Après 40 ans d'hôtellerie à Tahiti

Les "Bali Hai Boys" prennent leur retraite

 

C'est une page sur l'histoire du tourisme de Tahiti qui s'est refermée le 31 janvier 2001, lorsque l'hôtel Bali Hai de Moorea ferma ses portes pour être totalement détruit. A sa place s'élèvera d'ici quelques années un nouvel établissement, le "Maitai Bali Hai", ¤uvre d'investisseurs nouveaux.

Car ce sont bien les trois jeunes hommes de Californie, Hugh Kelley, Jay Carlisle et Muck McCallum, arrivés en 1960 pour racheter une plantation de vanille à Urufara, Moorea qui seront les vrais créateurs du tourisme des îles, en concurrence avec les fondateurs de l'hôtel Bora Bora. En effet, ils découvrirent vite qu'il n'y avait point de vanille sur la plantation achetée et durent se tourner vers autre chose afin de survivre. Ils achetèrent ainsi quatre bungalows que Nado Salmon venait de construire sur une plage, appelèrent cet "hôtel" Bali Hai d'après le titre du livre et du film de James Michener, lesquels décrivent les îles du Pacifique Sud comme un paradis et qui furent les grands succès des années 50 aux USA.

Le premier hôtel Bali Hai à Moorea lors de son ouverture en 1961 : vendre la joie de vivre tahitienne aux touristes en profitant de l'arrivée de l'ouverture de l'aéroport.

Les trois "Bali Hai Boy's" au début de leur aventure en 1964. (arch. Carlisle)

Ambiance tahitienne et succès rapide

 

Grâce aux plans de l'architecte tahitien Gérald Garnier et aux investissements d'amis des USA (2500 dollars la chambre !), ils purent vite agrandir l'hôtel afin de profiter de l'arrivée des jets profitant de l'ouverture de l'aéroport de Tahiti. Au bar Kikiriri de Papeete, ils avaient aussi fait la rencontre de Rémy Pou, un pêcheur de nacres des Tuamotu plus connu sous le nom de Vilivala, un animateur, chanteur et musicien hors pair car il connaissait tous les anciens chants paumotu et marquisiens. Ils l'embauchèrent et le gardèrent auprès d'eux jusqu'à sa mort en 1994. Grâce à cet homme, à leur jeunesse, et à leur enthousiasme pour la Polynésie, les "Bali Hai Boys" créèrent un hôtel qui devint vite le centre social de l'île avec ses bringues tous les soirs, ses tours de l'île en truck et ses promenades sur la pirogue "Liki Tiki" (phonétiquement "tiki qui fuit" en anglais) bien arrosés.

Bringues, vahine et musique : l'ambiance était 100% tahitienne

grâce à "Vilivala", un plongeur de nacres des Tuamotu reconverti dans l'amusement de touristes.

C'est au bar Kikiriri de Papeete que les "Bali Hai Boys" avaient fait la rencontre de Rémy Pou, un pêcheur de nacres des Tuamotu plus connu sous le nom de Vilivala, un animateur, chanteur et musicien hors pair car il connaissait tous les anciens chants paumotu et marquisiens. Ils l'embauchèrent et le gardèrent auprès d'eux jusqu'à sa mort en 1994.

Le radeau "Liki Tiki"

La chance leur sourit en juillet 1962, lorsqu'un photographe du magazine "Life" les découvrit à l'occasion d'une escale du paquebot Mariposa de la Maton Lines. Il prit les photos et l'écrivain Eugene Burdick ("Un américain bien tranquille"), lequel vivait alors dans un fare à côté de l'hôtel, écrivit l'article qui fit des Bali Hai Boys des célébrités nationales aux Etats-Unis.

L'âge d'or des Bali Hai : La chance leur sourit en juillet 1962, lorsqu'un photographe du magazine "Life" les découvrit à l'occasion d'une escale et que l'écrivain Eugene Burdick ("Un américain bien tranquille"), écrivit l'article qui fit des Bali Hai Boys des célébrités nationales aux Etats-Unis.

D'autres articles dans d'autres magazines suivirent et le succès étant assuré, les trois hommes s'étendirent d'abord à Raiatea 1966 où ils inventèrent le bungalow hôtelier sur l'eau car il n'y avait pas pas assez d'espace à terre.

Le succès étant assuré, les trois hommes s'étendirent d'abord à Raiatea 1966 où ils inventèrent le bungalow hôtelier sur l'eau car il n'y avait pas pas assez d'espace à terre. Puis, en 1973, ce fut au tour de l'île de Huahine d'avoir un superbe hôtel Bali Hai, avec ses bungalows sur pilotis dans un lac crée pour assainir un marais.

Puis, en 1973, ce fut au tour de l'île de Huahine d'avoir un superbe hôtel Bali Hai, avec des bungalows sur pilotis dans un lac crée pour assainir le marais dans lequel le professeur Sinoto, autre ami des hôteliers, venait de terminer des fouilles exceptionnelles qu'ils avaient financées.

 

Déclin

 

Vers 1985, plusieurs facteurs vinrent annoncer le déclin futur des hôtels : Tahiti et les îles changeaient, des hôtels concurrents étaient créés, le tourisme "circuit du Pacifique Sud" (trois îles en 6 jours) disparaissait, les livres de Michener tombaient dans l'oubli et les trois jeunes ne l'étaient plus et se sentaient bien épuisés par 20 années de "bringues" continuelles. Leur remplacement par des professionnels de l'hôtellerie fit que l'ambiance unique des Bali Hai disparut vite tandis que la clientèle changeait, qu'une grève stupide suivie par un refus de renouvellement de bail ferma le Bali Hai Huahine et qu'un incendie donna le coup de grâce au Bali Hai Raiatea qui dut être vendu. L'hôtel de Moorea, vétuste, battait aussi de l'aile.

Alors que les engins détruisent l'hôtel et que le bar des dix milles bringues n'est plus qu'une ruine...

... Muck rigole car il a très bien compris que le genre de tourisme qu'ils avaient inventé quarante ans auparavant, que leurs hôtels ainsi que leur style de vie appartiennent désormais tous à une époque qui a, hélas, disparu à jamais.. Il était temps de prendre une retraite bien méritée.

En juin 1998 Hugh Kelley décéda. Et c'est donc avec soulagement que Muck et Jay viennent de vendre l'hôtel, ayant compris que le genre de tourisme qu'ils avaient inventé quarante ans auparavant, que leurs hôtels et que leur style de vie appartiennent désormais tous à une époque qui a, hélas, disparu à jamais.

Alex W. du PREL

 

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