahiti) aurait été commandée par l'urgence de redonner des emplois rémunérés à une trentaine de GIP chômeurs devenus bien bavards.

 Machination ?

 Hélas, le plus grave dans cette affaire est certainement que l'image de l'impartialité de la justice à Tahiti, tout comme celle de la gendarmerie, est bien malmenée, ce qui est désastreux pour un bon fonctionnement démocratique. Certains magistrats du monde judiciaire de Papeete avouent d'ailleurs une « grande tension » et un « moral bas au Palais [de justice] ». Serait-ce dû au fait qu'un haut magistrat pourrait se croire investi par une sorte de "mission divine" qui consisterait à orchestrer une machination (à laquelle certains juges accepteraient de participer) pour protéger par tous les moyens l'ex GIP et son chef Rere Puputauki qui, s'il était condamné, pourrait mettre en danger le sénateur Flosse, lequel à son tour pourrait alors mettre en danger « les plus hautes sphères de l'Etat » ?

L'avenir nous le dira…

 Alex W. du PREL

Sources : témoignages, site www.soutienjpk.org, archives TPM, Le Monde, Libération, Reporters Sans frontières, etc., etc.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 189, Janvier 2007

 CONFIDENCES

 Retour de la « cellule d'espionnage » ?

Le 14 décembre, le lendemain de la motion de censure contre le gouvernement Temaru, les connaissances tahitiennes de Félicien Micheloni recevaient depuis la Corse cet email : « quelle belle journée. Mes valises sont prêtes (…) venir me chercher à l''aéroport dès le feu vert. » Or M. Micheloni, adjudant-chef de la DGSE, est non seulement celui qui a monté et dirigé (sous les ordres de Rere Puputauki) la « cellule espionnage » du GIP qui a été accusée du meurtre du journaliste JPK, mais il est aussi mis en cause dans l'affaire "Shipchandler" aux convoyages plus que suspects. (lire TPM 171 et 177, juillet 2005 et janvier 2006).

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 190, février 2006

 Courrier des lecteurs

 Accuser Gaston Flosse ?

 Cher Monsieur,

Bravo pour votre dossier complet sur l'affaire JPK qui m'a ouvert les yeux et d'ailleurs semble avoir eu son "effet" puisque la justice se "réveille". Mais insinuez-vous que le sénateur Flosse aurait pu donner l'ordre pour cet assassinat ? N'est-ce pas aller un peu trop loin ?

T.R., Tahiti

 

Non car jamais n'avons-nous insinué que M. Flosse aurait donné un tel ordre, bien au contraire, comme nous l'avions déjà écrit en décembre 2004 (TPM 164) : « Au sujet de cette affaire JPK, lors de son discours d'investiture le 22 octobre [2004], le président Flosse avait déclaré "Je jure devant Dieu et devant tous les Polynésiens qui me voient et m'écoutent, que jamais, jamais, je n'ai provoqué ni commandité, ni même souhaité la mort de quiconque. Tous ceux qui me connaissent bien le savent." Nous le croyons sans hésitation, estimant que si JPK avait été assassiné, cela aurait alors certainement été fait à l'insu de M. Flosse par quelques individus ayant perdu leurs repères et imbus d'une mentalité du S.A.C. [lire TPM 157] qui auraient cru là « faire plaisir au patron », ne se rendant pas compte qu'en réalité ils pouvaient entraîner "le patron" dans un bourbier fatal car il est le chef suprême (donc responsable) du G.I.P. Tout ceci est au conditionnel, bien entendu. » Par contre, on remarquera aussi que M. Flosse, à aucun moment, ne dit qu'un assassinat n'avait pas eu lieu. Depuis, selon des confidences que nous avons pu recueillir, il semble bien que les responsables de la cellule "espionnage" du GIP se seraient mutuellement montés une paranoïa au sujet des « dossiers secrets » que JPK détenait. A ce sujet nous écrivions en novembre 94 (TPM 163) qu'il s'agissait « des archives qu'il avait en fait « hérité », des caisses de dossiers sur les hommes politiques et les affaires de Tahiti minutieusement constitués par Henri-Eudes Renaud de la Faverie, un ancien président du tribunal de Papeete qui fut entre 1984 et 1992 successivement le directeur de cabinet de Gaston Flosse, Jean Juventin, Alexandre Léontieff et Emile Vernaudon. A cause de sa manie à dupliquer chaque document, on avait donné à de la Faverie le surnom de "Paganini de la photocopieuse" ».

Jadis nous avions vu ce dossier, des documents et des coupures de presse concernant de vieilles affaires dont l'essentiel avait été dévoilé dans un numéro spécial des Nouvelles d'avril 1988 (intitulé "le règne calamiteux de Gaston Flosse" et saisi par la justice, jusque dans les sacs postaux à bord du DC 10 d'UTA sur le départ pour Paris !), mais contenant peut-être aussi des preuves concernant un supposé trafic d'importation d'armes de guerre vers la Polynésie française dont JPK nous avait parlé quelques semaines avant sa disparition.

A.d.P.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 193, mai 2007

 Affaire JPK (re-suite)

 Du nouveau dans une affaire plutôt figée

 

Le 5 avril, le Comité de soutien pour la recherche de la vérité sur la disparition de JPK diffusait un communiqué qui explique que « l'enquête et l'instruction judiciaire sur la disparition de Jean-Pascal Couraud (JPK) commencerait à progresser de manière très concrète avec l'audition des témoins demandées par la famille et la garde à vue de certains proches, présents au domicile de Jean-Pascal la nuit de sa disparition. Les concordances existantes entre diverses déclarations de témoins, ont obligé les enquêteurs à prendre en considération les faits relatés et chercher à établir leur véracité, malgré les revirements et dénégations affichés devant le juge. » Or la famille attend toujours un rendez-vous avec le juge Stembach qui semblerait « peu disposé à informer la partie civile de l'état réel d'avancement de l'enquête, malgré l'obligation faite par le code de procédure pénale. »

 

Selon le comité, de nouveaux et derniers éléments recueillis par la famille de JPK aurait dévoilé un mobile précis :

« un témoignage reçu par un avocat proche de JPK au moment de sa disparition, ayant lui-même fait l'objet de très fortes menaces et pressions diverses à l'époque, est venu confirmer l'existence d'un dossier qui était bien le mobile premier de l'assassinat. Une note écrite mentionnait des traces comptables de virements financiers d'une entreprise de Polynésie française vers le Japon, au bénéfice d'une personnalité politique française de premier plan (…) JPK était une des rares personnes à connaître l'existence et la provenance de ces traces comptables, et possédait cette note écrite. Cette situation, connue des services secrets français, inquiétait considérablement car JPK était connu pour être incontrôlable (des tentatives infructueuses avaient déjà été effectuées). Il est probable que les liens qui existaient entre les personnes en charge des cellules de renseignement de la flottille administrative (personnes issues de la DGSE) et les services secrets français ont assez facilement permis que ce dossier soit évoqué, avec les différents problèmes qu'il posait. Jean-Pascal Couraud était plaignant dans le dossier sur l'affaire du Tahara'a (dans laquelle Gaston Flosse fût finalement condamné en 2006) [1] et la ramifications vers le Japon était en train d'être mise à jour [lire TPM n° 188, décembre 2006, "L'existence du compte de Chirac au Japon se confirme"]. L'activisme de Jean-Pascal Couraud posait effectivement problème. Selon cette hypothèse, il existerait des personnes charnières ayant guidé l'action de cette cellule d'espionnage (appelée « cellule nettoyage » au sein du GIP) lorsqu'elle est intervenue auprès de JPK dans l'après-midi du 16 décembre 1997 d'abord, pour procéder à son interrogatoire, avant de la relâcher. Ceux-ci seraient à nouveau intervenu dans la soirée pour procéder à nouveau à un enlèvement jusqu'à l'assassinat dans les conditions déjà maintes fois évoquées. Cette supposée connivence entre cellule d'espionnage (intégré ensuite au GIP) et des structures françaises extérieures à la Polynésie pourrait expliquer les propos de Rere Puputauki, rapportés par un témoin interrogé dans le cadre de l'enquête : « Moi, de toute manière, je ne crains rien, car je suis protégé par l'Etat et directement par le procureur de la République » (…) La thèse de l'assassinat semble aujourd'hui de plus en plus difficile à contester, même si l'instruction de cette affaire est encore certainement loin d'être terminée. »

 

« Pas me faire flinguer »

 

Dans une note interne envoyée par mail aux membres du comité, les détails sont fournis au travers d'un résumé des déclarations de l'avocat lequel, grâce aux détails qu'il donne, est de suite reconnaissable à ceux qui ont connu les événements de cette époque. Ainsi lit-on que

« Maître X. indique qu'à la même époque, qu'il qualifie de « très chaude », il avait été cambriolé et son disque d'ordinateur volé ; on avait également tenté de l'acheter, en vain. Puis il fut progressivement suivi en permanence de manière ostensible. Il chercha alors à se renseigner auprès de connaissances proche des milieux des services secrets et autres coups tordus sur la nature exact du problème qu'il posait (…) . L'ami avocat qui était son intermédiaire, lui indiqua que « s'il poursuivait ses investigations sur ces traces comptables, il serait mort ». Il décidait alors, soucieux de protéger sa femme et sa famille, de laisser effectivement tomber le combat qu'il menait. Les intimidations cessèrent. »

 

Nous avons contacté cet avocat qui déclare ne désirer ni confirmer ni infirmer les propos qu'il aurait tenus, expliquant (en riant) que « je préfère tenir mes distances de cette vieille affaire qui date, je ne veux pas me faire flinguer ».

 Philippe Couraud, président du comité de soutien à JPK, précise que le comité a dû faire appel auprès du président de la chambre d'instruction du refus du juge d'instruction de recevoir la partie civile, car le comité désire connaître les déclarations de personnes interrogées, notamment l'épouse de JPK qui, lors d'une garde à vue, est revenue sur ses précédentes déclarations. Face à ce mutisme de la justice, le comité « suppose avec beaucoup de certitude » que ces personnes « auraient avoué des éléments mettant en évidence l'assassinat ».

A.d.P.

 

- N.d.l.r. : En fait, JPK n'a jamais été lié à cette affaire du Tahara'a qui est postérieure à sa disparition (elle date de 1998). Léon Céran Jérusalémy, jadis président de l'ARDEC (association de réflexion et défense des contribuables) avait le 7 mai 1999 déposé une plainte contre le président Flosse pour ingérence et prise illégale d'intérêt dans l'affaire de l'ancien hôtel Tahara'a. Par contre, dans l'affaire dite d'Opoa (déplacement d'une route à Raiatea qui permit d'assainir une propriété privée), en raison de la disparition de JPK, M. Céran Jérusalémy s'était porté partie civile afin de se substituer à ce dernier. Cette affaire a bénéficié d'un non-lieu malgré un rapport d'enquête de la gendarmerie plutôt explicite. M. Céran Jérusalémy nous assure qu'il n'a jamais été menacé durant l'époque où il s'opposait à M. Flosse, malgré toutes les plaintes déposées.

 

ahiti-Pacifique Magazine n° 194, juin 2007

 

Coucou, revoilà le compte secret

de Chirac au Japon

 

Après avoir passé le pouvoir à Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac prenait des vacances dans sa suite habituelle de La Gazelle d'Or, un petit hôtel (29 chambres) de grand luxe caché dans l'oasis de Taroudan au Maroc, lorsque l'affaire de son supposé compte secret au Japon ressurgissait à Paris, d'abord dans un article publié par le Canard Enchaîné, puis repris par les autres médias. Il semble donc que lorsque son immunité de président expirera le 17 juin, les juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, en charge du dossier des faux listings bancaires dans l'affaire Clearstream, ainsi que le juge de Nanterre Alain Philibeaux, en charge de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, devraient tous chercher à entendre M. Chirac. Celui-ci a jusqu'à présent nié l'existence d'un tel compte, mais les juges instruisant l'affaire Clearstream viennent de retrouver dans des dossiers des rapports montrant non seulement qu'il aurait existé, mais encore que des dépôts y auraient été faits en son nom pendant plusieurs années. Ce compte n'est pas le seul mystère impliquant des liens japonais à Chirac ; passionné de lutte sumo, Chirac a fait au cours des 37 dernières années 54 visites à Tokyo, la plupart officieuses et, selon des rumeurs persistantes, il aurait un fils japonais.

Or Jacques Chirac ne peut que se faire des reproches à lui-même que le sujet de son compte japonais rejaillisse. Voici la chronologie de l'affaire :

En 1996, lors du voyage officiel de Jacques Chirac au Japon, Shoichi Osada, un banquier japonais ami de Chirac désire investir 1 milliard de dollars en France. Une enquête de routine des services français tombent sur les avoirs du Président. Un message mentionnant l'existence d'un compte présidentiel est rédigé par l'honorable représentant de la DGSE à Tokyo, puis très vite enterré. En 2001, selon le Canard Enchaîné, l'Elysée apprend ces investigations et, « affolé, Chirac convoque le général Rondot et le charge de nettoyer la DGSE au karcher » Ce qui explique un article du quotidien Le Monde de juin 2002 qui dévoile que l'Elysée accusait les services d'espionnage et de contre-espionnage français d'avoir recherché, sous le gouvernement de Lionel Jospin, « des éléments au Liban et au Japon destinés à compromettre Jacques Chirac », raison pour laquelle le directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) Jean-Claude Cousseran et son homologue de la DST Jean-Jacques Pascal "doivent être remplacés au cours des semaines à venir" pour avoir commandité - ou au moins toléré - des investigations visant la personne de Jacques Chirac. » (Notons en passant qu'ici on limoge des agents secrets pour avoir découvert des secrets ! Trop efficaces !)

 

Agent secret méticuleux

 

Hélas pour M. Chirac, le général Rondot aussi est un professionnel efficace et connaît donc l'importance des archives dans son travail. Véritable stakhanoviste de la documentation, il copie tout, classe soigneusement et prend des notes à la sortie d'entrevues, mais analyse aussi les contenus des documents puis transcrit méticuleusement ses déductions et références sur des "fiches cartonnées". Ainsi, écrit le Canard, le 18 mai « les magistrats ont discrètement versé au dossier d'épaisses liasses de documents et 112 fiches cartonnées, rédigées de l'écriture fine et cabalistique du militaire » qui avaient été trouvés lors d'une saisie judiciaire dans l'appartement du général. « Les liasses ont des titres explicites. Une chemise est ainsi intitulée « Affaire japonaise », une autre « Affaire du PR1 » (pour président de la République n° 1), une troisième « Affaire du PR2 ». A l'intérieur se trouvent non seulement des messages de la DGSE, mais aussi des « relevés bancaires » japonais. Et des notes qui évoquent - à tort ou à raison - le nom de Gaston Flosse, pote de Chirac et ancien président de la Polynésie française, comme l'un des acteurs de cette filière nippone. ».

Le journal Libération donne plus de détails sur ce qui a été saisi chez le général : « Graphomane du renseignement, toujours une fiche bristol en poche, le général Rondot est aussi un parfait archiviste : ses fiches remplies au jour le jour, regroupées dans des boîtes, étaient retranscrites plus tard sur son « journal de bord » ; une fois par mois, il reclassait le tout, retranchant l'accessoire, ajoutant quelques commentaires. « Un fourre-tout incommensurable », résume un proche. Les juges viennent d'annexer le tout à leur dossier pénal. Tout le disque dur du général Rondot se retrouve désormais aux mains de la justice, au risque de se retrouver sur la place publique. On en est là des dossiers Rondot, curieux agrégats de notes de la DGSE, de coupures de presse et d'impressions personnelles qui relancent singulièrement l'affaire du compte japonais » qui aurait contenu 7 milliards de yens (i.e. Fcfp, soit 300 millions de FF).

Après les avoir lus, les policiers et les juges d'Huy et Pons déclarent les documents « explosifs », à quoi s'ajoute le commentaire d'un responsable de la Place Beauvau au Canard : « Avec ces documents, les juges ont la charpente du dossier. Reste à faire sortir les termites. » mais encore, un magistrat du pôle financier explique que « Les deux juges de Clearstream sont aujourd'hui persuadés de la réalité du compte japonais de Chirac »,

Notons que Gaston Flosse, à Paris fin mai, a par un communiqué de suite démenti «fermement les accusations selon lesquelles il aurait été l'un des acteurs d'une filière nippone de transferts financiers au bénéfice de l'ancien président de la République». 

 

Tout ceci vient conforter l'information que Tahiti-Pacifique avait publiée en 2002 sous le titre « Tahiti à l'origine d'un scandale d'Etat » et que personne n'avait alors contestée : « Des informations recueillies en 2000 et 2001 auprès du milieu judiciaire de Tahiti font apparaître que c'est l'enquête sur le patrimoine du président sénateur Gaston Flosse qui aurait été à l'origine de ces enquêtes au Japon. Une enquête qui avait été lancée à la demande du parquet de Paris en 1999 et qui mena les enquêteurs de la brigade financière à s'intéresser à un prêt de 350 millions Fcfp (3 M?) contracté le 6 mars 1995 par le Société hôtelière du Tahara'a* (président : Réginald Flosse) auprès de la banque Westpac de Papeete. Ce prêt était accordé car « destiné à financer la distribution des acomptes sur dividendes ». Or, comme nous l'a expliqué un magistrat alors en poste à Papeete, « les enquêteurs ont découvert qu'une grande partie de cet argent a ensuite été versé sur le compte d'un banquier japonais réputé être très proche de Jacques Chirac. Et cela deux mois avant les élections présidentielles ! Nous touchions donc des "hautes sphères" dangereuses. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvions, hélas, que classer l'affaire ! ». Plusieurs mois plus tard, une autre source confirma à Tahiti-Pacifique cette même information.

 

Cachons ce "Frère"

 

Ces supposées transactions pourraient aussi expliquer la discrétion que maintenait le président Chirac sur ses étroites relations avec Gaston Flosse, à l'opposé de M. Flosse qui (à Tahiti) vantait son amitié avec son « frère Jacques Chirac ». Pour preuve l'incident qui eut lieu lors de la visite officielle du Président Chirac au Japon en novembre 1996. M. Flosse s'y précipita accompagné d'hommes d'affaires de Tahiti et réussit à obtenir, le 16 novembre, une courte apparition de Chirac lors d'une "soirée polynésienne" organisée dans un grand hôtel de Tokyo [notre photo de couverture]. Or le service de sécurité de l'Elysée filtra sévèrement l'accès des journalistes à la salle, autorisant seuls les médias de Tahiti à y pénétrer, et ceci uniquement en échange d'une promesse sur l'honneur « qu'aucune des images et photos ne seront mises sur un réseau d'agence de presse », les agents de l'Elysée précisant que « ces photos ne doivent paraître qu'à Tahiti ! ».

Tout comme reste en mémoire cet aller-retour ultra rapide du président Flosse à Paris le 20 avril 1997. Il ne passa que 24 heures dans la capitale pour vite rentrer à Tahiti "tout chose" et très discret alors que lors de son départ, c'était avec fierté qu'il avait déclaré aux médias qu'à « la demande du Président de la République » il allait à Paris « accueillir le Premier ministre des Fidji, M. Rabuka, et l'accompagner dans toutes ses visites officielles [5 jours] et dans toutes les réunions » (TPM 112, août 2000).

 

Réseaux déjà exposés

Après publication de l'article de Libération sur son site Internet, le courrier suivant fut posté :

« Il y a 21 ans [en 1986] j'étais à la tête des Nouvelles de Tahiti et j'avais choisi pour m'épauler un rédacteur en chef /enquêteur talentueux - Jean-Pascal Couraud - mystérieusement "suicidé", il y a plus de dix ans maintenant, après que Flosse eût obtenu de mes employeurs, après quelques intimidations de personnages très haut placés, mon renvoi manu militari en métropole. En 24 heures. Mon quotidien, qui mettait en cause Flosse régulièrement pour ses pratiques peu orthodoxes, fut alors rapidement vendu au groupe Hersant... Nous avions parfaitement identifié, Jean-Pascal et moi, les réseaux qui irriguaient les caisses d'un parti dont le chef nourrissait des ambitions présidentielles. Au mépris des lois et de la justice. Même les juges locaux, à l'époque, nous condamnaient quasiment toutes les semaines pour diffamation. Nous étions en pleine cohabitation et mon chef de service à Paris - j'étais également correspondant du Monde à Papeete - m'assurait que le "Château" désapprouvait mes initiatives pour lutter contre la corruption endémique qui pourrissait le territoire. Il est trop tard, aujourd'hui, pour empêcher les corrupteurs d'agir. Pour se lamenter sur la vaisselle brisée, sur la confiance perdue. la Polynésie s'est accoutumée au cynisme ambiant et comme me l'avait dit un ministre de Flosse à l'époque : "Nous, Polynésiens, nous ne nous aimons plus... Tu avais raison de nous mettre en garde dans tes éditoriaux. " Ce qui faisait sourire la presse de métropole, dans les années 80, a ruiné la foi des Tahitiens dans leur système politique et a entraîné, directement ou indirectement, la mort du plus valeureux journaliste local : Jean-Pascal Couraud, un ami cher. L'histoire de Flosse est édifiante, universelle. Les Flosse ont de beaux jours devant eux, ici ou ailleurs, si l'on traite avec condescendance le travail des enquêteurs locaux, des soutiers du journalisme. ». C'est signé « Le Nono »

L'auteur de ce courrier est Lucien Maillard, ancien rédacteur en chef des Nouvelles, qui indique ici que l'existence de réseaux occultes qui remontaient à la Mairie de Paris et peut-être à d'autres niches financières auraient à l'époque déjà été identifiés. M. Maillard conforte aussi la thèse émise par le Comité JPK qu'il existerait un lien entre le financement occulte et la disparition du journaliste.

A la fin des années 90, un haut fonctionnaire sur le point de rentrer en métropole nous avait donné son avis sur le sujet : « Après la "révolte des juges" en métropole [contre les interférences politiques dans la justice] au début des années 1990 et la mise en examen d'une foule d'élus, il semble que le RPR ait décidé de mettre "le turbo" dans ses réseaux de financement occultes dans les territoires du Pacifique. Personne à Paris ne s'intéresse à ce qui s'y passe, il n'y a pas de contrôle fiscal et il suffit de nommer quelques "fidèles", "obéissants" ou "timides" aux postes-clé du Territoire pour verrouiller le tout. Ce qui expliquerait que la Polynésie ait soudainement bénéficié d'un accroissement spectaculaire de financements de grands travaux, mais aussi que ces territoires aient été déclarés « domaine réservé du chef de l'Etat » lors de la cohabitation. »

Tout récemment, ce « vaste » réseau de financement occulte nous a encore été confirmé par un magistrat "qui sait".

 

Le futur proche devrait éclairer d'avantage cette affaire, à moins que M. Chirac ne choisisse de rester dans son palace au Maroc. Si les suspicions des juges se confirmaient, un des supposés acteurs (Gaston ou Réginald Flosse) pourrait-il servir de « fusible » ? L'avenir le dira.

Alex W. du PREL

 

Sources : Le Canard enchaîné, 23 mai 2007, Libération 28 mai, The Independant, Londres, 29 mai, archives TPM, etc.

 * Réginald Flosse avait annoncé le 13 janvier 1998 la fermeture de l'établissement (en difficulté) « pour au moins 18 mois » licenciant ainsi 120 employés. Aujourd'hui l'hôtel est une triste ruine toujours fermée.

 

Le banquier sulfureux

 En 1999, le "Groupe des affaires protégées" de la DGSE avait rédigé un rapport « sur le caractère sulfureux » de M. Osada, puis en 2000 traitant de la faillite de la banque de M. Shoichi Osada, un personnage haut en couleur dont les folies ont fait les délices de la presse à scandale japonaise. M. Osada sera arrêté en mai 2000 pour la faillite frauduleuse de sa banque, la Tokyo Sowa. Les falsifications se sont chiffrées à 18,9 milliards Fcfp (180M?), la banque laissant une "ardoise" d'un milliard d'euros. M. Osada régnait en despote et utilisait sa banque comme son jouet personnel qui réglait ses frasques et ses tableaux de maîtres - il possédait une centaine de toiles impressionnistes - sur notes de frais. Il recevait royalement, transportant ses hôtes en hélicoptère, vers le luxueux hôtel qu'il possédait sur l'île d'Awashima, ou des croisières sur son yacht où il invitait des hauts fonctionnaires et des hommes politiques. Considéré pendant près de deux décennies comme un « grand ami de la France » par l'ambassade à Tokyo, M. Osada accueillait aussi avec largesse les diplomates qui s'y sont succédé. Consul honoraire de France (mais aussi du Costa Rica) à Kofu, nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1994, il se vantait de relations « vieilles d'un demi-siècle » avec Jacques Chirac dont il parlait comme d'un proche. En octobre 1999, l'hebdomadaire japonais Shukan Gendai consacra un article à Osada dont le titre s'étalait en première page : « La banque scandaleuse qui offrit la compagnie d'une starlette au président français », faisant référence à la présence d'une jeune actrice pour accueillir, en 1994, M. Chirac - alors maire de Paris - dans l'hôtel d'Awashima et soulignant les relations amicales entre Chirac et le sulfureux banquier. (TPM 135, juillet 2002).

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 195, juillet 2007

Courrier des lecteurs 

De la justice

Monsieur,

J'ai évidemment lu avec grand intérêt la réponse de M. François Deby, procureur général de Papeete, tendant à dénier tout dysfonctionnement dans la justice de Papeete, tel que l'édito de mai 2007 le traduisait. M. Deby ne nous apprend rien puisqu'il est "tenu par un devoir de réserve, ces affaires étant devant une juridiction de jugement". Il évoque l'affaire du jeune homme (dossier Vetea Guilloux) et du capitaine de gendarmerie (dossier Buchin), mais pas un mot sur la troisième affaire soulevée dans l'édito qui a vu la juriste (Annie Rousseau) condamnée à cinq mois de prison avec sursis et un million Fcfp d'amende (8400 euros) pour "chantage". Et quel chantage ! En octobre 2004, la présidence de M. Temaru m'avait embauchée et chargée de tenter de connaître le fonctionnement de la cellule espionnage auprès des GIPettes. Leur emploi étant menacé puisqu'il n'entrait pas dans les mœurs du Taui de conserver une telle cellule, j'avais émis l'idée que peut-être (cela ne relevait pas de mon pouvoir de décision), un autre poste pouvait leur être proposé. C'est en cela qu'aurait consisté le "chantage". Averties d'une motion de censure éminente, les GIPettes avaient renoncé à s'épancher. Faute de pouvoir me poursuivre pour insulte, (plainte originale, non établie), le procureur de la République s'est penché très fort sur la question. Un cercle d'amis intimes (géographiques, familiaux, redevables ?) aurait fait le reste. Je m'interroge sur l'opportunité d'un magistrat, évidemment irresponsable de par la loi, à user de ses fonctions et du code pénal pour sanctionner des personnes à raison de leurs opinions politiques et surtout de leur souci de transparence. Certes, aux yeux du Tahoera'a et de leurs sujets, je suis coupable d'avoir (sans le chercher) été le moteur de l'affaire Vetea Guilloux, de la révélation des écoutes et atteintes à la vie privée diverses et des dommages collatéraux tels que l'affaire JPK. Mais en comparaison des exactions opérées par les James Bond de la cellule GIP, des 200 emplois fictifs, des conflits d'intérêts, des détournements de fonds publics et autres crimes et délits restés impunis, la condamnation semble surréaliste. D'autant que j'attends toujours d'être convoquée par le juge pour les filatures, pose de micros dans ma maison, ma plainte chez le procureur datant de plus de deux ans, renouvelée chez le juge d'instruction il y a plus d'un an. Quid ? Mais pour désolante qu'elle soit, cette histoire reste une parmi tant d'autres. Ce qui me désespère davantage est l'indifférence des médias, 4° donc immense pouvoir, à l'égard de cette justice que je trouve scandaleuse depuis des années. Certes, les quelques lignes d'un article ponctuel dénotent à chaque fois un certain étonnement face à la décision judiciaire, mais ça passe, comme un fait divers, comme un mal auquel on doit s'habituer. Aucune télé ni radio locale n'a organisé un débat sur la justice incohérente en matière pénale (je l'avais pourtant soumis à Eric Monot en 2006), aucun article de fond dans les quotidiens n'a cru bon d'exploiter ce filon pourtant journalistiquement payant. Censure, auto-censure ou indifférence profonde ? Une société qui finit par trouver normal, par s'habituer à des dysfonctionnements aussi vitaux que la justice est une société bien malade.

Annie Rousseau

Tahiti

 

"Insigne esculence"

Cher Monsieur,

La vie politique et sociale tahitienne est une interminable saga dont vous me livrez mensuellement un épisode. Mais le dernier épisode, bâti sur les affinités entre les frères que vous savez m'est apparu d'une insigne esculence ! D'où mon désir d'entrer en contact avec M. Lucien Maillard, afin de savoir dans quelles conditions nous pourrions évoquer nos souvenirs et expérience...

Les pratiques de Jacques Chirac, comme celles de quelques uns de ses devanciers pourraient donner lieu à la composition d'un mémoire qui, revêtant une diderotienne, encyclopédique et amphigourique acception, s'intitulerait... De la criminelle et perdurable tradition des Républiques françaises à harceler, tourmenter, diffamer, et enfin chasser ou emprisonner ceux de leurs citoyens qui, expatriés en des territoires « coloniaux » transformés en Satrapies, sont désireux d'y faire respecter les Droits de l'homme et du citoyen... »

Je serais fort condamnable si à mon âge [90 ans] je croyais encore à quelque vertu de ceux dont, dans son Histoire de la France, l'historien Ernest Lavisse - bien connu des classes scolaires élémentaires - a écrit que .... « projetés par accident à la fonction qu'ils occupent, ceux-là tâcheront le reste de leur temps à éviter l'accident final... ». Mais je ne suis pas l'inventeur de l'apophtegme accréditant l'idée selon laquelle l'avantage d'une démocratie sur les autres formes de régime politique tient en ce que... « en République l'électeur choisit ses prédateurs et qu'après avoir chassé un roi le peuple se dote de mille princes... »

Je terminerai en vous remerciant aussi sincèrement qu'instamment de m'offrir le service de votre mordicante revue que je lis d'un trait dès son arrivée ! Mon épouse et moi ayons projeté de nous rendre auprès de vous ; j'ai tellement redouté une commotionnante surprise à la découverte d'un archipel qui a plus changé depuis que j'en suis parti [en 1950] que ce que lui avait imposé notre présence depuis 1842, que j'y ai renoncé. Croyez à mes civilités et à ma considération les plus cordiales. Comme à mes confraternels vœux de durée et de prospérité pour TPM.

Raymond Yxemerry, France

 

N.D.L.R. : M. Raymond Yxemerry, auteur français qui a écrit plus de 100 livres sous différents noms de plume est aujourd'hui âgé de 90 ans et connaît le contexte "spécifique" judiciaire de Tahiti pour en avoir été une des victimes en… 1950. En effet, fondateur de l'hebdomadaire "Le Courrier des E.F.O" (Etablissement français de l'Océanie) en 1949, suite à de fausses accusations d'être un "collaborateur", il fut expulsé par le procureur de l'époque sur ordre du gouverneur Petitbon. Son crime : il avait eu l'outrecuidance d'avoir été l'amant de l'épouse du précédent gouverneur. Il a attendu 50 ans et le décès de la dame avant de raconter son histoire dans un livre, "La Tavana" (Ed. Au Vent des îles, 2000). Sa plus célèbre citation : « Sans l'homme, la Terre serait habitable ».

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 198, octobre 2007

 L'aventure judiciaire continue…

Le procureur Bianconi et ses acolytes utilisent les subtiles ficelles de la justice contre Tahiti-Pacifique

 

 Nous nous en doutions et c'est arrivé. Notre étonnante condamnation - que nous considérons scandaleuse -lors du procès que nous avait intenté Mme Bourne, ainsi que deux autres procès de la même veine (Nelson Levy1 et Yves Haupert2) confortent notre opinion que ceux-ci n'étaient qu'une première étape, une "mise en bouche" d'une offensive de grande envergure montée par le procureur Jean Bianconi pour faire taire Tahiti-Pacifique.

Ainsi, le 1er septembre nous recevons un long fax d'une dame juge d'instruction au tribunal de grande instance (TGI) de Paris nous commandant de nous présenter à ses bureaux le 10 octobre à 9 heures (elle indique même la station de métro !), afin qu'elle puisse nous mettre en examen pour notre article "Oui, JPK a bien été assassiné" (TPM 189, p.22-25). Les plaignants dans cette lointaine procédure ne sont nuls autres que le gratin du parquet de Papeete, nommément le procureur de la République Jean Bianconi, le vice-procureur Christophe Perruaux ainsi que Philippe Stelmach, vice-président chargé de l'instruction au tribunal de première instance.

 

A Paris ? Pourtant tous ces hauts magistrats habitent et travaillent bien sous les cocotiers de Tahiti (raison pour laquelle ils ont d'ailleurs les honneurs dans nos pages) tout comme Tahiti-Pacifique a sa rédaction sur l'île de Moorea, à 20 kilomètres de Papeete.

Pourquoi alors Paris ? Pourquoi déplacer des actions judiciaires à 20 000 kilomètres ? N'est-ce pas ce que l'on peut nommer un « traquenard » judiciaire ?

Ainsi, rien que pour le « première convocation pour une mise en examen » au TGI de Paris, on me condamne, "pour commencer", à un voyage Moorea &endash; Tahiti &endash; Los Angeles &endash; Paris (et retour), un périple qui ne peut se faire en moins de 4 jours car il représente 38 000 kilomètres avec au minimum 46 heures d'avion et un coût d'environ 4000 euros : avion, taxis, restaurants, hôtels à Tahiti et à Paris où je ne connais personne ; achats de vêtements chauds, etc. ; je ne possède même pas une cravate. Un calvaire car il faut en sus supporter deux décalages horaires de 12 heures. L'exigence d'un tel voyage &endash; soi-disant pour la Justice &endash; n'est-il pas irréel, excessif ? Ainsi donc, avant même notre mise en examen, nous serions déjà condamnés à débourser une petite fortune que Tahiti-Pacifique n'a pas car le mensuel est une minuscule publication [tirage : 6500] presque philanthropique qui œuvre dans un micro marché (et une économie en crise) ; nos accusateurs le savent très bien.

Un ami avocat qui connaît bien l'univers parisien des robes noires du TGI de Paris nous explique le schmilblick : « Pour porter plainte à Paris, c'était simple, Bianconi n'avait même pas à demander la délocalisation. Il lui suffisait de démontrer que Tahiti-Pacifique est distribué à Paris. Il achète un magazine à Paris [la librairie L'Harmattan en vend 25 par mois], se fait délivrer une facture d'achat et le tour est joué : le délit est commis sur Paris et le tribunal de grande instance de Paris est compétent. La contestation de ce choix "potestatif" [qui dépend de la volonté d'une des parties] de la juridiction a été soulevé auparavant. C'est un vieux procédé qui a déjà été utilisé dans le passé par des petits vicieux qui faisaient un procès à St Denis de La Réunion ou à St Pierre et Miquelon, contraignant ainsi l'auteur et l'éditeur d'un livre paru à Paris à aller se défendre dans ces juridictions lointaines. Dans ces procédures, le souci de porter atteinte aux droits de la défense est évident, car le libre choix de la juridiction d'instruction et de jugement est contraire aux principes généraux du droit (on ne choisi pas son juge). Malgré cela, la cour de cassation a étrangement jusqu'à présent accepté la compétence de tous lieux où le délit a été commis. Vous aurez à vous défendre contre un Bianconi et ses acolytes assistés des lumières des parquetiers de la 4ème section du parquet de Paris spécialisé en la matière, avec une juge d'instruction qui doit avoir régulièrement ce type d'affaire à instruire, pour se terminer devant la 17ème chambre correctionnelle du TGI, spécialisée dans le droit de la presse. J'ai vu les problèmes soulevés par une telle affaire et vous ne pourrez pas vous en sortir sans un avocat expert du droit de la presse. Il est sûr que les trois magistrats vont invoquer la protection statutaire du magistrat dans l'exercice de ses fonctions. Or, c'est connu, espérer obtenir une relaxe devant la 17ème chambre du TGI de Paris doit s'attacher les services d'un professionnel de la matière. Attendez-vous à dérouiller financièrement. ».

Le traquenard est donc bien machiavélique. D'abord nos accusateurs semblent avoir utilisé des astuces de procédure connues seulement de fins légistes (trop long à exposer ici) pour nous faire ces procès. Ce qui fait qu'après la mise en examen, il faudra d'abord se défendre devant la chambre d'accusation du TGI, ce qu'on ne peut faire qu'avec des avocats compétents qui coûtent "la peau des fesses", le même par la suite pour les trois procès devant la 17ème chambre spécialisée où n'a de chance de se faire entendre que celui qui embauche les meilleurs avocats au meilleur prix. Ensuite ça sera la Cour d'appel, puis la cassation car je serai certainement condamné. En effet, s'ils me font des procès là-bas, c'est que nos accusateurs doivent certainement y avoir des amis et copains de leurs réseaux d'école, ou d'autres chapelles, prêts à nous pourfendre. En plus, les plaignants bénéficient, eux, de beaux salaires indexés et de l'assistance judiciaire, cette « protection statutaire du magistrat dans l'exercice de ses fonctions »3, ce qui leur permettra de puiser parmi les lumières des parquetiers de la 4ème section du parquet de Paris spécialisée en la matière, ainsi que des ténors du barreau de la 17ème chambre "spécialisée" du TGI de Paris où la justice est plutôt une affaire d'interminables débats entre de coûteux avocats experts sur les subtilités de la procédure et des jurisprudences, cela aux frais du pauvre justiciable, bien sûr.

Ainsi donc, si ces procédures judiciaires vont à leur terme, condamné ou acquitté, ce sera la disparition assurée de notre publication, laquelle existe depuis 17 ans et jouit d'une excellente réputation, tant sur le plan local, national comme dans la zone Pacifique.

 

L'acharnement manifeste du procureur Bianconi à l'encontre de certaines personnes est devenu de notoriété publique à Tahiti. Plusieurs cas en témoignent : Vetea Guilloux, celui qui a accusé le GIP d'avoir assassiné le journaliste Jean-Pascal Couraud (JPK) et pour cela a été condamné à la prison ferme, l'ex doyen des juges d'instruction de Papeete Jean-Baptiste Taliercio qui a démissionné par dégoût après son blâme (selon son avocat, les dossiers montés contre lui atteignaient 5 mètres de haut), tout comme l'ex chef de la brigade de recherche de la Gendarmerie, le capitaine Gilles Goubin lequel a vu sa carrière brisée et dut vendre son appartement, économie d'une vie d'honnête travail, afin de payer ses frais de justice.

 

Maintenant c'est à notre tour de subir les foudres de Bianconi. Il nous semble évident que nous allons y laisser des plumes, surtout que nos adversaires ont tous les moyens de la justice républicaine pour mieux nous broyer. Depuis une assez houleuse entrevue avec le procureur Bianconi fin 2004 (après le premier procès de Vetea Guilloux), nous avons recueilli deux témoignages, d'un magistrat comme d'un cadre du palais de justice, qui nous ont révélé que celui-ci aurait fait des déclarations du genre « je vais avoir la tête de du Prel ».

 

Nous pensons aussi que ce traquenard a été planifié depuis longtemps : en effet, début avril 2005 eut lieu une réunion du « premier cercle » de Gaston Flosse au cours de laquelle furent analysées les raisons du second et cuisant échec électoral du sénateur. Plusieurs confidences ainsi que des articles dans L'Hebdo confirmèrent que Tahiti-Pacifique est considéré par ces personnes être l'un des « responsables » de la chute du grand Gaston (merci pour le compliment). Donc, afin d'assurer un glorieux retour au pouvoir du "frère de Chirac", il faut faire taire ce petit organe de presse trop indépendant.

Apparemment assistait à cette réunion Mme Christine Bourne, l'ex journaliste de La Dépêche qui explique les 80 millions Fcfp (668 000 euros !) d'argent public que lui a donné l'ex président Flosse ainsi : « mon rôle était beaucoup plus confidentiel basé sur l'actualité immédiate (…) des entretiens confidentiels sur la stratégie à mener et les tactiques à utiliser étaient prévues chaque fin de semaine outre les entretiens quasi quotidiens au téléphone »4. Ce qui expliquerait la raison pour laquelle cette dame écrivait en avril 2005, dans la rubrique « Confidences » de son blog Internet, cette phrase : « Notre confrère du Prel a de grandes chances d'avoir à se disculper devant la Justice (…). De Paris à Papeete, les procès vont tomber… »5

La question est donc celle-ci : mais comment donc la conseillère confidentielle de M. Flosse pouvait-elle savoir à l'avance que nous aurions trois procès à Tahiti (d'elle et de deux autres obligés de Gaston Flosse), et surtout qu'ensuite trois magistrats du parquet allaient nous assigner devant les tribunaux de Paris ? Le procureur aurait-il pu participer à cette mémorable réunion du « premier cercle » de Gaston Flosse ??? Nous n'oserions le croire !

 

Bien sûr, il est évident que nous n'allons pas « passer à la moulinette » sans nous défendre, même si c'est avec nos petits moyens "provinciaux", voire "coloniaux". Nous avons donc écrit une longue lettre à Madame Rachida Dati, le ministre de la Justice et garde des Sceaux, pour lui expliquer notre problème, en précisant même que « si je témoigne à la barre du TGI de Paris comment œuvre la justice dans la lointaine île de Tahiti, pour sûr on va me prendre pour un fou tant cela paraîtra incroyable. »

Nous avons aussi contacté nos confrères de la presse parisienne, et savez vous ce que certains ont répondu ? : « Ecoute, c'est super. Le sujet de l'article sur lequel ils t'attaquent, c'est l'affaire JPK, le GIP, le réseau de protection de Flosse, etc. Enfin un procès à Paris sur ces affaires ! Alors, vas-y à fond, raconte tout ce que tu sais, nous serons tous là, aiguisons déjà nos crayons ! ». Peut-être, mais même si en fin de compte je gagnais, je serais ruiné, exsangue. Là est certainement le but de cette "manip" parisienne qui ressemble fort à une vendetta.

Une affaire, bien sûr, à suivre !

Alex W. du PREL

 

1- Peu après Mme Bourne, M. Nelson Lévy, ancien trésorier du Tahoera'a (parti de M. Flosse) me traîne en justice pour une soi-disante diffamation dans le courrier d'un lecteur en me réclamant un million Fcfp de dommages-intérêts. Le connaissant de longue date, je l'appelle pour lui demander de quoi il ressort. Il me répond « Ecoute, vois avec Quinquis (l'avocat du Tahoera'a), c'est lui qui fait ça. » Peu de temps après, hélas, il décède. Quelque jours avant le procès, j'appelle et laisse des messages pour Me Quinquis qui ne répond jamais. La veille du procès, le 26 juin, j'appelle le greffe du tribunal correctionnel qui me répond « Non, je n'ai rien du tout sur le rôle, y'a pas de procès, mais appelez le greffe du parquet pour être sûr ». J'appelle ce greffe et à l'énoncé de mon nom, une dame me répond « Si, si, si, il faut venir, si, cela a été consigné, le procès aura lieu ». Panique, vite préparer ma défense jusque tard dans la nuit, prendre le bateau de 5 heures pour être au tribunal à 8 heures où je découvre que mon affaire a été rajoutée en bas du rôle. Ensuite, la présidente du tribunal s'entendra dire par le conseil de Nelson Levy qu'il n'y a pas de délégation des héritiers, et on m'annonce qu'on m'avisera de la nouvelle date d'un procès. Je dois attendre jusqu'à fin août pour recevoir une lettre du tribunal correctionnel qui m'annonce que comme M. Levy n'avait jamais consigné, l'affaire est classée. On m'avait donc fait venir au tribunal alors qu'on savait très bien qu'il ne pouvait y avoir de procès. Voilà qui ressemble fort à une instrumentalisation de la justice.

2- Pour la plainte de Yves Haupert (ancien chef de la propagande du président Flosse, même avocat, même million réclamé, mêmes raisons fallacieuses), je me retrouve à la barre le 31 juillet (après que M. Flosse ait "pacsisé" avec M. Temaru) et, Ô surprise, je peux parler, je peux me défendre, on me laisse plaider librement. Le 26 septembre, le tribunal déboute M. Haupert et prononce ma relaxe.

 

3 - Assistance dont avait bénéficié le haut-commissaire Mathieu suite à la plainte de Yves Conroy qui lui reprochait de refuser de démettre de ses fonctions le vice - président de l'assemblée Henri Flohr, pourtant définitivement condamné à l'inéligibilité. Grâce à un ténor venu du barreau de Paris, l'affaire eut droit à un enterrement "élyséen".

4 - Extraits du rapport de la Chambre territoriale des Comptes.

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 199, octobre 2007

 Affaire JPK : le juge d'instruction veut clore le dossier

 La chambre de l'instruction du tribunal de Papeete a tenu une audience le 23 octobre en vue de clore l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal Couraud (JPK). Le comité JPK a interjecté appel, en espérant faire un lien entre la disparition et le compte japonais attribué à Jacques Chirac.

Ainsi, écrit le Comité JPK, «  une demande de transmission des pièces saisies chez le général RONDOT dans le cadre de l'affaire Clearstream, se rapportant aux éléments recueillis par la DGSE en 1997 à propos du compte japonais de Jacques Chirac, élément qui aurait pu constituer le mobile d'un interrogatoire de Jean-Pascal Couraud par des membres de la flottille administrative, a été refusée par le juge d'instruction Philippe Stelmach. Un recours en appel de ce refus a été présenté devant la Chambre de l'instruction le 23 octobre. Outre la présentation des nombreux éléments du dossier qui justifient une telle demande, la partie civile a également sollicité que la Chambre de l'instruction se saisisse du dossier d'enquête afin qu'elle conduise elle-même l'instruction de la plainte pour assassinat et complicité déposée en décembre 2004. Rappelons que le juge d'instruction avait lui-même demandé à être déchargé de ce dossier en novembre 2006. En effet, la proposition du juge Stelmach de clore l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal Couraud ne peut être accepté par la famille, dans la mesure où aucune suite ne semble vouloir être donnée aux divers éléments du dossier qui confortent l'hypothèse d'un assassinat. Les principaux éléments sur lesquels se fondent les demandes de la partie civile sont les suivants :

« 1- La mise en évidence lors des gardes à vue réalisées en début d'année 2007 des nombreuses contradictions et mensonges avérés de certains proches de Jean-Pascal Couraud sur le déroulement précis de la dernière soirée qu'il a passée à son domicile ; ces contradictions et ces mensonges nécessitent de nouvelles investigations susceptibles de fournir des éléments utiles à la manifestation de la vérité.

« 2- L'existence de dix témoins différents, qui viennent tous confirmer partiellement ou totalement les déclarations de Vetea Guilloux, dont un témoignage précis provenant d'un gendarme ; ces témoignages font voler en éclat la thèse d'une manipulation et montrent que plusieurs salariés de l'ex-GIP, dont l'identité est connu, ont effectivement déclaré à plusieurs reprises avoir assassiné Jean-Pascal Couraud avec les même détails déjà mentionnés par Vetea Guilloux ; les pistes suggérées par ces témoignages devraient là encore donner lieu à des investigations complémentaires qui pourraient s'avérer utiles.

Les déclarations de l'avocat de Jean-Pascal Couraud qui mentionne un mobile possible pour un assassinat, se rapportant aux informations que celui-ci détenait sur les traces de transferts financiers vers un compte bancaire japonais appartenant à Jacques Chirac ; ces déclarations doivent être examinées en relation avec la certitude désormais établie que Jean-Pascal Couraud était suivi et surveillé au moment de sa disparition, par au moins deux personnes membres de la cellule d'espionnage de la flottille administrative, dirigée par des agents issus de la DGSE placés à la tête du SED (service d'études et de documentation) travaillant pour la Présidence du gouvernement de la Polynésie française ; nous notons par ailleurs que les enquêteurs ont retrouvé lors d'une perquisition des locaux du Tahoera'a huiraatira'a, parti politique de Gaston Flosse allié à l'UMP, un rapport rédigé à la demande de Gaston Flosse lui-même, en février 1998, trois mois après la disparition de Jean-Pascal Couraud, qui concernait l'état des recherches effectuées à l'époque pour expliquer cette disparition. »

 

La Chambre de l'instruction statuera le 20 novembre s'il y aura clôture ou pas du dossier. Notons aussi que le nouveau procès en appel de Vetea Guilloux n'a toujours pas eu lieu. Pourquoi ?

A.d.P.

 

OBSTACLES JURIDIQUES A L'USAGE DES POLITIQUEMENT INCORRECTS

 

Note de la rédaction : alors qu'à Tahiti les procès contre ceux qui déplaisent à la mouvance flossiste sont bien rôdés, tel n'est pas le cas lorsqu'une plainte est déposée contre les tristes propagandistes du parti Tahoera'a huiraatira. Comme nous l'explique Mme Annie Rousseau :

 

La loi du 29 juillet 1881 appelée « loi de la presse » régit les règles de la procédure en diffamation en réduisant à trois mois la prescription de la plainte. C'est le seul grand avantage de la procédure telle qu'elle est prévue dans la loi par ailleurs si pinailleuse que beaucoup renoncent à poursuivre les propos diffamatoires dont ils sont l'objet.

Des inconscients dont je suis tentent quand même l'aventure d'autant plus volontiers que les attaques de l'Hebdo (version primitive) et de Radio Maohi commençaient sérieusement à m'agacer. Les trois ou quatre ex-employés de la présidence flossiste, surrémunérés et gâtés pendant des années, vivaient manifestement très mal leur statut social post Taui. La vengeance étant à leur portée, ils usaient de leur mauvaise foi naturelle pour incendier tout ce qu'ils estimaient politiquement incorrect.

Je dépose donc plainte. La première audience consécutive à la citation directe est amorcée en juillet 2005. Elle sert à  déterminer le montant de la consignation. L'usage voulait qu'elle soit fixée à 100.000 Fcfp, mais ce jour-là, la somme que je devais débourser pour maintenir ma plainte s'envole à l'étonnement général à… 400.000 Fcfp. Je fais donc appel de la décision. La cour d'appel qui fixe son audience dans les trois mois comme prévu, réduit la somme de moitié. Nous sommes fin 2005 et le vrai procès en diffamation peut enfin commencer. Sauf qu'un obstacle imprévu ralentit la procédure : le greffe du tribunal correctionnel n'avait pas versé au dossier les extraits de casier judiciaire d'Yves Haupert, de Jérôme Jannot et de Terii Pasquier, auteurs de la diffamation poursuivie. Le greffier estimait que c'était à moi de lui fournir les dates et lieu de naissance de ces messieurs. Un prétexte fallacieux, évidemment dilatoire qui aboutira à renvoyer l'affaire trois fois de suite. A la troisième fois, le président d'audience est en remplacement. Il s'étonne auprès du vice-procureur que son greffe fonctionne si mal en me chargeant d'un travail qui relève de sa compétence. L'affaire est de nouveau renvoyée à trois mois.

J'avais donc perdu un an et demi, mais j'ai de l'énergie et de la pugnacité à revendre et je m'accroche à mon droit. Le casier judiciaire de ces messieurs est enfin mis au dossier et le procès peut avoir lieu… pour aboutir à un jugement surréaliste : la prescription de trois mois aurait été "consommée" fin 2005 après l'arrêt de la cour d'appel. Ma plainte est donc rejetée pour une question de forme.

Je fais évidemment appel de cette décision, mon avocat fournissant force jurisprudences pour prouver que la prescription de trois mois ayant toujours été respectée, en présence du parquet, les motifs du jugement étaient erronés. La cour d'appel reconnaît qu'en effet le jugement doit être infirmé mais constate par contre que l'avocat des parties (Jannot, Haupert, Pasquier) n'a jamais été mandaté. Me Quinquis s'étonne de la remarque du  président : il est l'avocat du Tahoeraa et à ce titre s'estime « implicitement nommé». (sic).

Je suis reconnaissante au Premier président Aimot d'avoir jugé que la cour d'appel devait continuer de traiter cette affaire. Il avait tout à fait le droit de renvoyer le dossier devant le tribunal correctionnel pour y être examiné au fond. Sans doute a-t-il estimé que les obstacles mis sur ma route avaient été suffisants et que je méritais une pause. La prochaine audience est fixée au 8 novembre. Il y a des chances pour que l'absence de mandat de Me Quinquis fournisse les éléments suffisants pour rejeter ma plainte et clore le dossier. J'aurai lutté durant deux ans et demi pour tenter de faire appliquer mon droit dans une procédure généralement rapide. Et encore, parce que mon avocat Me des Arcis est un spécialiste de la loi sur la presse et ne s'en laisse pas conter.

Cette expérience, parmi tant d'autres depuis quelques courtes années, n'est que l'expression d'abus de pouvoir de magistrats déviants qui ne font que salir l'image de toute une profession, qui par ailleurs, mérite qu'on la respecte. 

Annie Rousseau

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 200, décembre 2007

L'affaire JPK prend une nouvelle dimension !

 Le 21 novembre, la Chambre de l'instruction de Papeete a rendu son jugement donnant satisfaction aux demandes de la famille de Jean-Pascal Couraud.?

Elle a d'abord refusé la requête de non-lieu demandé par le procureur Bianconi et ordonné un supplément d'enquête, mais aussi que soit versées au dossier les pièces saisies chez le général Rondot se rapportant au compte japonais ; il s'agit de pouvoir s'assurer de la véracité des transferts financiers entre la Polynésie vers ce compte japonais et établir ainsi la réalité du danger que Jean-Pascal courait en possédant ce type d'informations en milieu d'année 1997.

La seconde décision concerne le dessaisissement du juge Stelmach et la désignation d'un autre juge, M. Redonnet, pour poursuivre l'instruction du dossier.?Le comité de soutien à JPK?avait dans le passé exprimé des doutes sur la manière d'instruire de ce magistrat.

 

La ministre répond

Le comité espère désormais pouvoir s'entretenir avec le nouveau juge d'instruction sur le fond du dossier, de ce qu'il contient et de ce qu'il laisse supposer à ce stade de l'enquête. Selon le comité, cette désignation ouvre à nouveau la possibilité de poursuivre l'enquête, « ce qui s'avérait tout à fait nécessaire compte tenu des nombreuses pistes mises en évidence par les premières auditions ».

 

Suite à un courrier que Françoise Dreuilhe, la mère de Jean-Pascal Couraud, avait envoyé à la garde des Sceaux Rachida Dati à la fin de septembre 2007, le chef de cabinet de la ministre dû répondu qu'un examen attentif du dossier est en cours par la direction des affaires criminelles et des grâces auprès de qui un entretien sera sollicité.

Lien avec le compte japonais ?

 On notera aussi dans cette affaire la nouvelle prise de position de Me Des Arcis, jadis l'avocat du journaliste disparu JPK, lequel nous déclare qu'après avoir pris connaissance de l'intégralité du dossier de l'instruction, il est désormais « persuadé » que JPK?aurait bien été assassiné.? Dans une interview accordée aux Nouvelles, l'avocat explique le lien avec les dossiers du général Rondot : « JPK disposait de certaines informations sur l'existence de transferts de fonds envoyés de la Polynésie française vers un compte de Jacques Chirac. Un compte bancaire qu'un homme politique local et Chirac possédaient dans une même banque. À l'époque, on ignorait que c'était au Japon mais aujourd'hui, on pourra recouper certaines informations que l'on avait sur ces transferts de fonds grâce aux notes du général Rondot.?» L'avocat estime que JPK « inquiétait sérieusement certaines personnes hautement placées en Polynésie. Il disposait de certaines informations, cela se savait, et des personnes ont certainement cherché à savoir ce qu'il savait. »

 A.d.P

 

 

Valse de procureurs généraux

Le conseil des ministres du 18 novembre a nommé M. Serge Samuel, procureur de la République près le tribunal de grande instance de Grenoble, comme nouveau procureur général près la Cour d'appel de Papeete. Une nomination qui fut certainement une surprise pour le procureur François Deby, nommé avocat général à la Cour de cassation de Paris, où il se retrouvera aux côtés de M. Michel Marotte qui a été jadis procureur de la République à Papeete, puis en Martinique.? En effet, M. Deby aurait voici peu fait l'acquisition d'une belle villa pour rendre son séjour à Tahiti plus confortable.

AdP

 

Tahiti-Pacifique mis en examen

 Comme annoncé dans le numéro précédent, votre rédacteur en chef a été mis en examen le 5 novembre par visio-conférence par la juge d'instruction du tribunal de grande instance de Paris. Ceci résulte des plaintes déposées par les procureurs Bianconi et Perruaux, ainsi que le juge d'instruction Stelmach car dans notre article "Oui, JPK?a bien été assassiné" (TPM?189) nous avons écrit des vérités et posé des questions qui fâchent, qui auraient « porté atteinte à l'honneur et à la considération » de ces Hauts personnages « à raison de leurs fonctions et qualité ». Pas moins.?Aussi, M. Stelmach va-t-il attaquer en justice la Chambre de l'instruction de Papeete pour l'avoir dessaisi du dossier JPK???

On notera encore la déclaration du député René Dosière à l'Assemblée nationale : « La justice, en Polynésie &endash; en l'espèce le procureur de la République &endash; est beaucoup plus prompte à attaquer le directeur d'un journal indépendant, Tahiti-Pacifique Magazine, qui ne cesse de dénoncer ces malversations et qui, parce qu'il s'étonne du silence de la justice ou souligne qu'en Polynésie la justice est douce pour les puissants et dure pour les faibles, est poursuivi en diffamation. Ainsi, en Polynésie, le plus important pour la justice n'est pas de s'attaquer à la corruption, mais à ceux qui dénoncent la corruption.?»

A.d.P.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 201, janvier 2008

 

"Déparasitage" à venir dans le dossier JPK ?

 

L'assemblée générale du 11 décembre 2007 du « Comité de soutien pour la recherche de la vérité sur la disparition de Jean-Pascal Couraud » (dit « JPK ») a fait le bilan de la situation dans l'affaire. Profitons-en car les choses pourraient bouger suite au remplacement du procureur général...?

En effet, l'année 2007 a constitué un tournant décisif pour la (lente) progression de l'enquête.

Fin 2006, s'appuyant notamment sur diverses déclarations de personnes proches du GIP, le comité annonça sa conviction que les causes de la disparition de Jean-Pascal Couraud étaient bien criminelles tout en dénonçant également l'immobilisme de la justice dans le dossier.

A cette époque, un communiqué de presse du procureur de la République annonçait que le juge Stelmach avait demandé à être dessaisi du dossier en novembre 2006, ce qui avait justifié l'arrêt complet de toutes les auditions et autres investigations, alors que dans le même temps le Comité continuait à recueillir des déclarations précises sur les propos tenus par les ex-GIP quant à leur participation à l'assassinat de Jean-Pascal. En effet, comme cela était déjà arrivé à plusieurs reprises, de nouveaux témoins sont venus contacter le Comité quelques jours après que leurs affirmations aient été relayées dans la presse. A la mi-décembre 2006, Reporter sans frontière publiait un communiqué de soutien à la partie civile dans sa démarche pour la recherche de la vérité et demandait à la justice d'accepter de recevoir la partie civile et d'instruire le dossier en toute impartialité. Quelques jours après, Le Monde et Libération publiaient un article sur le sujet [et Tahiti-Pacifique début janvier] .

En janvier 2007, le procureur général exigeait du juge Stelmach qu'il reprenne l'enquête, refusant de prendre en considération la demande de dessaisissement qu'il avait présenté. Les personnes dont le comité avait demandé l'audition étaient enfin entendues par le juge. Des proches de JPK étaient mis en garde à vue fin janvier 2007.

En février 2007, Jean-Dominique Des Arcis, l'avocat de Jean-Pascal Couraud au moment de sa disparition, faisait part d'un mobile probable et il confirmait devant le juge trois mois après que JPK détenait des informations précises sur des transferts de fonds entre une grosse entreprise de Polynésie française et un compte détenu par Jacques Chirac. Début mai 2007, un premier courrier était envoyé par la partie civile et le comité de soutien au Garde des sceaux, Madame Rachida Dati, afin de la sensibiliser sur le dossier. Aucune réponse n'a été apportée à ce courrier.

Fin mai 2007, [trois ans plus tard ! ] les ex-GIP mis en cause par Vetea Guilloux étaient à leur tour mis en garde à vue pendant 48 heures. Aucune mise en examen n'était prononcée à l'issue de cette garde à vue.

En juin 2007, la presse métropolitaine mentionnait que des notes saisies chez le général Rondot dans le cadre de l'affaire Clearstream semblaient confirmer l'existence de transferts fonds de la Polynésie vers un compte bancaire ouvert au nom de Jacques Chirac au Japon et indiquaient que la DGSE suivait en 1996 et 1997 tous les éléments relatifs à ces mouvements financiers à partir de la Polynésie.

 

L'enquête ayant clairement montré que JPK était surveillé et suivi au moment de sa disparition par le SED (service d'études et de documentation rattaché à la Présidence), dirigé par des agents issus de la DGSE, le Comité demanda alors que les éléments saisis chez le général Rondot se rapportant à ce compte japonais, puisse leur être transmis. Simultanément, une lettre était envoyée aux juges D'Huy et Pons en charge de l'affaire Clearstream, afin de les informer de leur intérêt pour les pièces saisies chez le général Rondot et leur signaler l'implication possible d'agents issus de la DGSE dans les évènements ayant conduit à la disparition de JPK.

Au début du mois de juillet 2007, après avoir refusé toutes les demandes d'entretien présentées depuis novembre 2006, le juge Stelmach informait le Comité de sa volonté de clore l'enquête, sans jamais avoir discuté avec la partie civile sur le fond du dossier. Il refusait simultanément d'accéder à la demande concernant les notes du général Rondot. Le Comité a donc fait appel de ce refus devant la Chambre de l'instruction, et a « demandé simultanément que le juge Stelmach soit dessaisi de l'enquête dans la mesure où il était devenu évident que celui-ci n'avait jamais eu une vision objective du dossier, refusant de mener l'enquête dans toutes les directions possibles ».

Début septembre 2007, copie des pièces du dossier étaient enfin remises au Comité qui à partir de cette date a pu consulter le dossier d'enquête. Celui-ci contenait notamment des témoignages issus de gendarmes, dont il n'avait pas eu connaissance jusqu'alors, qui n'ont fait que renforcer leurs convictions quant à cet assassinat. Le Comité « note toutefois que deux pièces importantes saisies lors d'une perquisition faites à la permanence du parti Tahoera'a huiraatira (UMP local) et mises sous scellées n'ont pas encore pu être consultées par la partie civile, suite à un refus du juge Stelmach invoquant un vice de procédure ». Nouvel appel récent de ce refus auprès de la Chambre de l'instruction dont on attend la décision. Selon les rapports de gendarmerie, il s'agirait d'un rapport du SED rédigé en février 1998 sur la disparition de JPK et d'une lettre d'un agent du GIP mentionnant en février 2005 les propos tenus par ses collègues quant à l'implication du GIP dans un assassinat.

A la mi-septembre 2007, l'émission « Rendez-vous avec X » de France Inter consacrait deux émissions d'une heure sur l'affaire JPK, reprenant sans ambiguïté la thèse de l'assassinat retenue par la partie civile et le Comité de soutien. Ces émissions ont été diffusées sur France Inter et sur RFO Polynésie.

Vers la fin du mois de septembre 2007, un deuxième courrier était adressée à Rachida Dati, Garde des sceaux, par Françoise Dreuillie, la mère de Jean-Pascal, afin de lui demander son soutien et parvenir à ce que la justice effectue le travail qui devait être le sien. A leur grande satisfaction, une réponse à ce courrier leur parviendra au début du mois de novembre, leur indiquant notamment que le dossier allait faire l'objet d'un examen attentif par la direction des affaires criminelles et des grâces. Suite à cette réponse, ils solliciteront certainement un entretien à Paris avec les magistrats chargés de cet examen au sein de cette direction.

Toujours dans le courant du mois de septembre 2007, Madame Dreuillie, la mère de JPK, a pu s'entretenir du dossier avec Robert Badinter, suite à un courrier qu'elle lui avait envoyé. Celui-ci, qui a personnellement téléphoné à Mme Dreuillie dés la réception du courrier, a manifesté son soutien et a insisté particulièrement sur la nécessité de continuer à tenir la presse informée.

A la mi-octobre 2007, se tenait l'audition devant la chambre de l'instruction afin de soutenir les demandes qui lui avaient été présentées. Ce fut l'occasion de faire part directement aux magistrats de la perception de l'affaire vue du côté de la partie civile.

Début novembre 2007, sans attendre la décision de la Chambre de l'instruction, le parquet de Papeete déposait un long réquisitoire de non lieu. Dans ce réquisitoire, le procureur ne parvient pas à établir les causes de la disparition de JPK et laisse plusieurs hypothèses ouvertes sur ce point. Mais ce réquisitoire rejette l'implication de l'ex-GIP dans un assassinat telle que l'a raconté Vetea Guilloux et affirme que toutes les déclarations allant dans le même sens que celles de Vetea Guilloux, proviennent de cette même histoire qui aurait été inventée, puis largement diffusée par la presse. L'examen attentif de ces déclarations (provenant de dix sources différentes à ce jour) et des conditions dans lesquelles elles ont pu être faites, montre pourtant qu'une telle interprétation n'est pas possible.

Par ailleurs, il est important de savoir que ce type de déclarations se poursuivent encore aujourd'hui, et la partie civile reste bien sûr très attentive à ce que toutes ces personnes puissent faire de telles déclarations dans des conditions propices à la confidentialité et à la manifestations de la vérité, sachant qu'elles font généralement part simultanément de leurs craintes à s'exprimer sur ce sujet.

Dans ce contexte, le 23 novembre 2007, à la grande satisfaction du Comité, la Chambre de l'instruction donnait une suite favorable à ses deux demandes : acceptation que les pièces saisies chez le général Rondot soient versées au dossier, et nomination du juge Redonnet comme juge d'instruction à la place du juge Stelmach.

Le Comité annonce vouloir rester prudent et mesuré quant aux conséquences possibles des décisions de la Chambre de l'instruction en leur faveur. L'avantage de la nomination d'un nouveau juge, assortie d'une demande d'actes (la transmission des pièces saisies chez le général Rondot), rend juridiquement possible une reprise complète du dossier. Mais ceci dépend bien sûr en grande partie de la manière dont le juge traitera le nouveau dossier dont il a la charge, et même s'il a implicitement été contredit par la décision de la Chambre de l'instruction, le réquisitoire de non lieu déposé par le procureur reste une pièce très importante du dossier que le juge va prendre en compte, estime le Comité qui explique qu'il est essentiel que le juge dispose assez rapidement de tous les éléments de compréhension nécessaires pour avoir une vision synthétique et complète du dossier afin de pouvoir en faire une vraie lecture critique. Le Comité prépare aussi une note en réponse au réquisitoire du procureur, afin de mettre en avant les éléments manifestes montrant l'insuffisance de l'instruction et les domaines où de nouvelles instigations seraient susceptibles de faire avancer l'enquête de manière décisive, et à la disposition du nouveau juge afin de lui présenter dés qu'il le souhaitera l'analyse de la partie civile. Il attend également la transmission des pièces saisies chez le général Rondot qui présentent un certain intérêt mais sauf grosse surprise, ces éléments devraient au mieux confirmer l'existence d'un mobile possible, et confirmer le travail qui était effectué par la DGSE sur ce dossier.

Jusqu'où iront les informations contenues dans ces notes ? Difficile de le dire aujourd'hui en l'état des éléments dont nous disposons. Nous espérons bien sûr pouvoir rapidement répondre à cette question et vous tiendront informé des divers éléments, importants, mais pas forcement décisifs, qui devraient nous parvenir sur ce point au cours des prochaines semaines.

 

Extraits du rapport du

Comité de soutien à JPK

Sélection A.d.P.

 

 

 

Perquisition chez Maître Des Arcis

 

Le 17 décembre, Jean-Dominique Des Arcis, l'avocat de Jean-Pascal Couraud était interrogé par le juge Redonnet afin de lui faire préciser ses déclarations à la presse relatives aux informations sensibles que Jean-Pascal Couraud détenait et qui auraient pu être à l'origine de sa disparition.

Suite à cette audition, à la demande du procureur de la République Jean Bianconi, une perquisition a été effectuée aux deux domiciles de l'avocat à Papeete et à Raiatea ainsi que dans ses bureaux afin de rechercher des documents qui auraient pu concerner les mouvements financiers au profit de Jacques Chirac évoqués par l'avocat. Parmi les documents saisis figurent également les notes personnelles de l'avocat sur le dossier, des échanges de courrier avec la famille de JPK et les documents de travail qu'il possédait concernant l'enquête en cours sur la disparition de Jean-pascal Couraud.

 

1997 : le cambriolage de l'étude de Maître Des Arcis ...où l'on parle déjà de comptes bancaires !

 

Cinq mois avant la disparition du journaliste JPK, le cabinet de son avocat était cambriolé par du personnel de la présidence de M. Flosse. Lisez ces extraits de nos articles de l'époque qui décrivent cette "saga" et les mœurs du "système Flosse" qui méritent d'être rappelés pour mieux comprendre le contexte de l'affaire JPK. On notera qu'après ce (second) fiasco, le président Flosse mettra en place la cellule espionnage dirigée par des membres détachés de la DGSE au sein du GIP (alors encore appelé "Groupement d'entraide de la Présidence").

Aussi, si le procureur désire trouver des preuves, ce n'est pas chez Me Des Arcis qu'il faut perquisitionner, mais plutôt au siège du Tahoera'a qui à l'époque avait analysé et copié tous les documents volés chez l'avocat.

 

Mars 1998 - TAHITI-Pacifique - n° 83 :

« Le respect des lois, des règles démocratiques et la rigueur morale semblent parfois avoir disparu parmi une certaine élite dans nos îles, surtout pour ceux qui constituent le "cercle du pouvoir". L'"affaire des coffre-forts" où Vincent Tei et un employé de la Présidence avaient ému le bon peuple de Tahiti en 1991 en était déjà un triste exemple.

Or l'aventure que vient de vivre Maître Jean-Dominique des Arcis, docteur en Droit et avocat à Raiatea et Papeete, est tout aussi cocasse et tout aussi étonnante. En mai 1997, Me des Arcis a une ultime querelle avec sa concubine de longue date, Marie-Jo, une Métropolitaine qui supporte mal la vie isolée dans les îles. Le couple se sépare et l'avocat remet une somme assez conséquente pour permettre à son "ex" de refaire sa vie. Il part en France plaider des affaires, mais la dame, qui garde toujours la maison pendant son absence, accepte mal son "éviction" et, fierté féminine oblige, décide de se venger de maître des Arcis, lequel est l'avocat de nombreux adversaires du président Flosse...

 

« On est preneur »

« Elle en trouve l'occasion lors d'une conversation avec un "homme de Président" où, comme par hasard, on se met à parler des dossiers et informations "sensibles" de l'homme de loi. Ceux-ci peuvent, selon son interlocuteur, intéresser la Présidence de Tahiti. L'homme la rappelle quelques jours plus tard et lui explique qu'en haut lieu on est "preneur" et qu'en remerciement, on lui donnera accès à un poste de fonctionnaire, le nirvana à Tahiti. Ainsi, Marcel Tuihani, chef de cabinet de M. Flosse, va réserver à Air Tahiti le 31 mai deux billets aller-retour Papeete-Raiatea pour Madame Marie-Jo "Vienah" (un alias) et un certain Roland Aritai, "spécialiste" [métropolitain] de ce genre de choses. Arrivé au domicile de l'avocat, le sieur Aritai alors démonte le disque dur de l'ordinateur et aide Marie-Jo a remplir des sacs avec plus de 40 kilos de dossiers "intéressants". De retour à Papeete, ils remettent ces documents à Jean Prunet, directeur de cabinet du président Flosse, lequel les fait photocopier au siège du parti politique Tahoera'a Huiraatira (RPR local, parti de M. Flosse), dans la rue d'en face. Le disque dur de l'ordinateur est confié à un spécialiste qui en extraira même et surtout les fichiers effacés.

Le lendemain, les dossiers reprennent l'avion pour Raiatea où ils sont remis en place peu avant le retour de Paris de l'avocat. Mais il manque le disque dur. Marie-Jo jettera donc l'ordinateur dans un fossé du domaine agricole de Faaroa et déclarera par la suite à Me des Arcis que l'ordinateur a été volé. Ne soupçonnant rien des agissements de son ex-compagne, il n'en pensera pas plus et déposera une plainte de routine à la gendarmerie. Il faut préciser ici que M. Flosse était absent du territoire lors du cambriolage.

 

Barbouze alcoolique

Hélas pour la Présidence, son "spécialiste", aime bien "picoler" et lorsqu'il se retrouve dans les brumes alcooliques, ce "barbouze" territorial aime encore plus se vanter de ses exploits à la "James Bond" auprès de ses compagnons de boisson. Tahiti étant un village, la cause véritable de la disparition de son ordinateur sera ainsi révélée à Me des Arcis qui relancera le 28 octobre une plainte à la gendarmerie de Raiatea.

Entre-temps, Marie-Jo dut attendre la "récompense" pour sa trahison. D'abord, le 28 août, un certain "Jacky" de la Présidence lui rend visite à Raiatea, l'invite à déjeuner dans un restaurant d'Uturoa et lui offre 50 000 Fcfp (2250FF) en échange de l'écriture et de la signature sous la dictée d'un juriste de la Présidence, d'une lettre contre son "ex" et de nature à influer sur une affaire en cours d'instruction. Elle refuse.

Poste temporaire

Sa "récompense" viendra en octobre. Bien que n'ayant même pas le bac, Marie-Jo sera nommée "institutrice suppléante" à l'école Arue 2 grâce à un arrêté ministériel du 14 novembre 1997, nomination prenant effet le 28 octobre bien qu'elle ait été payée à compter du 12 octobre. En réalité, elle travaillera au collège de Punaauia pour y faire du "relationnel" avec les élèves.

Voici donc une autre filière, un autre "plan de carrière" révélé à notre jeunesse pour accéder à un poste de fonctionnaire : trahir son concubin ou sa famille si celle-ci porte ombre à la politique de Président ! Et pour récompenser une telle trahison, on vous confiera la formation de nos jeunes, peut-être pour leur expliquer les "valeurs morales" que notre gouvernement encourage… Bravo !

Mais Marie-Jo découvre vite que son emploi est limité à deux mois et demi. Elle se sent trahie. Cette fois-ci, pour se venger et peut-être suite à des remords, elle retourne voir son ancien compagnon et lui avoue tous les détails de cette affaire, même ses deux rencontres avec M. Flosse, une fois à l'hôtel Princesse Heiata (dortoir de la Présidence à Pirae) fin septembre 1997, une autre fois à sa résidence de Raiatea, accompagnée de sa fille de 7 ans. Le fait que dorénavant la petite crie « Maman, maman, y'a ton copain à la télé » lorsque le président Flosse apparaît au journal télévisé confirme les dires de la dame, laquelle avance aussi que Gaston Flosse se serait déclaré « ébahi » par l'exactitude des détails (numéros de comptes, mouvement de fonds, dit-on) dans les informations trouvées sur le disque dur de l'avocat.

Forte de toutes ses informations et preuves &emdash;copies du billet d'avion réservé par la présidence sous un faux nom, du supplément de bagage aussi sous ce faux nom, &emdash; Marie-Jo ira spontanément se présenter à la brigade de recherches de la gendarmerie pour y raconter son "aventure" et le 30 janvier que cette brigade de recherche fera la surprise d'une perquisition à la Présidence en y interrogeant le personnel de cabinet du président Flosse...

Les professionnels du service de sécurité de la Présidence, lesquels avaient été tenus à l'écart de cette cuisine politico-criminelle concocté à l'intérieur de la "bulle magique du pouvoir" clament leurs innocences totales dans cette affaire menée par « des amateurs.»

Mis à part un petit encadré cryptique publié dans un quotidien et inspiré par un communiqué de la Présidence qui suivit la perquisition, le "silence radio" sera maintenu dans les grands médias, notamment RFO...

 

TPM n° 103, novembre 1999 :

Lors du procès [délocalisé à Paris], on nota la sincérité de Jean Prunet et de Marcel Tuihani qui avouèrent les faits, un comportement qui contrastait fortement avec la mauvaise foi du sieur Roland Aritai qui essaya de nier et dont le procès révéla le salaire outrageux (pour un tel homme : 446 000 Fcfp - 24 500FF) qu'il perçoit de la Présidence (nos sous !) afin de jouer le sinistre barbouze de basse zone.

La prévenue, Marie-Joëlle Dennetier, l'ex-compagne de l'avocat dite "Marie-Jo", était absente car incapable de se payer le déplacement de Tahiti à Paris. Ceci démontra encore une fois comment un "dépaysement" d'une affaire peut aider la cause des accusés. En effet, comme l'explique maître Des Arcis, « cette absence arrangeait bien tout le monde » puisqu'elle ne put récuser à la barre les contrevérités avancées par les uns et les autres. Beaucoup furent ainsi étonnés d'entendre au cours de l'audience le procureur Blanchot se féliciter que « heureusement, dans cette affaire, l'homme politique [Flosse] n'a pas été atteint » alors que Marie-Jo raconte à qui veut l'entendre le détail de ses rencontres avec le président Flosse et des promesses qu'il lui a faites.

 

« Magouilles et pantalonnade»

Maître Des Arcis, la victime et partie civile, assisté de Me Girard, s'indigna de cette "pantalonnade" et de la grave atteinte portée au secret professionnel d'un avocat et réclama 1,8 millions Fcfp de dommages et intérêts à Jean Prunet, qu'il considère comme le principal responsable dans cette affaire.

Dans son sévère réquisitoire, le substitut du procureur Alain Blanchot qualifia les actes des accusés comme « très graves et lamentables », une affaire « qui a pour conséquence la violation du secret des dossiers d'un avocat et que ces gens, par des magouilles, ont amené à suspecter un homme politique qui n'y est pour rien » (sic !) et demanda des peines de prison avec sursis et de fortes amendes. Mais il insista très fermement pour que Jean Prunet, un inspecteur d'académie détaché, Marcel Tuihani, ancien instituteur et Aritai, ancien militaire, soient tous privés de leurs droits civiques, exigeant que « ces gens ne doivent plus être dans la fonction publique ».

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 104, décembre 1999 :

Le 19 novembre, le directeur de cabinet du président Flosse, Jean Prunet, et son chef de cabinet, Marcel Tuihani, ainsi que son "barbouze" favori, Roland Syda-Aritai, étaient condamnés par la 8ème chambre correctionnelle de Paris à des peines allant de un an à trois mois de prison avec sursis, et à de conséquentes amendes [mais pas de privation de droits civiques] pour "recel d'objets provenant d'un vol aggravé par réunion", "recel" et "complicité de vol" pour avoir organisé et participé au cambriolage du bureau de l'avocat Des Arcis afin de photocopier les dossiers qu'il détenait sur les affaires du président Flosse.

A.d.P.

 

NdlR : Les condamnés ne feront pas appel et seront maintenus dans leurs hautes fonctions. Nos articles de l'époque avaient été réalisés après plusieurs longs interviews de Mme Marie-Joëlle Dennetier, l'ex-compagne de l'avocat.